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Pour une surprise, ç’en est une. En effet, c’est en soulevant la voile de la plaquette que Ibrahima Ndiaye Chita a découvert que le premier stade de beach soccer porte son nom. Un geste fort du président de la Fédé­ration sénégalaise de football, Me Augus­tin Senghor, qui a tenu à rendre hommage au précurseur du football de plage au Sénégal. Entretien…

Vous êtes considéré comme le précurseur du beach soccer au Sénégal. Racontez-nous comment le bébé est né…
J‘avais l’habitude de lire le quotidien sportif France Football. J’étais à Kolda en tant que policier. J’y entraînais l’équipe de l’Avenir de Kolda que j’ai failli faire monter en première division. Lors d’un séjour à Dakar, j’ai donc acheté France Football. J‘ai lu un article sur un ancien professionnel qui est un beau-frère de Eric Cantona et qui organise des tournois de beach soccer. Je me suis dit : pourquoi pas ici au Sénégal ? Dans la mesure où il y a beaucoup de plages à Dakar. Fina­lement, c’est dans le salon de Médoune Mar et autour du thé que j’ai décidé d’organiser un premier tournoi de beach soccer à Yoff. Et les gens m’ont dit qu’ils m’accompagnent. J’ai dit à Lamine Ngom et à feu Abdou Mbaye (ancien joueur de l’Uso) de l’organiser parce que j’étais malade le jour du déroulement des compétitions.

Et là c’était parti ?
En effet, c‘était le 15 août 2002. Badou, un jeune du futsal, a cru au beach soccer. C’est un garçon qui me suit toujours dans ce que je fais. Et c‘est à partir d’une cabine téléphonique que je communiquais pour savoir comment se déroule le tournoi. Faut savoir que le beach soccer ne se jouait au Sénégal qu’avec les anciens joueurs comme les Amadou Diop «Boy Bandit» et autres. Ce n’est qu’en 2005 que j’ai dit qu’il faudra intéresser les jeunes à la discipline. Et c‘est le moment de féliciter des gens comme Amadou Diop «Boy Bandit» qui ont joué leur partition dans le développement de la discipline. Amadou Diop (ancien entraîneur des Lions de la plage) a montré la voie à Ngalla Sylla (l’actuel coach des Lions). Je tire un chapeau à l’ancien président de la Fédération sénégalaise de football, Mbaye Ndoye, qui a demandé au secrétaire général, Doudou Sène, d‘inscrire le Sénégal à la première Can 2008 en Afrique Sud. J’ai beaucoup de respect pour les anciens qui ont revêtu le maillot national comme Cheikh Sidi Bâ, Mamadou Diallo, Victor Diagne…

Le Sénégal a été sacré quatre fois champion d’Afrique. Laquelle des Can vous a le plus marqué ?
La Can 2008 m’a le plus marqué du fait des conditions du voyage et de la manière avec laquelle nous avions été reçus à notre retour pour notre premier titre pour une première participation. (Les Lions du beach soccer avaient été snobés par le Président Wade). Il y avait à cette période une guéguerre entre la Fédération et le ministère des Sports. Tous les membres de la Fédération avaient démissionné à l’exception de Bounama Dièye. Feu Doudou Sène m’avait appelé pour me dire que je serais obligé d’être le chef de délégation et manager de l’équipe. Il y avait une solidarité totale avec ce premier trophée continental que nous avons remporté. Le résultat est là et les gens ont compris que quand je me battais c’était pour ça. J‘étais un incompris, les gens pensaient que j’avais le sang chaud. Nous sommes allés à la Can avec des équipements déjà portés. On lavait les maillots qu’une fois qu’on boucle un match. C’est le plus beau trophée qu’on a remporté au vu des conditions qui n’étaient pas des meilleures. J’ai aussi été impressionné par la prestation des joueurs lors de la Can 2016 au Nigeria où le Sénégal est sacré champion d’Afrique sans la moindre défaite. Je me suis battu jusqu’à arriver à ce niveau. Tout cela, c’était pour l’intérêt de la Nation.

Pouvez-vous nous raconter quelques anecdotes vécues avec la discipline ?
Je n’en ai pas connu beaucoup. Mais j’en retiens une, c’était en 2008 à notre retour de notre première Can en Afrique du Sud. A notre descente d’avion, nous avions été accueillis par une foule. Nous étions infiltrés par des personnes qui ont demandé aux joueurs de se rendre au Palais. Moi j’étais contre l’idée en disant qu’une audience au Palais exige un certain nombre de conditions. Les choses ont fini par me donner raison. Une fois au Palais présidentiel, pas l’ombre du président de la République pour nous recevoir (rires). Mais par contre, lors de notre deuxième titre continental remporté en 2011 au Maroc, le Président Wade nous a reçus en remettant à chacun deux millions de nos francs.

Parlons du stade de beach soccer à Toubab Dialaw qui porte votre nom. Qu’est-ce que vous avez ressenti à l’annonce de la nouvelle ?
Je tiens tout particulièrement à remercier du fond du cœur le président de la Fédération sénégalaise de football, Me Augustin Senghor. Son geste est très fort. Je pense que c’est la première fois qu’on donne le nom d’un stade à une personne vivante. Je pense que cela fera tache d’huile. Il ne faut pas attendre qu’une personne décède pour qu’on associe son nom à une rue ou un stade. Le faire de son vivant est plus important qu’autre chose. Et le président de la Fédé l’a compris.

