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Les grands hommes ne meurent jamais. Dans leur voyage sans retour, ils laissent derrière eux leurs œuvres comme une étoile qui illumine les esprits. Et pour l’éternité. El Hadji Amadou Ndoye, ancien Professeur de langues et littérature espagnole à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, figure parmi ces êtres. Le père de la journaliste Mame Fatou Ndoye de la Tfm a marqué son nom d’une encre indélébile dans les annales du Dépar­tement de langues romaines de la Fac des lettres et sciences humaines de l’Ucad. Son ouvrage intitulé Tranches de vie, édité à titre posthume, a été présenté au grand public samedi dernier à l’Ucad. Parents, amis, ex-collègues du défunt et étudiants ont tenu compagnie sa veuve, Aïssatou Ly, et ses enfants à la cérémonie de présentation de son livre. Tout ce beau monde a, à travers des témoignages les uns plus poignants que les autres, refait le deuil de celui qui a été rappelé à Dieu en 2013, à l’âge de 66 ans. D’après ses compagnons d’hier, l’homme portait en bandoulière des qualités qui sont aujourd’hui en perte de vitesse, surtout au Sénégal. Il s’agit de la ponctualité, de la rigueur et de la générosité. «El Hadji était un esprit fécond, un homme d’esprit ouvert qui aimait les débats», révèle un collègue.
Le Professeur Ndoye, à la lumière des récits développés sur sa personne, avait fait de l’enseignement un sacerdoce. Un de ses collègues narre qu’à  4 jours de son décès, M. Ndoye avait à ses côtés, sur son lit d’hôpital, des copies qu’il tenait coûte que coûte à corriger, malgré la maladie. Sa fille, Coura Ndoye, la voix étreinte par l’émotion, a d’abord remercié la communauté universitaire pour avoir rendu hommage à leur papa. Les leçons apprises de monsieur Ndoye demeureront sans doute une source intarissable pour ses enfants. Coura atteste qu’«il y a beaucoup de choses qu’on a retenues de notre papa, mais le plus important, je pense que c’est la culture de l’effort, du travail, le respect de la connaissance». Selon elle, la ponctualité était inscrite en règle d’or chez son père. Elle raconte : «Mon père estimait que le premier respect qu’on doit avoir envers une personne, c’est d’arriver à l’heure, de respecter un rendez-vous, le respect aussi de la parole donnée.»
El Hadji Amadou Ndoye avait un autre visage que peut-être beaucoup ne lui connaissaient pas. C’est son côté rebelle. Sa fille apprend en effet : «Mon père a toujours été de tous les combats. Mai 68, il y a participé. Il a été aussi de tous les combats politiques. C’est un homme qui, même dans sa vie au quotidien, n’a jamais accepté les injustices», confie-t-elle.
Invité à décortiquer le livre, Moustapha Jean Bangoura, Professeur d’espagnol et de portugais, impressionné par l’œuvre, s’est lui-même posé une question. «Comment caractériser ce livre ? Mémoires, chroniques, essai, confessions ?» La réponse ne viendra pas d’un autre, mais de M. Bangoura himself. «Certainement, tous ces éléments à la fois.» Selon lui, l’auteur a voulu rapprocher la vie, l’expérience, le travail et la création littéraire. Bref, il parle de son enfance, sa trajectoire académique, sa passion pour le football, la musique latino-américaine, le jazz.
Le Professeur Ndoye avait auparavant écrit A un tiro de piedra (A un jet de pierre) 2006, Etudes sur le récit canarien des années 70 en 2006 et En torno a la literatura hispanoamerican (Autour de la littérature hispano-américaine) en 2008.
msakine@lequotidien.sn

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