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Issa Sall : «J’avais dit à mes collaborateurs que j’irai au dialogue»

Ça sent le roussi entre Serigne Moustapha Sy et Issa Sall. Le président du Pur a indiqué que le candidat malheureux à la Présidentielle a participé au lancement du dialogue national le 28 mai dernier sans son aval. Le marabout a même brandi des menaces de sanctions à l’encontre de celui qui n’est, selon lui, que coordonnateur du parti.

Coïncidence troublante ! Serigne Moustapha Sy et Issa Sall échangent à distance sur la participation du Pur au dialogue. Interrogé sur ses relations avec le guide des Moustarchidine wal moustarchidati, le candidat malheureux à l’élection présidentielle de février dernier, qui était l’invité du «Jury du dimanche», les qualifie de «tout à fait parfaites» et «au beau fixe». «Vraiment, il n’y a pas de difficultés. C’est mon frère aîné et nous avons d’excellentes relations», insiste-t-il. Mais ce n’est pas la même note du marabout qui présidait samedi, à Tiva­ouane, la clôture de l’édition 2019 de l’Université du Rama­dan. Autant dire qu’entre Serigne Moustapha Sy et Issa Sall, ce n’est plus la pure attente. La goutte de trop a été la participation du coordonnateur du parti au dialogue national lancé le 28 mai dernier. «J’ai vu Issa Sall participer au dialogue national. Mais sachez que c’est sans mon aval», a dit, devant ses fidèles, le responsable moral du Dahiratoul Moustarchidine wal moustarchidati (Dmwm). Il présidait ce samedi, à Tivaouane, le «ziar» de «laytatoul qadri», marquant la clôture de l’édition 2019 de l’Université du Rama­dan. «Je voulais vous informer de cela pour que, quand je prendrai des dispositions pour punir des gens, vous sachiez que ce sont leurs affaires», a clarifié le marabout, s’adressant à ses nombreux «talibés» venus assister à la rencontre. Il précise : «Il (Issa Sall) n’est ni le secrétaire général ni le président du parti. Il n’est que le coordonnateur national. C’est pourquoi je tenais à ce que vous le sachiez, vous membres du Pur qui êtes sur le terrain. Je ne veux pas que les gens disent entre les relations de Serigne Moustapha Sy et Issa Sall… (il ne termine pas). Les personnes que j’ai éduquées ont plus de niveau que lui. Il est intellectuel certes, il a de bonnes idées et puis il a du courage. Mais le problème, c’est que le parti n’est pas un passe-partout.»

«Dites à Macky Sall que s’il veut me rencontrer, qu’il
vienne me voir»
Cette parenthèse fermée, le président d’honneur du Pur s’est adressé aux émissaires du président de la République, Mahmout Saleh et colonel Malick Cissé, en ces termes : «Dites à Macky Sall que s’il veut me rencontrer, qu’il vienne me voir. Et puis c’est tout.» Serigne Moustapha Sy a cependant salué «le courage politique» de Saleh et Cissé qui lui ont rendu visite deux fois pour apaiser «le différend» entre lui et le Président Macky Sall. Le marabout de signaler : «Nous ne sommes pas compliqués. On nous a éduqués comme ça. Et je ne veux pas qu’il pense que je le sous-estime. Non. Nous avons été toujours comme ça avec ses prédécesseurs. Abdou Diouf, quand il voulait me rencontrer en 2000 par l’intermédiaire de Serigne Cheikh pour que nous retirions notre candidature et le soutenions, c’était comme ça. Abdoulaye Wade, pareil. Nous avions souhaité qu’il ne participe pas à l’élection de 2012 parce que nous voulions qu’il sorte par la grande porte et qu’avec son âge, il devait dépasser certaines choses. Mais il ne m’a pas écouté parce que c’était des paroles d’un marabout. Et puis, il y avait son entourage qui lui disait le contraire. Et quand il s’est rendu compte qu’il allait perdre les élections, il m’a appelé. Alors, c’est juste pour dire qu’une personne doit savoir se retirer à temps.»

«Le rythme de la campagne du Pur, mystiquement, était trop fort»
Serigne Moustapha Sy, à travers un message codé, a révélé avoir «bloqué beaucoup de choses» sur demande de plusieurs personnes pour éviter que le pays ne sombre dans une crise. «Il (Macky Sall) peut avoir la chance de terminer son mandat à condition qu’on intervienne. C’est tout ce que j’ai à lui dire. Le reste est entre les mains de Dieu», a-t-il ajouté. Fustigeant l’interprétation faite de son silence lors de la campagne électorale de février 2019, il s’est désolé que certains aient poussé le bouchon plus loin en affirmant qu’il aurait «reçu des milliards». Il ajoute : «Beaucoup de gens lui (Macky Sall) disait que j’allais brûler le pays. Au final, rien n’est arrivé. Moi j’ai des fidèles partout et même au niveau des forces de défense et de sécurité. Il y a donc des choses que je ne ferai pas.» Il boucle ce chapitre pour prévenir le chef de l’Etat, en paraphrasant Serigne Cheikh Tidiane Sy «Al Makhtoum» qui disait à Abdou Diouf : «Un coup d’Etat administratif est pire qu’un coup d’Etat militaire. Il s’agit de laisser les gens te façonner jusqu’à perdre le contrôle du pays. Et nous sommes arrivés à ce stade.»
Pour la première fois, Serigne Moustapha Sy parle des évènements de Tambacounda qui avaient occasionné deux pertes en vies humaines, lors de la campagne de l’élection présidentielle. Et ce sont les éléments de sécurité du candidat Issa Sall qui avaient été mis en cause. «Le rythme de la campagne du Pur, mystiquement, était trop fort. C’est ce qui a occasionné les évènements de Tambacounda. Ce que nous sommes est administrativement géré par ceux qui sont dans l’au-delà», souligne-t-il. Avant d’inviter ses disciples à «éviter le fanatisme et privilégier la discussion et la concertation».
nfniang@lequotidien.sn

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