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(suite et fin)
«Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui ont les moyens d’aller faire le pèlerinage de la Maison. Et quiconque ne croit pas… Allah se passe largement des mondes.» Sourate Ali Imran, versets 96/97.
Et ce fut le voyage presque interminable du pôle mystique Cheikh Oumar Tall Al Fouti, le guerrier intrépide à la foi d’airain, le preux chevalier, la grande âme qui a sauvé tant d’âmes perdues. El Hadji Oumar, c’est l’écrivain en marche, le grand poète à cheval. Son pèlerinage à la Mecque est un acte fondateur, un parcours initiatique dans la voie soufie selon les préceptes de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif. Il y a pèlerinage et pèlerinage, celui de Cheikh Oumar est un viatique pour tous les aspirants. En 1828, il partit à la Mecque accomplir les rites sacrés selon la pratique, les faits et gestes de son idole le prophète Mohamed Psl. Après le pèlerinage à la Mecque, la rencontre mémorable avec le grand maître tidiane Cheikh Mouhamad Ghaly à Médine fait partie des événements les plus insignes dans les annales du Tidianisme.
La Tarbiya, cette pratique mystique selon une formule incommunicable que seuls quelque grands saints détiennent, comme le grand Sidy Mouhtar Al Kounti, Cheikhna Cheikh Saadbou et El Hadji Ibrahima Niasse le grand pèlerin, fut le point d’orgue de cette rencontre entre deux grands amoureux et qui consacra définitivement El Hadji Oumar jusqu’à nos jours, après qu’il se soit éthéré dans les falaises de Bandiagara le 12 février 1864.
Bien des années plus tard, son héritier à tous points de vue, El Hadji Malick Sy, tellement savant que son ami et frère en islam Cheikhna Cheikh Saadbou, affirma que «son école est la meilleure des écoles et son wird n’est comparable à aucun autre wird». Le Cheikh des deux rives, Saadbou, connaît son sujet, il a lui-même donné le wird tidiane à certains de ses grands disciples, dont l’étonnant cheikh Aldiouma Ba de Guet Ardo, le wird Shazaly à d’autres et le wird de Sidi Abdoul Qadr Djeylani le grand, à la majorité des Cheikh qu’il a intronisés. A un certain niveau de pratique et d’élévation spirituelles, il n’y a plus de frontières confrériques. C’est l’universalisme et l’humanisme qui autorisent ces postures dans le soufisme d’en haut, celui des maîtres. Du reste, toutes les confréries authentiques musulmanes sont d’essence Djouneydite et remontent tous à Aboul Qacim Djouneydi jusqu’à l’imam Hassan Al Basri. Nous sommes tous en grande majorité musulmane au sud du Sahara, de la voie Djouneydite, de rite Malikite et théologie Ash’arite. Tous nos chefs religieux, de quelque obédience qu’ils soient, appartiennent à ces trois grandes écoles qui organisent la vie religieuse du Maghreb au Sud du Sahara, selon une continuité et une unité visibles dans tous les pratiques, postures et modes de pensée.
Toutes les fatwas de Seyd El Hadji Malick Sy, notamment sur la zakat de l’arachide et ceux de Baye Niasse, ont été élaborées selon les normes du rite Malikite. Ce rite que El Hadji Malick a largement contribué à vulgariser. Son pèlerinage à la Mecque à l’âge de trente-trois ans donne une idée de l’homme et de la grandeur de son dessein. Enfant prodige, juriste émérite, fin lettré, savant en tout, il étonne encore aujourd’hui les aspirants par la rareté, l’étrangeté de trône mystique. El Hadji Malick est un mystique, mais d’une mystique authentique adossée au Coran et à la Sounna, ce qui malgré les apparences est une prouesse, un prodige. L’ivresse mystique n’a jamais réussi à le noyer et l’égarer. Son pèlerinage et son retour furent des bienfaits incommensurables pour la culture islamique au sud du Sahara.
Quant à El Hadji Ibrahima Niasse, c’est le pèlerin le plus étonnant par le nombre de fois qu’il est allé à la Mecque. Son pèlerinage à la Mecque en 1937 est mémorable. Chez Baye Niasse, le Hadji à la Mecque est une marque distinctive, un tampon mystique qui caractérise l’homme dès avant son apparition sur terre annoncée expressément par Ousmane Dan Fodio, le grand marabout peulh du Nigeria, qui est allé jusqu’à décrire son physique, notamment sa face lumineuse, sa fameuse barbe et ses yeux globuleux. Baye Niasse est un homme prodigieux, qui draine pas moins de cent quarante cinq millions d’âmes sur terre. Lorsque l’on sait que «supporter» une seule âme dans la voie mystique relève de la gageure.
Il détient le secret de l’accession extinctive au tabernacle qui intrigue encore aujourd’hui après sa disparition physique en 1975 à Londres. Voilà Baye Niasse, l’ami de Serigne Fallou Mbacké, dont le fameux pèlerinage et celui de Mame Cheikh Anta Mbacké seront évoqués spécialement. Paix et salut sur toutes les âmes qui aspirent à la vérité cachée.

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