Aviez-vous été saisi au préalable par la Fédération sénégalaise de football pour vous annoncer la nouvelle ?
Du tout ! Et je vais vous faire une révélation. Comme on dit, il n’y a pas de hasard. Je n’avais jamais communiqué avec la femme de feu Jules François Bocandé. Et cela s’est fait la veille de l’annonce de la bonne nouvelle. Comme vous le savez, le sélectionneur du beach soccer du Maroc, Moustapha El Haddaoui, était au Sénégal pour les besoins des matchs de préparation. Il a beaucoup parlé de Jules et de sa femme. C’est ainsi que j’ai appelé Madame Bocandé pour lui dire que El Haddaoui est là et qu’il voulait lui passer son bonjour. Ils se sont parlé au téléphone. Je ne savais pas que le lendemain j’allais voir mon nom donné à un stade dans un centre qui porte le nom de mon ami Jules Bocandé dont je venais de parler avec son épouse. C’est très fort comme symbole.
Donc je me réveille le lendemain matin et qu’est-ce que je vois ? Une belle surprise. On vient au stade, on fait les présentations. Amadou Kane (vice-président à la Fédé­ration) nous demande de nous retrouver au coin du mur où était cachée la plaquette en présence du maire de Yenne que je salue au passage. J‘étais ébahi lorsqu’on a soulevé la voile couvrant la plaque. Et qu’est-ce que je vois ? Stade Ibrahima Ndiaye «Chita». J’ai tout fait pour cacher mes larmes. C’était un moment solennel dans ma vie de sportif. Du coup, j’ai aussitôt aimé avoir la présence de ma famille à mes côtés. Une pensée à l’endroit de mon père que j’ai perdu à l’âge de 14 ans. C’est de cet endroit qu’il me transportait au stade Demba Diop de manière spontanée quand je lui demandais de le faire. Si j’arrive à ce stade et qu’il ne soit plus là, vous voyez ce que cela fait. Et ce qui m’a le plus marqué, comme je l’ai dit plus haut, c’est de voir le stade «Chita» dans le centre Jules François Bocandé. C’est symbolique dans la mesure où j’ai eu à passer des moments très agréables avec Bocandé en Equipe nationale. Il fait partie des joueurs que je couvais. Je peux donc dire que Me Senghor nous a rendus fiers. Je lui ai envoyé un message pour lui dire que seul Dieu pourra le rétribuer de son geste hautement symbolique. On m’a donné ce qui me revient de droit, Me Senghor l’a compris et l’a fait.

Cerise sur le gâteau, vous avez joué avec le Maroc, un pays ami du Sénégal…
Vous avez tout dit (rires). Et pour la petite histoire, sachez que Ibrahima Baldé a été le premier buteur au stade Ibrahima Ndiaye «Chita» lors du premier match amical remporté contre le Maroc. Il a prouvé qu’il va apporter quelque chose pour l’Equipe du Sénégal au Mondial. Je remercie le président de la Fédération sénégalaise de football et les membres du Comité exécutif d’avoir aidé à ce qu’il soit là en lui envoyant son billet d’avion. On a connu un bon séjour au Maroc qui nous a permis de gommer certaines imperfections dans notre jeu. Cela s’est senti lors de nos deux matchs à Dakar toujours avec les Maro­cains que nous tenons à remercier. Ce qui est de bon augure pour le Mondial.

Justement, quelles sont les chances du Sénégal à ces Mondiaux aux îles Bahamas ?
On a une équipe expérimentée dont la majorité des joueurs ont fait au moins une Coupe du monde. Notre souhait c’est de se retrouver dans le dernier carré. J’ai dit aux gosses qu’ils tiennent l’occasion de marquer l’histoire. On n’a jamais dépassé les quarts de finale. Si on atteint la demi-finale, je vois même le Sénégal en finale. Ce que j’ai vu à Lagos me conforte dans cette position. C’est à partir du premier match qu’on verra si l’équipe ira loin. On est dans une poule (Equa­teur, îles Bahamas, Suisse) où si on met un peu d’effort, on peut aller au bout. Vous savez que ça fait dix ans que je suis avec l’Equipe du Sénégal. Je peux vous garantir qu’on n’a jamais eu une aussi bonne préparation. Avec un jeune entraîneur passionné (Ngalla Sylla), l’équipe est en train de faire du bon travail. Mes pensées vont vers les présélectionnés qui n’ont pas eu la chance de se retrouver parmi les 12. Je leur demande de tenir bon et de continuer à travailler tout en gardant à l’esprit que la chance leur sourira un jour. C’est l’occasion pour moi de lancer un appel à la presse. En dehors de 2011 où nous avions été accompagnés par un journaliste à un tournoi, aucun autre journaliste n’a couvert la Coupe du monde. Il faut que la presse nous accompagne dans les compétitions internationales.

Vous venez de finir votre stage. Quelle est la suite du programme ?
Nous quittons Dakar vendredi prochain pour les îles Bahamas où nous arriverons le 23 avril après avoir passé par Madrid et Panama. On aura quatre jours d’acclimatation. Et avant notre départ, nous allons recevoir le drapeau national.

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