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En terminant son réquisitoire vendredi par des menaces, le procureur de la République a réduit la portée de sa conférence de presse, qui a eu le même écho que les deux autres exercices auxquels il s’est livré depuis son accession à la tête du Parquet de Dakar. Les notes discordantes d’une guitare basse.

Serigne Bassirou Guèye n’a pas aussi réussi son troisième essai. Lors de sa troisième conférence de presse tenue  vendredi, le procureur de la République a montré l’image d’un magistrat omnipotent, capable de faire et de défaire les destinées des citoyens à sa guise, et sûr de son pouvoir auquel doivent être soumis tous les justiciables. Quel pouvoir !
Serigne Bassirou Guèye a menacé d’envoyer en prison les personnes qui osent critiquer le système judiciaire. Cet aspect de son discours  a complètement noyé les autres structures de sa conférence de presse. Il avait enveloppé l’affaire Khalifa Sall dans d’autres dossiers pour éviter une personnalisation du débat. C’est manqué ! Bien sûr l’exercice est périlleux ! Mais, il y a un interstice entre sa sortie et celle sur le dossier Aïda Ndiongue où M. Guèye avait eu du mal à laisser au Parquet ses opinions, à contenir ses émotions et ses «affects», dirait Spinoza. Il avait dit durant sa première conf’presse en tant que procureur de la République : «Une personne qui vit pendant 100 ans peut, avec ce montant (47 milliards F Cfa), dépenser chaque jour la somme de 1.300.000 Cfa. Si on partageait cette somme à tous les citoyens sénégalais, jeunes, vieux, femmes, adultes y compris, chacun recevrait 3667 francs Cfa.»  Les avocats de la défense avaient répondu avec une plaidoirie médiatique pour lui apporter une réplique cinglante.

Affaire Aïda Ndiongue
Après la décision de la 3ème Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Dakar relaxant l’ex-sénatrice libérale, il avait sorti un communiqué si controversé que l’Union des magistrats du Sénégal (Ums) avait répondu de façon éloquente pour dénoncer un discrédit sur la justice.  Il avait soutenu «qu’une décision de relaxe, nous semble manifestement illégale et même troublante» et qui avait provoqué des réactions outrées de  l’Ums, qui avait condamné «fermement» cette déclaration du procureur de la République et exprimé «toute sa solidarité» à l’endroit des collègues qui «ont rendu leur décision, conformément à la loi et en leur âme et conscience». Elle avait poursuivi pour dire qu’elle «défendra, chaque fois que de besoin, tout magistrat qui remplira les devoirs de sa charge dans l’honneur et la dignité», mais «se désolidarisera de tout magistrat qui aura, délibérément et de mauvaise foi, violé son serment».

Communiqué controversé et… menaces
Aujourd’hui, l’institution judiciaire change de visage avec cette culture de «résultats» qui s’impose à elle à l’image de l’hôpital et de l’université. Cette soif de justice exprimée par les citoyens a fait basculer la justice d’un univers empesé à celui de la familiarité et de la faconde. Il faut accepter par conséquent cette banalisation de la critique, qui ne devrait pas verser dans le discrédit des institutions, qui sont la garantie de notre idéal démocratique. Bien sûr, les manifestations de cette tendance à la subordination de la justice au pouvoir politique sont multiples. C’est l’Exécutif, qui inspire les réformes judiciaires, préside le Conseil supérieur de la magistrature (Csm) et dessine de façon institutionnelle le pouvoir accordé aux juges. Cette réalité va pousser les citoyens à continuer à émettre leurs opinions sur le fonctionnement du pouvoir judiciaire au prix d’un séjour en prison promis par le procureur de la République pour sans doute outrage à magistrat. C’est ça qu’on appelle un… pouvoir.
bsakho@lequotidien.sn

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