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La pratique politique au Sénégal passe au laser. El hadji Daniel So y va très fort dans son livre «Politiquement sénégalais» paru aux éditions Saint Honoré de Paris. Pouvoir, intrigues politiques, reniements, «de la parole à la haine», «de la fraternité à l’adversité», «de l’adversité à l’animosité»…. c’est un homme qui parle en connaissance de cause pour avoir partagé et même vécu «des moments les plus marquants et significatifs du premier mandat du Président Macky Sall (2012-2019), synchronisé́ à ses chroniques sur l’actualité́ socio-économico-politique sénégalaise, africaine et parfois internationale» qui animaient les pages «Opinions» des journaux sénégalais. Le leader d’En Mouvement décortique à la fois ce «landerneau politique spécial» où tous les coups sont possibles et permis. Mais au-delà, c’est un juriste et analyste politique qui s’essaie dans la sociologie politique du pays. Le Quotidien publie quelques Bonnes feuilles de cet ouvrage qui sera dédicacé le samedi 21 novembre 2020 à Dakar. Comme dans le «sport», il fait un grand «So» dans la politique de chez nous.

De la parole à la haine
«(…) En effet, pendant que dans certains pays de référence, nous constatons de plus en plus une accentuation des passions politiques autour d’un consensus sur les grandes orientations, dans d’autres comme le Sénégal, actuellement en phase de construction avec des moyens très limités et où une meilleure appropriation de ce qu’est l’Intérêt général devrait être plus que fondamentale, sinon même la règle pour faire face plus sereinement aux enjeux sociaux, économiques, environnementaux et sociétaux que doit relever sa société, les acteurs ont plus tendance à se préoccuper des personnes que des idées. La parole nourrissant la haine, le débat central se retrouve ainsi biaisé et désorienté, ouvrant l’espace d’une lutte politique interminable avant de déboucher de facto sur une subversion idéologique des principes de base de la politique, proprement dite. Ce qui renvoie inévitablement les discussions, souvent passionnées, vers la violence verbale dirigée contre des adversaires politiques tendant à davantage promouvoir un discours perpétuel de haine «revolving hate speech» plutôt qu’un cadre d’échanges constructifs seyant. Or, pour obtenir plus facilement l’adhésion réfléchie de son vis-à-vis ou d’un observateur donné, faire appel à la raison, aux facultés d’analyse et de raisonnement de ce dernier est plus convaincant, voire le seul gage de réussite, à tout point de vue. Le soin de définir le champ politique du dicible et de l’indicible ! Cela requiert plus que tout autre chose un recentrage du débat en masse non seulement des politiques mais aussi des médias, des intellectuels, des éducateurs et des autres forgeurs d’opinion, y compris des religieux, autour de ces différents enjeux d’intérêt national. (…)

De la fraternité à l’adversité
(…) Au Sénégal, les partis politiques sont conçus comme des biens personnels de ceux ou celles qui les dirigent au détriment toujours de potentiels hommes et femmes de qualité pouvant servir plus utilement le pays et leurs instances politiques auxquelles ils appartiennent s’ils étaient promus au mérite, et cela, bien avant son accession à la souveraineté nationale. La problématique réside maintenant dans le fait que l’on ne peut difficilement concevoir une démocratie sans partis politiques, de par la place qu’ils occupent dans le développement des régimes démocratiques et la contribution qu’ils apportent à leur fonctionnement et paradoxalement penser à une réelle démocratie dans les partis politiques. (…). Donc la démocratisation du renouvellement de son personnel politique y devient plus que primordiale pour un reflet net de la démocratie en tant que telle, pourvu que les tenants jouent le jeu. Ce qui n’est pas toujours, pour ne pas dire jamais, le cas ! Des exemples, il en existe à n’en plus finir. Le plus dramatique, remarqué durant les dix dernières années, est celui du Parti socialiste qui nous rappelle la «Virtù» (politique de contrôle, de maîtrise de ses adversaires) développée dans le fameux livre «le Prince» de Machiavel, adaptée à la «realpolitik» d’aujourd’hui. (…) Une fois au pouvoir en coalition, il (le Parti socialiste) commençait à donner l’impression de ne plus poursuivre la tradition. Ainsi, au fil du temps, deux camps se sont dessinés. D’une part, les anciens, dits Refondateurs sous l’influence du Secrétaire général, feu Ousmane Tanor Dieng, majoritaires dans la direction du parti depuis ce fameux congrès caricaturé «sans débat» de 1996, qui soutiennent mordicus cette démarche et, d’autre part, les Rénovateurs sous la houlette du Secrétaire national chargé à la vie politique, Khalifa Ababacar Sall, se réclamant comme purs produits de l’école senghorienne, prônent foncièrement le conservatisme. Et s’installa ainsi une bataille de contrôle du parti. Les premiers, en vrais chefs, considèrent que la dissidence, en tant que telle, doit être endiguée car étant la racine de la révolte. Et pour éviter cette révolte qui pourrait être néfaste et aboutir à leur perte de contrôle, ils agissent, à l’occasion, comme des chefs avides de conservation de leur pouvoir et dépourvus du sens du compromis, par le primat de la fin sur les moyens. Du moment qu’il n’y a pas de Virtù (contrôle) qui ne s’exerce sans l’occasion fournie par les circonstances, les seconds, sachant apprécier la situation présente, décident d’en tirer le parti en profitant de celle-ci pour mettre en exergue les ambitions de l’un des leurs, en l’occurrence du maire de Dakar sortant qui se trouvait être leur propre chef de file, et parer, par ailleurs, à tout autre prétexte. Progressivement, les relations se sont tellement dégradées entre les deux tendances, que l’exclusion de ces derniers au motif principal qu’ils faisaient office de fractionnistes était devenue inévitable. Or, à notre humble avis, il ne fallait qu’à les mettre devant leurs responsabilités, à l’épreuve des primaires, seule sanction irrévocable qui vaille en cas d’échec, pour qu’ils se rendent enfin compte de l’énormité des actes posés. (…) Mais hélas, la machine de liquidation politique étant déjà en branle, il revenait aux Refondateurs de ne lésiner sur aucun moyen, fût-il non conventionnel, pour neutraliser les Conservateurs. (…)

