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A Mbour comme dans la plupart des quais de pêche, les acteurs se plaignent de la raréfaction du poisson. Aussi bien les pêcheurs que les transformatrices en ressentent les effets. Dans cet univers, les acteurs sont au courant du phénomène de la surpêche et des mauvaises pratiques à l’origine de cette situation, mais la plupart rejettent encore la faute sur les autorités qui, selon eux, ne font pas respecter les mesures qui sont prises pour lutter con­tre cette situation.

La surpêche et la pêche «inn» ainsi que toutes autres formes de mauvaises pratiques ont des conséquences désastreuses sur ce secteur. L’alerte est tout le temps lancé par des organisations environnementales ou des experts du secteur, défenseurs de la nature. Mais cette problématique, malgré les alertes lancées et la sensibilisation sur cette question, demeure inquiétante. Et les conséquences se font ressentir aussi bien par les populations consommatrices que celles dont l’activité tourne autour de ce secteur. Au quai de pêche de Mbour en tout cas, les pêcheurs et vendeuses de poissons ont constaté comme tout le monde que le poisson se fait rare. Le vieux Badou Ndoye, patriarche des pêcheurs établis dans cette localité, ne cache pas sa désolation face à toutes les pratiques qui sont en train de détruire leur principale activité. Fils de pêcheur, le vieux de 80 ans qui a eu à diriger différentes organisations de pêcheurs est même nostalgique de l’époque où la mer était vraiment poissonneuse. Le vieux Ndoye, avec toute sa passion pour son métier, décrit la situation dans laquelle se trouve ce secteur. Il se permet de remonter le temps pour montrer comment les choses se sont dégradées au fil des années. Dans ses explications, il rappelle qu’à l’époque où les eaux étaient poissonneuses, à 200 m on pouvait avoir une bonne prise. Ce qui est impossible aujourd’hui, et qui pousse les pêcheurs sénégalais à aller en Mauritanie ou en Guinée Bissau. Nostalgique de cette époque, il raconte qu’il n’était pas difficile de rentabiliser cette activité, parce que les frais pour aller en mer n’étaient pas très élevés. Pour conforter ses propos, il soutient que dans les années 1978, il était possible avec 9 000 francs Cfa d’aller en mer avec deux pirogues et acheter tout ce dont on avait besoin pour cette campagne. Aujourd’hui, souligne-t-il, avec 200 mille francs Cfa pour une pirogue, Il n’y a aucun doute, le pêcheur n’ira pas loin.
La rareté du poisson se fait ressentir également sur l’activité des femmes transformatrices. Selon Anta Diouf Top, transformatrice au site de Mballing (Mbour), il y a un temps où elles et ses collègues pouvaient avoir du poisson frais tous les jours. Mais aujourd’hui, souligne-t-elle, avec la raréfaction de la ressource, elles peuvent «rester deux à trois mois sans travailler normalement». Ces femmes qui s’activent dans le séchage, le fumage et le braisage du poisson soutiennent qu’elles sont affectées par les conséquences de la surpêche à l’origine de la raréfaction de leur matière première ; donc plus chère. Malgré cette situation, Anta Diouf Top avoue qu’elles s’en sortent même si les revenus ne sont pas ce qu’ils étaient il y a des années. Consciente que la rareté du poisson aura des impacts sur leur activité, Mme Top lance un appel pour que des mesures soient prises pour la préservation des ressources halieutiques. «Il faut sauvegarder les ressources, parce que les familles n’ont que cette activité pour survenir à leurs besoins. On espère que les mesures prises par les autorités pour les contrats de pêche, et au niveau de la surveillance et respect des règles vont régler le problème», a-t-elle dit.
Si ces femmes ont un espoir sur les mesures prises par les autorités, cela ne semble pas être le cas pour certains pêcheurs du quai de Mbour. Pour eux, l’Etat a une grande part de responsabilité sur cette situation. C’est le cas de Aliou Lakhone, membre de l’Union nationale de la pêche artisanale du Sénégal, qui dénonce deux poids deux mesures. «Nous savons que ce n’est pas bon de pêcher des juvéniles, mais l’Etat a sa part de responsabilité. Si nous le faisons, nous sommes sanctionnés, mais à Dakar les pêcheurs le font et ils ne sont pas sanctionnés», a-t-il dénoncé.
dkane@lequotidien.sn

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