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Dessiner le visage des  habitants de Dakar peu mis en exergue par les sciences sociales : c’est l’entreprise dans laquelle s’est lancé le Pr Ousseynou Faye dans son livre «Dakar et ses cultures. Un siècle de changements d’une ville coloniale», paru aux éditions L’Harmattan. Dans cet ouvrage, cet enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar parcourt la capitale sénégalaise pour dresser le ou les profils des Dakarois.

Dakar et ses cultures. Un siècle de changements d’une ville coloniale est un livre qui met en scène l’habitant de la ville de Dakar. Ce personnage n’apparaît en «gros plan», aux yeux du Professeur Ousseynou Faye, enseignant-chercheur à l’Uni­versité Cheikh Anta Diop de Dakar, que dans les contextes portant sur son contrôle statistique, la spatialisation de sa présence, son statut de producteur de plus-value et son rapport à l’ordre social. Acteur négligé de l’aménagement changeant de la ville, souvent accusé d’œuvrer à son dés-aménagement continu, il y dessine des scènes de vie participant d’une quotidienneté qui s’écrit au pluriel, évolue et se décline en termes de totalité de faits, gestes et paroles, axés surtout sur la satisfaction de multiples besoins. Cet ouvrage retrace l’histoire coloniale de Dakar avec comme bornes chronologiques les années 1857 et 1960.
Ousseynou Faye, spécialiste d’histoire moderne et contemporaine, «fouille» et encourage à mettre le curseur sur cette histoire qui prend en compte la marge. «L’attention accordée à l’histoire du vécu en ville n’a pas occulté la nécessité de convoquer, d’une façon ou d’une autre, la portée des philosophies d’ombre à l’œuvre de la quotidienneté. Il en est de même avec cette autre exigence constituée par la mise à contribution de l’archéologie du mode de vie rurale», informe l’auteur. Autrement dit, cette production scientifique, rédigée avec beaucoup de minutie, s’intéresse à l’histoire culturelle de Dakar. Il aborde ainsi les cultures immatérielles et réserve une large place à la reconstitution des cultures matérielles, celles des villageois et dans la ville ou celles empruntées ou inventées par ses (néo)citadins. «Il se veut un exercice d’exhumation et de questionnement de la conscience identificatoire de sujets d’histoire évoluant dans une des grandes vitrines urbaines du projet colonial français», ajoute-t-il.
Le livre de M. Faye donne à lire des récits de vie de personnages qui s’anéantiraient dans l’oubli sans son action tendant à les consigner. Il porte aussi son regard sur les aménageurs européens, les résidents africains et le site de Dakar, le refoulement du village lébou, la fondation et l’extension de la ville, l’empire de la culture du terroir, les dynamismes culturels entre 1914 et 1946, les chantiers urbains et les changements culturels de l’après-guerre (1946-1960). L’au­teur fournit une multitude d’informations sur Dakar : la figure du «drianké» à travers Maty Wade, la création du quartier de Médina, la mise en circulation du premier «car rapide» en 1947, la drague… Le Professeur Faye met somme toute à la disposition de la communauté des chercheurs et des Sénégalais un outil précieux, permettant d’avoir une plus large vue sur une «autre» histoire du Sénégal.

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