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Le groupe Leeboon a mis sur le marché, 5 ans après sa création, son premier album Lippoon. Sorti en novembre dernier et composé de 6 titres, cet album parle des enfants talibés, des droits des enfants, ou d’autres sujets encore qui, pour le lead vocal El Hadji Leeboon, sonnent comme des leçons de sagesse, mais sous forme de contes.

Lead vocal du groupe Leeboon, El Hadji Leeboon se présente à la fois comme un musicien et un conteur professionnel. Il dit s’inspirer dans sa musique, de Youssou Ndour, Ismaïla Lô, Baaba Maal et de Omar Pène, ainsi que des conteurs Massamba Guèye, Lamane Mbaye, Babacar Mbaye Ndack. Pour lui, l’essentiel est d’allier l’utile à l’agréable, afin de divertir, éveiller et conscientiser. Un tour dans les rédactions, lui permet de faire la promotion du premier album de son groupe. La production comporte 6 titres, à savoir : Laré, Yonou Nadaw, Fary, Keman, Khalela, Talibé.
«Laré c’est une leçon de vie qui dit qu’il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Toute entreprise doit être menée lentement mais sûrement. Et j’utilise le terme Laré parce que je l’adore. Il est de Baaba. Yoonou Ndaw dit à tout le monde que la réussite est au bout de l’effort. Il faut se battre pour réussir dans la vie. Dans le morceau khaléla, je chante les droits des enfants, et je parle de l’excision, des talibés et des enfants handicapés… », a expliqué l’artiste. L’album, qui est un condensé de leçons, est pour Mor Mbengue alias EL Hadji Leeboon, une opportunité pour sensibiliser sur plusieurs thématiques qui touchent directement au fonctionnement de la société, notamment la mendicité des enfants.
Un phénomène qui prend sans cesse de l’ampleur et contre lequel l’artiste s’érige. «Je ne dis pas stop aux daaras. Mais stop à ce phénomène, surtout dans les villes. Les daaras faisaient traditionnellement office de centre de formation et d’école, à une époque où il n’y avait pas d’écoles. Jusqu’à présent, il y a des endroits où il n’y a pas d’écoles et où les principaux centres de formation et d’éducation restent les daaras. Mais stop à ces enfants de la rue, stop à ces enfants qu’on exploite, stop à ces enfants qu’on viole, stop à ces enfants qui meurent suite à des sévices reçus du fait de ce phénomène. Stop aussi à ces parents qui utilisent leurs enfants. Quand on va au fin fond du Sénégal, il y a des parents qui donnent leurs enfants à des marabouts qui viennent en ville et qui en contrepartie leur versent chaque mois quelque chose.»
En sa qualité de conteur professionnel, El Hadji Leeboon se considère comme imbu d’une mission sociale. Pour lui, «le conteur est en lui-même un acteur social, qui s’inspire de faits sociaux de son époque… Le conteur était une personne qu’on appelait le soir avec le sage du village pour lui expliquer par exemple que, quand dans le village il y a beaucoup de vols, il faut créer une histoire pour y mettre fin. Aujourd’hui donc mon rôle en tant que conteur c’est, quand je vois les étudiants faire des grèves, s’adonner à la violence et casser les vitres des véhicules de particuliers ; ou des enfants impolis, mal éduqués, qui ne respectent plus les personnes âgées, qui manquent de civisme ou qui s’adonnent à l’émigration clandestine, de faire un conte sur ces choses», soutient-il. L’album Lippoon est pour ses auteurs une sorte de melting-pot musical.
Aux yeux du conteur Massamba Guèye, c’est la confirmation qu’un talent est né. Un talent qui a mis 5 ans avant d’éclore. «C’est important que notre patrimoine soit porté par des voix jeunes, qui savent parler à sa génération», a-t-il noté.

Parcours
Thiessois d’origine, Mor Mbengue s’est montré très doué dans les disciplines artistiques culturelles depuis son jeune âge. Meilleur acteur scolaire de Thiès à l’époque, Mor faisait, après ses prestations dans son école Amadou Kouly Diop, des présentations dans d’autres écoles, monnayées en argent. «On me payait pour que j’aille faire des prestations dans les autres écoles», confie-t-il. Cela s’est poursuivi au lycée, mais étant donné que dans sa famille personne ne chantait ni faisait de l’art, le Hadji Leeboon n’osais pas s’affirmer à Thiès. Il attendra de partir à Rennes en France, pour respecter rendez-vous avec son destin de conteur musicien.
Etudiant en sociologie à Rennes 2, Mor assista une fois à une réunion pour l’organisation de la journée d’intégration des Africains. «J’étais parti à la réunion et j’étais surpris en entrant dans la salle de ne trouver que des Blancs. J’ai dit en rigolant : comment on peut faire une journée africaine, sans pour autant qu’il n’y ait des Blacks. Vous avez mis de la peinture ou quoi ? Ils ont rigolé et m’ont répondu : ‘On l’organise mais les Africains ne viennent pas quand on fait nos réunions.’ Je leur ai dit désormais vous aurez un Africain qui viendra colorer la salle. Après quoi, ils m’ont dit : ‘Ça tombe bien, notre conteur nous a faussé compagnie.’ C’était le 8 avril 2005. C’était ma première expérience dans le conte.  Un pur hasard.» Mor chanta Guorgui Néna de Youssou Ndour, conta Ndatté et Khandiou. Après cette expérience, il a reçu des coups de fil de partout en France. Il monnayait ses prestations entre 250 et 300 Euros.
Après 6 ans en France, il rentre au bercail. A Dakar, il crée en 2012, son groupe Leeboon. «En un moment je me suis dit, puisque j’aime le théâtre, j’aime la danse, j’aimerais le faire avec un groupe. On ne peut pas dissocier le conte, de la danse, du théâtre, de la musique, parce que tout s’imbrique. Faire un conte c’est bien, mais faire un conte animé, un conte interactif, c’est mieux. Quand je suis rentré au Sénégal, la première chose que j’ai essayé de faire c’est chercher un groupe de conte.» Après ce premier album, El Hadji s’achemine vers d’autres projets.

Des livres de contes et une émission
Celui qui animait l’émission Pencum Xaleyi sur la radio Fem Fm digère mal qu’on ne retrouve, dans le paysage médiatique Sénégal, pratiquement plus d’émissions contes pour les enfants. A la fois ludique et pédagogique, le conte est pour lui un excellent moyen d’éduquer. «A part Massamba Mbaye, Babacar Mbaye Ndakk, le professeur Lamane Mbaye, il n’y a pas beaucoup de conteurs au Sénégal. Ce qui est dommage c’est qu’on fait tout pour vulgariser le conte, mais c’est difficile avec les médias. C’est difficile parce qu’à la télé, on ne retrouve plus des émissions comme Mame Yakhi laalo, comme on le faisait traditionnellement dans les années 80. Jotay khaleyyi avec Babacar Mbaye Ndack, il y avait aussi Kotti Kotti avec Marème Samba…»
Mor Mbengue estime qu’il est grand temps que le Sénégal renoue avec les traditionnelles séances de contes avec le grand père au centre et ses petits enfants autour. «C’est ce qui manque, nous-mêmes nous sommes égoïstes. Qui n’a pas profité de ces veillées ?», interroge-t-il. Et en attendant, la seule réponse qu’il a trouvée à cette question c’est de faire des programmes de contes pédagogiques qu’il revend aux écoles. «J’interviens dans des écoles, à Rufisque.» Et peut-être un jour d’autres écoles encore !
aly@lequotidien.sn

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