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Des séances de projections en plein air ont animé durant le mois de novembre la banlieue dakaroise. Cette initiative entrant dans le cadre de la célébration du Mois du documentaire a reçu le satisfecit des participants qui y voient une bonne méthode pour faire accéder le cinéma africain aux populations.

Le Mois du documentaire a été clôturé le week-end dans la commune de Petit Mbao et a été «une réussite», d’après Moussa Touré. «Il n’y a jamais eu un engouement comme ça lors du Mois de documentaire à Da­kar», a-t-il témoigné en marge de la rencontre. Au menu de cette soirée de clôture, le documentaire Guinaw rails de Khady Diédhiou et Bois d’ébène de Moussa Touré ont été projetés devant un public composé en majorité de jeunes. «On a voulu donner un cachet populaire au Mois du documentaire pour partager avec les populations. C’est pourquoi on a organisé cette soirée de projection qui marque la clôture», a indiqué Aldiouma Ndiaye, l’organisateur ayant aussi informé que «l’ouverture s’est faite en plein air à Pikine».
«Je n’ai fait que poser les directions, ce n’est pas moi qui organise», a expliqué en marge de la rencontre le cinéaste Moussa Touré. A propos du choix des films qui  lui est cependant revenu, M. Touré d’indiquer : «Avec mes voyages, je ne vois pas que mes films, je regarde les films des autres  parce que pour moi, faire du cinéma ça commence par regarder les films des autres. J’ai eu des  coups de cœur avec quel­ques films et je les leur ai proposés.» Il s’agit de Cheikh Anta de William Mbaye, Sur les traces de Kandia de Laurent Chevalier  et Tahaar Chériaa, A l’ombre du baobab de Mohamed Challouf. «A peu près, une dizaine d’autres documentaires aussi ont été projetés durant le mois», a assuré M. Touré. «Il y a un public, c’est ça qui a été magnifique et ce public a regardé les projections dans le silence», a-t-il encore commenté.
Mohamed Challouf, cinéaste et producteur tunisien, trouve pour sa part pertinente la projection en plein air qui ressemble à une initiative qui se fait dans son pays et qui participe à «rendre accessible le cinéma  local» aux populations. «Les salles de cinéma n’existent plus, la télévision  ne montre plus notre cinéma et il faut inventer des espaces. Et je pense que cette soirée est un espace extraordinaire pour que le public sénégalais voie les œuvres de cinéastes sénégalais et africains et découvre une partie de leur histoire», a-t-il indiqué, incitant encore à «faire les efforts institutionnels et même privés ou de la société civile pour arriver au public jeune et moins jeune». L’Institut français a été le principal accompagnateur de cet événement qui a eu l’honneur d’accueillir, à son ouverture à Pikine, l’ambassadeur de France.

Dynamisme du cinéma sénégalais : Les notes de Mohamed Challouf et Moussa Touré

En marge de la clôture du Mois du documentaire, les cinéastes Moussa Touré et Mohamed Challouf ont braqué leurs projecteurs sur le cinéma sénégalais. Regards croisés sur un patient jugé en bonne santé dans l’ensemble.

Même si le cinéma sénégalais n’est plus, tel que le fait savoir Mohamed Challouf, à «l’époque de gloire des Djibril Diop Mambéty ou Sembène Ousmane», il se porte quand même bien dans l’ensemble. «Un jeune cinéaste sénégalais a eu le prix spécial du jury à Carthage. Il y a quelques années, Moussa Touré a eu le Tanit d’or avec La pirogue, William Mbaye a eu le Tanit d’or pour le documentaire Président d’hier», a cité Mohamed Challouf en marge de la cérémonie de clôture du Mois du documentaire.
Ne réfutant pas cet indicateur, Moussa Touré ira tout de même plus loin dans son appréciation. «Il ne faut pas se baser uniquement sur des prix. Moi je pense qu’il faut aller sur la qualité des films. Dans un festival, on peut te primer, mais un film n’est pas juste fait pour le festival. Il est fait pour un public, il est fait pour sa qualité», a-t-il estimé, affirmant que le cinéma sénégalais, en dépit de l’absence de salles, revit avec la nouvelle génération. «Il y a un engouement et des cinéastes comme William Mbaye font de très bonnes choses. A Carthage, il y avait  3 ou 4 films sénégalais qui étaient en compétition et on est revenu avec deux trophées. A Clap ivoire, il y a eu Fatou Touré», a dit M. Touré pour illustrer ces avancées. «Il y a une volonté de créer des images. C’est important de le faire et essayer de le faire avec les moyens du bord, et faire des progressions. On n’est pas obligé de faire des chefs-d’œuvre, mais il faut commencer à s’approprier les métiers du cinéma», a exhorté M. Challouf dans ce contexte marqué par des «problèmes de financement».
«Il y a des problèmes de financements, mais avec le numérique, cette nouvelle génération se débrouille bien. Elle essaye de trouver des solutions parce que l’argent au nord n’existe plus pour financer leurs films, mais elle est en train de faire des films», a-t-il encore salué.
abndiaye@lequotidien.sn

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