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Macky Sall, réélu dès le premier tour, invite son opposition au dialogue. Mais Wade, en 2007, avait plutôt brandi des poursuites judiciaires contre Niasse, Tanor et Dansokho. Pour Idy, il avait juré qu’ils se retrouveront devant Dieu. Le Quoti­dien fouille dans les archives. Ce passé est différent de ce présent.

On ne cesse de comparer les Présidentielles de 2007 et de 2019. Même scénario : réélection du Président sortant dès le premier tour. Même atmosphère : contestation des résultats. Mais si, en 2019, Macky Sall a joué la carte du dialogue avec le triomphe modeste, ç’en était pas le cas pour Abdoulaye Wade qui avait le ton et l’accent va-t-en-guerre. Il avait choisi le format d’une conférence de presse le 1er mars 2007 au Palais alors que Macky Sall, lui, s’est limité à une déclaration à la Nation. Et il faut dire qu’une conférence de presse aurait été l’occasion de l’interpeller sur ce débat agité autour d’un troisième mandat. Donc, comme en 2007 lorsque, répondant à une question du journaliste de Rfi, Christophe Boisbouvier, Wade jura : «J’ai bloqué le nombre de mandats à deux. Ce n’est pas possible, je ne peux pas me représenter. Sérieusement, je ne me représenterai pas.» La Var le rattrapera plus tard. Ironie de l’histoire, le Président Wade avait à ses côtés Bacar Dia, et un certain… Macky Sall, alors son Premier ministre et directeur de campagne (Voir photo). Le Président réélu annonce des poursuites judiciaires contre ses opposants, et candidats malheureux, particulièrement Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng et Amath Dansokho qui ne le reconnaissaient pas comme Président. «Quand j’ai été élu (en 2000), j’ai lancé des enquêtes. On a jugé beaucoup de gens. Pour certains leaders politiques, les enquêtes étant longues, j’ai dit qu’il faut suspendre provisoirement les poursuites parce qu’ils vont déclarer partout qu’on veut les empêcher d’aller aux élections. On a suspendu les poursuites, mais elles existaient déjà. Maintenant qu’on a fait des élections et élu un président de la République, il faut que la vie de l’Etat continue, que la justice fasse son travail», avait-il d’emblée averti. Voici les différents reproches qu’il avait faits aux leaders du Pit, de l’Afp et du Ps.

A Dansokho : «Vente de terres aux abords de l’aéroport, mauvaise gestion de la mairie de Kédougou»
Wade s’en prend au leader du Parti de l’indépendance et du travail (Pit) qui ne l’a pas lâché pendant tout son septennat avec les mots qu’on lui connaît. «Etant ministre de l’Urbanisme, il a vendu des terres aux abords de l’aéroport et même à l’intérieur. Maire de Kédougou, il a fait une mauvaise gestion financière. L’Inspection générale d’Etat m’a remis le dossier. J’ai demandé de le transmettre à la Chambre de discipline financière. Si les délits sont établis, cette dernière va lui infliger des amendes. Elle peut également demander au gouvernement de traduire l’individu en justice. Dans le cadre de la coopération décentralisée, il a reçu d’une petite commune française 17 millions de francs. Cet argent a disparu, d’après ce que l’on m’a dit», précisait le «Pape du Sopi». L’accusation est grosse et tout le monde y voyait une chasse aux sorcières, sauf lui. Mais le secrétaire général du Pit, lui, ne voulait y accorder beaucoup de crédit. Résumé de sa réponse : «Il (Wade) ment.»

A Niasse : «Achat de sa maison sur la corniche, vente de passeports diplomatiques aux Chinois»
Son premier Premier ministre après l’alternance de 2000 aussi est sur sa liste. Au secrétaire général de l’Afp, arrivé 3ème derrière Idrissa Seck, il lui colle deux dossiers. «Le premier, c’est l’achat de sa maison qui se trouve sur la corniche. Il a expliqué, il y a deux ou trois ans, à la presse sénégalaise qu’il l’avait achetée. Le patrimoine national, quelqu’un se l’approprie, on me dit que c’est un homme politique, on ferme les yeux. C’est Senghor qui, en un moment donné, avait décidé de vendre des maisons qui étaient occupées par des assistants techniques français. Il a pris un décret et attribué ces maisons. Certains en ont profité pour les acheter. A quel prix ? Onze millions payables en 19 mensualités. C’est un don. L’Etat doit être défendu. En tant que ministre des Affaires étrangères, il avait ouvert un bureau consulaire à Hong Kong pour vendre des passeports aux Chinois. Un jour, les Français se sont réveillés et ont trouvé le cadavre d’une Chinoise dans la Seine qui avait par-devers elle un passeport diplomatique sénégalais. La presse sénégalaise en a parlé. Moustapha Niasse vendait des passeports à des Chinois qui voulaient se rendre aux Etats-Unis ou ailleurs. Il l’a reconnu. Il n’a pas reversé l’argent au Trésor. Je lui demande seulement de rapporter la preuve. Et quand on lui demande cela, il dit qu’aux Etats-Unis on vend des passeports», poursuivait Wade. Le lendemain, Niasse tient un point de presse de démenti et de riposte. «Si Wade veut ma maison, je peux la lui offrir. Il a emporté les élections, mais il ne les a pas remportées», dit-il. Avant d’ajouter : «Me Wade a vendu 26 passeports diplomatiques à la famille de Jonas Savimbi (Ndlr : défunt chef rebelle angolais). Il n’a qu’à m’amener devant le Tribunal et je viendrai avec le dossier des passeports de la famille Savimbi.»

A Tanor : «Vente de licences de pêche aux bateaux chinois»
Le secrétaire général du Parti socialiste n’était pas en reste. Mais Wade menace l’héritage de Diouf de façon générale. «Ousmane Tanor Dieng et Habib Thiam ont vendu des licences de pêche aux bateaux chinois pour une valeur de 20 milliards de francs Cfa. Ils l’ont reconnu dans un procès-verbal de police et ont certifié avoir, avec le produit de la vente, acheté des véhicules pour leur parti», flinguait-il.

A Idy : «J’ai rompu avec lui définitivement. Nous nous retrouverons devant Dieu»
Seul Idrissa Seck était épargné par l’euphorie-furie de son ancien mentor qui, cependant, avait ruiné les derniers espoirs du leader de Rewmi de lui succéder. Il dit : «Je ne peux pas vous donner le nom (de mon successeur) parce que je le connais pas. Mais le profil, c’est que ça soit quelqu’un comme moi : qui travaille beaucoup, intelligent, qui écoute et aide les populations, qui a de bonnes relations internationales et qui est représentatif. Je ne dirai pas qu’il doit avoir les mêmes relations que moi parce que mes relations, je les ai construites pendant des dizaines et des dizaines d’années. Il y a tous ces facteurs qui font que j’ai une sorte de lanterne qui va de l’un à l’autre… Donc, je n’ai pas encore choisi, mais le cercle se restreint parce que je n’ai plus le temps. En tout état de cause, ce n’est pas Idrissa Seck. J’ai rompu avec lui définitivement. Et comme nous disons ici, au Sénégal, nous sommes des musulmans : Nous nous retrouverons devant Dieu». Cela expliquerait-il son refus de soutenir Idrissa Seck lors de la Présidentielle du 24 février dernier ?
A la fin, tous ces «dossiers» ont eu en commun de n’avoir jamais connu de suite ou de début d’enquête comme promis par le Président qui venait d’être réélu. L’opposition significative, sous la houlette des leaders du Front Siggil senegaal, se réunifie et boycotte les Législatives de juin 2007.
hamath@lequotidien.sn

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