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Le présidium du colloque.

Il faut donner une seconde vie au patrimoine cinématographique africain et arabe en lui assurant une plus large diffusion. C’est la conclusion du colloque international qui s’est tenu les 29 et 30 octobre à Tunis, en marge des Journées cinématographiques de Carthage (Jcc). Les rencontres ont été organisées par l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts «Beit El Hikma» avec la participation de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci).

Par Gilles Arsène TCHEDJI (Envoyé spécial à Tunis) – «Patrimoine cinématographique en péril». C’est le thème du colloque international qui a réuni le monde du 7e art pour le cinquantenaire des Jcc. Des sommités et consultants de différents pays ont exposé leurs propres expériences et l’état d’avancement de leur réflexion dans le domaine de la conservation du patrimoine cinématographique. Plusieurs cas d’école, des initiatives publiques ou privées, les déficits en institutions spécialisées dans la conservation cinématographique, (cinémathè­ques, ar­chives de films) en Afrique et dans le monde arabe ainsi que les projets potentiels en cours de réalisation et les obstacles ont été abordés. A la suite de ces divers partages d’expérience, tous les participants sont d’avis qu’il faut mettre en place une politique de sauvegarde et de préservation du patrimoine cinématographique en Afrique.
Cette volonté est toutefois perçue par beaucoup de personnes comme «un vœu sans lendemain» qui a fait l’objet de plusieurs rencontres alors que l’état de dégradation et les pertes indéniables des œuvres sont de plus en plus alarmants. Hédi Jalla, directeur général des ar­chi­ves nationales de la Tunisie, Nicola Manzzanti, Conservateur de la cinémathèque royale de Belgique, Aboubacar Sanogo, Professeur d’histoire du cinéma africain à la Carleton University d’Ottawa et Tsogo Marie Nadège entre autres intervenants, ont à tour de rôle mis l’accent sur l’absence de volonté politique,  le manque d’équipement de conservation en Afrique, la carence en personnel qualifié (pas d’archiviste cinéaste), la nécessité de se fédérer pour obtenir le rapatriement des archives etc. «Nous devons prendre des initiatives pour faire rapatrier nos archives qui sont à Ina, au Cnc…, vers nos pays. Car c’est un problème, un mal qui affecte la mémoire collective de nos peuple», a notamment plaidé Tsogo Marie Nadège, une jeune doctorante en Histoire du cinéma à l’Univesité de Yaoundé au Cameroun.
Comme elle, plusieurs voix se sont levées, à l’instar de celle du réalisateur sénégalais Mansour Sora Wade pour dire que l’image est un support de la conservation de notre mémoire. Et que le fait que nos peuples ne voient pas nos images, notre histoire passées, fait que ce peuple est en per­te de repère. Pour de nombreux cinéastes d’ailleurs, «les images de la période coloniale qui sont jalousement gardées en Europe, nous révèlent beaucoup de choses, beaucoup de non-dits…»
Le cinéaste et ancien ministre malien Cheick Oumar Sissoko n’a pas manqué de rappeler en ce sens le pillage orchestré sur les fonds d’archives de son pays, après le coup d’Etat contre Modibo Keïta. Une manière de conforter l’idée de ses collègues, qui dénoncent la spoliation des images africaines durant des années.  Au final, même si tous les participants ne jugent pas de la nécessité de rapatriement des images de l’Afrique, beaucoup pensent qu’il est grand temps de préparer les conditions dans nos pays pour recevoir et pouvoir conserver, restaurer, numériser et faire la promotion et la diffusion à l’international de ces œuvres. Car, «défendre les images vivantes des peuples» n’a pas de prix.

arsene@lequotidien.sn

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