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Les avocats de Mohamed Ndiaye ont plaidé l’acquittement de leur client. Pour Mes Ndéné Ndiaye et Mamadou Guèye, l’accusé n’a jamais fait l’apologie du terrorisme. Il a été contraint de poser certains actes au Nigeria après s’être rendu dans le fief de Boko haram.

Me Ndéné Ndiaye a dessiné son client, Mohamed Ndiaye, qui risque la perpétuité, sous les traits d’un homme fragile. Né le 3 mars 1984 au Gabon de parents sénégalais, il est rapatrié au Sénégal pour être confié à son «grand-père mourant». «Il ne pouvait pas joindre les deux bouts. Il vit difficilement dans la banlieue de Dakar. Et c’est dans cette situation qu’il avait l’obligation d’édu­quer Mohamed Ndiaye Abu Yous­souf. A l’âge de 7 ans, Mohamed Ndiaye, comme tous les enfants de son âge, a été inscrit à l’école. Mais il n’ira pas loin», renseigne Me Ndiaye. Il échoue aussi à l’école coranique, abandonne la mécanique après 4 ans. Il s’essaie à la maçonnerie. Bref, il échoue dans toutes ses entreprises. Mais, il a réussi à se marier à l’âge de 23 ans, malgré des conditions précaires. «Toutefois, sa situation reste instable. Ce qui l’amène à faire la navette entre la Mauritanie et le Sénégal», explique Me Ndéné Ndiaye. Lequel explique qu’il n’a pas de repère. «Ce qui fait de lui, une proie facile pour ces agents dealers et agents recruteurs», dit Me Ndiaye. Il croise le chemin de Aboubacar Guèye considéré comme le recruteur de djihadistes. «La tentation étant forte, Mohamed Ndiaye n’a pas pu résister à la force de persuasion de ces agents recruteurs et a décidé de partir sans rien dire à personne», avoue son avocat. Voyageant dans des conditions éprouvantes, il atterrit dans le fief de Boko haram. «Ça c’est une certitude. On le reconnait. Mohamed Ndiaye a vu Shekau (guide du Boko haram). C’est également la vérité», a aussi avoué l’avocat. Sur place, c’est la désillusion. Il décide de rentrer avant «d’être arrêté 7 mois après son retour au Séné­gal».
Mais, ses avocats contestent le réquisitoire du Parquet et plaident l’acquittement. «Mohamed Ndiaye n’a jamais parlé de Wilaya. Et il n’y a nulle part dans ses déclarations où il parle de l’installation d’un Etat islamique au Sénégal. Dire qu’il y a un acte de terrorisme sans que cela ne soit étayé par des éléments consistants du dossier ne peut pas permettre de le condamner», tente d’avancer Me Ndiaye. Pourquoi Mohamed Ndiaye est-il poursuivi ? «Mohamed Ndiaye, n’est pas poursuivi parce qu’il a posé pied à Boko haram. Ces actes, ce séjour, se sont passés au Nigeria. Il n’a pas reçu de fonds pour les blanchir. Il n’y a pas cette intention déguisée ou de dissimuler. Même s’il croit en son for intérieur au djihad, il n’a jamais été pris en train de faire l’apologie du terrorisme», précise l’avocat. «Ce qui aura retenu des esprits sur Mohamed, c’est qu’il fait partie de ceux qui se sont rendus dans le fief de Boko haram. Il a reconnu que c’était une erreur. Il n’est pas jugé pour cela. Entrer en voie de condamnation contre lui serait une erreur. Je souscris à la demande de mon confrère en vous disant qu’il doit être acquitté. Les faits pour lesquels ces personnes sont poursuivies sont très graves mais n’existent pas», plaide-t-il.
En écho, Me Mamadou Guèye  parle d’un dossier vide. «L’accu­sation nous a servi un documentaire sur Boko haram, des cartouches de fusils de chasse, des projections-vidéos qui sont accessibles à toute personne à travers internet», dénonce-t-il. Me Guèye pense qu’«on a voulu frapper les esprits en disant que le Sénégal l’a échappé belle». Mais, l’avocat pense que «le Sénégal est en train de mener une guerre qui n’est pas la sienne». Me Guèye croit aussi savoir que «l’histoire des accusés, n’est pas l’histoire des terroristes, mais celle d’hommes passionnés pour leur religion».
Au final, la défense a sollicité la clémence en ce sens que l’accusé «s’est repenti et s’est amendé». Elle demande d’ignorer cet appel à la vigueur et à la rigueur du procureur. Leur client mérite une seconde chance pour se réintégrer dans la société. Et selon Me Ndéné Ndiaye, la lutte contre le terrorisme ne sera pas que judiciaire, mais elle doit être sociale.
justin@lequotidien.sn

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