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Moi, Rokhaya Diop ou la négresse fondamentale qui déplie le temps, second volume de la trilogie romanesque de Amadou Elimane Kane dont le premier tome est Moi, Ali Yoro Diop ou la pleine lune initiatique, vient de paraître. C’est ce qu’indique un communiqué des éditions Lettres de Renais­sances. Le document mentionne que cet ouvrage est «un hymne au rétablissement de la justice cognitive, une réparation culturelle qui intègre les destinées plurielles». «Rokhaya Diop, comme la plupart des personnages de ce récit, est une figure de l’altérité. Elle est l’exemple parfait de la victime programmée qui a su s’élever au-dessus des déterminations sociales qui voulaient la cantonner à la simple identité de femme noire, sans plus. De ce point de vue, sa figure représente l’antithèse de Lamine, [son] ami d’enfance qui n’a justement pas été capable de se libérer de la prison du ressentiment, laquelle conduit souvent à la marginalité et à l’autodestruction», lit-on dans la note de présentation de l’œuvre.
Le document mentionne également qu’«en rupture avec la conception de la société contemporaine qui exclut la différence et renforce les appartenances étriquées et génocidaires, le texte propose un regard postmoderne sur la question de l’hétérogénéité culturelle à travers une fiction réaliste et imaginaire qui puise son esthétisme dans une forme littéraire entre prose et poésie et qui amène le lecteur à s’interroger sur les injustices sociales et raciales qui peuvent produire les pires tragédies». «Ce livre est avant tout un message d’espoir qui rappelle qu’il n’existe pas de fatalité et que la mutation profonde que nous vivons doit s’accompagner d’un accomplissement humain qui rassemble toutes les cultures, les idées, les pensées, des itinéraires nuancés qui s’enrichissent mutuellement au lieu de se détruire», précise encore le communiqué qui est par ailleurs un appel à projets à tout cinéaste qui souhaiterait faire de ce livre une adaptation cinématographique.
Evoquant le personnage principal du roman, le Dr Ndongo Samba Sylla, écrivain, chercheur et économiste, responsable de recherches au Bureau Afrique de l’Ouest de la Fondation Rosa Luxemburg à Dakar, préfacier de l’œuvre, affirme : «Rokhaya Diop incarne l’obsolescence de l’univocité de la pensée occidentale. Elle n’est pas le phare tombé de la main d’un dieu orgueilleux pour éclairer le genre humain. Elle est un pont, un centre de passage, de transmission…» En postface du roman, Anne-Marie Marcelli, philosophe, écrivaine poétesse, écrit pour sa part que «le titre de l’ouvrage d’Amadou Elimane Kane fait référence à l’appellation d’Aimé Césaire, ‘’le nègre fondamental’’, et qui affirmait lui-même dans un de ses ouvrages, Nègre, je suis et nègre je resterai». « Par ‘’nègre fondamental’’, expression d’André Breton qui signifiait le combat d’Aimé Césaire contre les injustices au 20e siècle, Amadou Elimane Kane veut tout simplement célébrer le poète Aimé Césaire qui demeure un grand témoin de l’histoire et l’inventeur du terme ‘’Négritude’’. Aimé Césaire est resté tout au long de sa vie un homme de conviction et a conservé intacts sa réflexion et son engagement pour la fraternité des peuples et la dignité du sien. Amadou Elimane Kane a aussi le souci de célébrer les femmes noires du 21e siècle, toutes les femmes noires qui luttent contre les injustices raciales, les discriminations et toutes les formes d’exclusion, et qui défendent la dignité humaine en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique», analyse-t-elle.
Anne-Marie Marcelli conseille enfin qu’il convient de lire ce livre qui, par son langage esthétique et sa forme romanesque, «offre une rupture dans la littérature africaine contemporaine».
arsene@lequotdiedien.sn

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