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Le ministère de la Justice est décidément à l’ordre du jour depuis un certain temps, tant à cause du nombre effarant de faits qui n’ont pas manqué de soulever des cœurs pas seulement de personnes sensibles que pour leurs caractères aussi regrettables les uns que les autres. Le caractère hideux de ce qui vient de se passer à Ndiagne où un maître coranique, sous un prétexte religieux musulman, s’est permis d’enchainer des enfants, ne constitue pas le premier scandale. Il est simplement venu s’ajouter à d’autres cas plus graves : qu’on se souvienne de cette adolescente froidement massacrée à Tambacounda par quelqu’un jouissant pourtant de ses facultés mentales, de cette dame aussi froidement égorgée par son chauffeur dans la banlieue de Dakar, et j’en passe.
Dans la précipitation, certains reprochent au ministère de la Justice de ne pas suffisamment sévir contre les voyous qui troublent le sommeil des paisibles citoyens auxquels la sauvegarde de leur vie et de leurs biens empêche de dormir. Mais d’autres s’en prennent aux autorités de la sécurité publique pour un oui ou pour un non, toujours prompts à mener une course de vitesse vers des chefs religieux pour bénéficier de leurs interventions pour échapper aux sanctions. C’est dommage qu’ils rencontrent souvent des oreilles attentives sans discernement préalable et sans tenir compte des victimes qui se consolent par «Yalla dinaniou atté».
Mail il faut reconnaitre que le pouvoir politique, qui édicte pourtant des lois adorables, des principes de droit pénal remarquables, ne laisse pas souvent la «justice faire son travail». Il est vrai que le Parquet et le siège, dans leur ensemble, ne se rebiffent pas en général contre le diktat des autorités de tous ordres, qui les régentent, qui ne ratent pas d’occasion pour leur rappeler astucieusement qu’ils ont l’œil sur eux «en vue de demain».
Pour la petite histoire, une fois, au sortir d’une salle d’audience correctionnelle où une décision «incroyable» venait d’être rendue, faisant l’objet de commentaires, un ancien ministre de la Justice, redevenu avocat, avait dit : ce n’est pas chaque fois qu’une décision bancale est rendue que c’est à cause des immixtions des tenants du pouvoir. Et pour convaincre ses confrères qui l’écoutaient bouche bée, il laissa entendre que lorsqu’il était ministre de la Justice, plus d’une fois, soit des juges soit des magistrats du Parquet lui avaient demandé dans quel sens il aurait voulu qu’ils traitent telle ou telle affaire qu’ils avaient en charge. Affaires signalées et affaires entre des justiciables jouissant de moyens disproportionnés.
Les histoires qu’on entend souvent critiquer sur les décisions de justice ne sont pas toujours inventées, mais la plupart du temps correspondent à des faits vécus.
Pour en revenir au cas des talibés, on se serait attendu à une réprobation unanime, une sanction ultra sévère pour qu’enfin sous aucun prétexte, aucun oustaz, ne songe à faire ce qu’a fait l’oustaz de Ndiagne, et que personne, ne serait-ce que pour se faire passer pour un croyant musulman fervent, ne tente de justifier que des bambins puissent être enchainés, quel que soit le motif prétendu.
Faut-il rappeler à certains doctes religieux et à ceux qui croient aveuglément en eux, que le seul juge qui ne se trompe jamais, que personne ne peut influencer en monnayant ses décisions, est Dieu ? C’est regrettable que tout décideur en ait conscience mais peu parmi nous s’en inspirent.
Maintenant c’est l’affaire de ceux qui, en réalité, croient au juge d’ici-bas pour des raisons à eux. Pour le reste, advienne que pourra.
Mais on attendra encore très longtemps pour voir se former une unanimité combattante contre le sort fait aux bambins, à la merci de certains oustaz auxquels ils sont destinés à servir d’agents pour toutes les besognes, auxquels rien n’empêche d’en faire à leur tête, qui continueront à recruter à la pelle parmi les enfants des parents défavorisés, aveuglés par des croyances, dont la philosophie milite pour la prohibition de la limitation des naissances, forts de cette croyance très rétrograde «Dieu mettra toujours quelque chose dans les bouches qu’il ouvre». Cela donne une idée sur l’utilisation dévoyée de la religion dont se couvrent certains pour se conduire comme bon leur semble. Il y a lieu de douter que de tels supposés croyants croient en quelque chose.
Leur point de vue sur l’acte sadique dont s’est rendu coupable serigne Cheikhouna Guèye qui, pour avoir enchainé des bambins comme le ferait un surveillant d’animaux, des députés, plus particulièrement un parmi eux, ne se sont pas gênés de s’en prendre au ministre de la Justice d’avoir «demandé au procureur de Louga de dire le droit dans cette affaire». Pour l’honorable député Cheikh Abdou Mbacké Bara Doly, la Justice aurait ainsi défié le Khalife général des Mourides. N’est-ce pas là une tentative d’influencer dans le mauvais sens en évoquant le nom du Khalife général des Mourides auquel il n’est pas évident que certains ne prêtent pas des déclarations qui traduisent leur propre point de vue, non celui du chef religieux.
Attendons de voir si des croyants fervents iront nuitamment souffler à des chefs religieux de clamer haut et fort que Guy Marius et ceux comme lui, ne mériteraient même pas une minute de privation de leur liberté pour les faits qui motivent leur mandat de dépôt.
Les faits qui se déroulent devant nous sont une preuve que certains croient plaire à des notables religieux ou politiques en les poussant dans l’erreur. En effet, un ministre de la Justice ne saurait mieux faire que d’encourager un procureur de la Ré­publique à dire le droit, ce que ce député reproche au procureur de Louga. Peut-être que pour lui il serait plus indiqué d’applaudir à se rompre les phalanges un procureur qui ne se soucierait pas des rapports des citoyens vis-à-vis de la loi. Malheu­reusement ainsi, l’ordre public continuera à être bafoué, au profit de l’ordre imposé en faveur des roitelets de tous acabits. C’est la véritable loi de la jungle. N’oublions pas que «tey yaw, elleg sa morom». N’oublions jamais l’affaire Khalifa Sall qui a terni notre réputation de pays de loi.
Maître Wagane FAYE

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