PARTAGER

L’Etat a intérêt à soutenir le secteur privé national. C’est la conviction du Professeur Moustapha Kassé qui a abordé ce sujet lors de la journée de réflexion organisée par la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes). L’économiste estime que des «institutions de promotion, de renforcement et de soutien au secteur privé» doivent être mises en place.

La question du patriotisme économique et du secteur privé national a fait l’objet des échanges hier, lors de la journée de réflexion organisée par la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes). Orateur majeur à cette rencontre, le Professeur Moustapha Kassé est revenu largement sur la problématique de l’émergence du secteur privé national. D’après l’économiste qui a d’ailleurs présenté un ouvrage écrit sur ce sujet, il faudrait mettre en place «des institutions de promotion, de renforcement et de soutien au secteur privé». D’après lui, «c’est ce que tout le monde fait». Citant des exemples développés dans le monde, Pr Kassé souligne que pour promouvoir le secteur privé, les Etats-Unis, le Japon, l’Alle­magne, sur certains aspects, appuient leurs Petites et moyennes entreprises (Pme) et Petites et moyennes industries (Pmi). Selon lui, si au niveau mondial les Pme et Pmi sont les championnes de l’économie, cela veut dire qu’il faut «mettre en place des institutions pour les promouvoir». A en croire l’économiste, il ne s’agit pas seulement de les encadrer mais aussi de les appuyer. Poursuivant ses explications, M. Kassé a estimé qu’il y a trop de dispositifs pour le secteur privé, qui ne sont même pas connus. A cela il a ajouté «le problème de l’accès au marché». Ce qui, d’après lui, «constitue des problèmes de fond qu’il faut régler».
Sur la question du patriotisme économique qu’il entend comme «une possibilité de défendre son économie nationale», Professeur Kassé renseigne qu’il peut y avoir un aspect offensif mais aussi un aspect défensif. Expliquant ce dernier concept, il déclare «qu’on essaie de faire en sorte de sécuriser son secteur privé par des législations et règlements bien précis». S’agissant du patriotisme offensif, il soutient qu’il s’agit de préparer «l’entreprise à prendre des parts de marché à l’extérieur». Ce qui est, d’après lui, «très important», car étant «la pratique mondiale». D’ailleurs, pour lui, «on ne peut pas, sous prétexte de répondre à des standards internationaux qui sont imaginaires, nous priver de faire comme tout le monde».
L’enseignant en économie à la retraite indiquera : «Les standards internationaux, je ne les trouve jamais, il y a des pratiques nationales.» Et ne se privera pas d’ajouter : «Ce n’est pas parce que vous avez respecté les standards que les gens viendront vous dire ‘’Bravo vous avez respecté les standards’’.» Argumentant sa conviction, le doyen honoraire de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Ucad convoque la distorsion trop grande entre «nos capacités de production et nos capacités de consommation». Analysant cette situation, Pr Kassé estime que «notre pays travaille pour l’extérieur». La solution, selon lui, peut être trouvée dans le patriotisme économique. Celui-ci «devait nous permettre un partage des rôles».
Prenant l’exemple sur l’Algérie, il renseigne que la loi dans ce pays dit que «les entrepreneurs sont autorisés à venir mais ils ne peuvent pas avoir plus de 51% de parts». Pour lui, «on peut au moins faire en sorte qu’on réglemente cet envahissement de notre économie par l’extérieur». Anticipant sur l’argument de la concurrence, M. Kassé informe «qu’il n’y a pas de concurrence dans le monde». La conviction de l’économiste est claire sur la question. Il dit : «Quand il y a une compétition entre des gens de grande taille, si vous n’avez pas cette grande taille, il faudrait voir comment arriver à profiter au maximum en utilisant votre secteur privé».
Concernant le financement, Pr Kassé estime qu’il y a «énormément d’argent au Sénégal mais on ne le mobilise pas». Parce que, souligne-t-il, «on pense que l’argent doit toujours venir de l’extérieur». Alors que, explique M. Kassé, «il y a des fortunes qui se créent». D’après lui, si ces fortunes ne sont pas utilisées elles vont faire «la fuite vers les paradis fiscaux ». Pour lui, il y a beaucoup d’autres pratiques qui proviennent «du fait qu’on ne mobilise pas l’argent existant».
dkane@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here