De l’adversité à l’animosité
(…) Mon Dieu, pourquoi beaucoup d’hommes/femmes politiques sénégalais(e)s n’ont guère en conscience du qu’en dira-t-on ? Pis encore, c’est à partir d’un épisode de la vie que nous nous rendons souvent compte comme raconté par l’ancien Président de la République du Sénégal, M. Abdou Diouf (1980-2000) dans ses «Mémoires», de l’exécrabilité de certaines âmes humaines. (…) D’où l’importance de faire très «attention à ne pas nous embrouiller dans nos alliances». Il faut l’avouer, à vrai dire, l’une des faces négatives de la vie politique à la sénégalaise, considérée par certains comme une course effrénée vers le pouvoir et l’avoir, consiste à arriver coûte que coûte à leurs fins, et pour cela, les gens sont prêts à tout, quitte même à user de leurres. L’opportunisme social et le mensonge peuvent y devenir soudainement une banalité. Pour accéder le plus facilement et rapidement à des positions stratégiques, ils estiment que la girouette, l’accommodation à des idées rejetées pour la reconversion sans vergogne à des points de vue pourtant anciennement combattus, ce sont là leurs seules planches de salut pour pouvoir bien assurer leurs lendemains meilleurs. C’est bien évidemment ce que traduit la tendance wax-waxeet et le phénomène de la transhumance politique d’aujourd’hui ! Lorsque ces arrivistes pensent que vous pourrez constituer un obstacle ou frein à leur dessein, ils chercheront à vous salir au risque de vous traîner dans la boue. Les taches de cette boue, fruits de leur fertile imagination comme stigmates de leur prédominance imaginative, resteront comme étiquette qu’ils vous colleront jusqu’à leur gain de cause. Selon eux, cela représente psychologiquement l’unique moyen de subsistance politique. Ainsi, les qualités que tous vous reconnaissent depuis toujours seront ainsi transformées par eux en défauts impardonnables. (…)

Sonko et les réseaux sociaux
(…) Plusieurs entités voire personnalités politiques passent désormais outre en choisissant les médias sociaux pour augmenter leur visibilité et leur notoriété par l’investissement des supports d’un nouveau genre tels que Facebook, Twitter, Snapchat, Whatsapp, Instagram ou Youtube, pour tenter d’embobiner le maximum de jeunes avec -pour la plupart- des fake news comme appât à l’endroit de son ou ses adversaires potentiels. Disons-le d’emblée et sans mâcher nos mots que le “It’s the voters, stupid ! “ littéralement “Ce sont les électeurs, idiot !” a déjà pris le dessus sur tout. Innover présente toujours un risque pour un acteur politique. Et, ce n’est pas l’opposant sénégalais et leader de Pastef, M. Ousmane Sonko qui nous dira le contraire. Le vent en poupe obtenu par les temps qui courent, grâce à son style au langage cru, parfois même, mélodramatique, et le lancement réussi de son livre-vision Solutions le 16 septembre 2018, devant un parterre de journalistes, triés sur le volet, le prouve largement. Mais, celui-ci a mal tourné lorsqu’une vidéo, sortie de nulle part, le montrait au cours d’une rencontre avec ses militants en train de brocarder les politiciens du pays, jusqu’à les traiter de «criminels». Ben oui, lui, en véritable pur produit des médias, et jusqu’alors si méfiant malgré son stratagème de déclinologue invétéré, n’a pas réussi à s’en échapper puisqu’il a fini par s’y prendre comme un manche. Ce qui lui a valu le pilori, durant un bon moment. (…) nous pensons très honnêtement que sa manie, ô combien iconoclaste et dangereuse à défendre consistant à peindre désastreusement la situation socio-économique du pays nous conforte à dire qu’on le veuille ou non, l’aime ou pas, Ousmane Sonko fait bel et bien partie de cet acabit. La vidéo de 39 secondes partagée gracieusement sur les réseaux sociaux où l’on voit l’homme assis, tel un one-man-show, dans ses œuvres diatribiques, en train de pamphlétiser comme à son habitude les hommes politiques et sans ménagement, aucun, de ses propres compagnons d’infortune de l’opposition ; allant même jusqu’à qualifier dédaigneusement les politiciens, toutes catégories confondues, de «criminels», et particulièrement ceux ayant gouverné le pays depuis l’indépendance, de «bons au poteau», nous a fait bondir de notre stupeur pour nous indigner en participant au débat. Dans ladite vidéo où il donne l’impression de poursuivre une réflexion entamée en français «…Parce que c’est inadmissible ce qui se passe au Sénégal. Nos politiciens sont des criminels…» avant d’enchaîner en wolof clair et limpide «ñifi njité depuis début bi ba legui… indépendance ba legui solen bolewone fusiller lene defo Bakkar» pour finir par psalmodier les problèmes de la société, nous avons là, l’attitude typique d’un déclinologue à court d’idées qui tire sur tout ce qui bouge. (…)

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