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L’archéologue sénégalais, Ibra­hi­ma Thiaw, a appelé à la préservation de l’héritage culturel de Gorée classée au patrimoine mondial par l’Unesco, en alertant sur les conséquences d’une éventuelle destruction des vestiges archéologiques et architecturaux de cette île-mémoire.
«L’île de Gorée doit tout à son patrimoine. Sans le patrimoine, Gorée ne subsiste pas. Et cet héritage culturel que constitue le patrimoine goréen, c’est une ressource qui n’est pas renouvelable», a-t-il prévenu dans un entretien avec l’Aps.
Pr Thiaw, responsable du laboratoire d’archéologie de l’Ifan-Cheikh Anta Diop de Dakar qui travaille sur le site de Gorée depuis 2000, ajoute : «Si nous détruisons ce patrimoine, cela veut dire que nous signons l’acte de décès de cette île-là.»
Il a insisté sur la nécessité de valoriser l’île de Gorée qui figure parmi les premiers sites sénégalais classés sur la liste du patrimoine mondial. «Les vestiges archéologiques, les vestiges ar­chi­tecturaux et autres qui constituent le faisceau patrimonial de Gorée, si on les détruit, il ne restera plus rien sur [cette île]», a encore alerté l’archéologue. Selon lui, «la seule manière de valoriser cet héritage culturel, c’est que dans nos politiques qu’on cherche constamment à éviter la destruction de ce patrimoine qu’il soit archéologique ou architectural».
De même, a poursuivi Ibra­hima Thiaw, «lorsque ce patrimoine est en ruine, il faudra trouver des moyens pour le rénover et faire de sorte que cela ne pose pas de problèmes de sécurité».
Il a par ailleurs demandé à éviter de construire en détruisant des vestiges archéologiques. «S’il y a des travaux qui peuvent parfois être nécessaires, la collecte de données devient un devoir. On collecte ces données et on les traite pour qu’elles aillent dans les musées afin qu’elles ne soient détruites de façon irrémédiable», a encore suggéré l’archéologue.
Le responsable du laboratoire d’archéologie de l’Ifan-Cheikh Anta Diop de Dakar dit avoir collecté sur le site de Gorée, «des données assez importantes» qui ont permis à son équipe «de développer des lectures un peu plus cohérentes sur ce qu’on savait jusque-là» sur cette île-mémoire.
Pr Thiaw a fait part de l’utilisation et de la gestion de l’espace sur la base de vestiges archéologiques pour comprendre «comment l’île a grandi et son rôle dans le commerce atlantique».
A l’en croire, «c’est surtout à partir du 18ème siècle qu’il y a eu un impact très visible du commerce atlantique avec des importations en masse de beaucoup de produits. L’architecture a également beaucoup évolué à partir de cette période-là».
«La population de l’île a augmenté très rapidement créant une distance sociale entre les différents groupes. Les choses sont devenues au fur et à mesure des ans beaucoup plus complexes faisant de Gorée l’un des foyers de créolisation les plus importants sur les côtes d’Afri­que occidentale», a-t-il expliqué.
«Il y a une très bonne base de données qui a été collectée nous permettant de parler de manière beaucoup plus objective de la vie quotidienne. A travers les vestiges archéologiques, on a pu comprendre mieux le type d’interactions entre les différents groupes raciaux», a-t-il fait savoir.
«La maison des esclaves est un vestige important dont nous ne devons pas avoir peur de faire la radioscopie pour essayer de comprendre qu’elle a été véritablement son rôle et sa fonction» dans la traite négrière, a plaidé Ibrahima Thiaw, par ailleurs responsable du Labora­toire d’anthropologie et d’ingénierie culturelle (Laic) de l’Uni­ver­sité Cheikh Anta Diop de Dakar.

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