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Après l’avoir lu, si jamais il m’a été demandé de proposer un autre titre au livre de Ousmane, Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation, je donnerai sans hésitation aucune «Coup de gueule, cri du cœur».
Conformément à l’objectif qu’il s’était assigné et qu’il n’a pas manqué de stipuler à l’entame de son ouvrage et qui consistait à éclairer la lanterne de ses «profanes» compatriotes sur une question aussi technique et complexe que celle du pétrole et du gaz au Sénégal, Ousmane a su traiter la question avec toute la clarté qui sied. La spontanéité de la naissance de ce livre ne lui enlève en rien sa clarté, sa pertinence et surtout son accessibilité. Tout au long des deux cent cinquante six (256) pages que compte son livre, Ousmane Sonko, en bon connaisseur du sujet à traiter, a réussi à être clair avec des textes et décrets à l’appui, exhaustif et concis, avec une pertinence qui force l’admiration pour donner aux moins doués de ses lecteurs une idée très nette de la gestion «nébuleuse» du pétrole et du gaz au Sénégal.
De ce fait, bien qu’il ait eu comme principale cible le Président Macky Sall, son régime et son frère Aliou Sall, «le prince de la République», selon ses termes, Ousmane n’a pas du tout occulté le régime du Président Abdoulaye Wade auquel il donne une place non négligeable dans l’entreprise de spoliation de nos ressources naturelles.
A travers son ouvrage, il s’est fait une tribune pour apporter des éclaircissements qui se terminent par une dénonciation et un démenti au regard des nombreuses sorties et déclarations de presse faites par les actuels gouvernants (le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Economie, des finances et du plan et le directeur général des Impôts et domaines) sur la question du pétrole et qu’il juge «fallacieuses». Puisque pour toute entreprise il y a naturellement des acteurs, il n’y est pas allé par quatre chemins pour désigner les véritables responsables de cette entreprise de spoliation des ressources du Peuple sénégalais que sont, selon lui, le président de la République, Macky Sall, son frère Aliou Sall, le directeur général des Impôts et domaines, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne, le ministre des Mines, Aly Ngouille Ndiaye, et le ministre de l’Economie, des finances et du plan, Amadou Ba.
Cependant, au-delà de cet élan patriotique pris naturellement par un «patriote», en l’occurrence M. Ousmane Sonko dans son livre et dont il dit être le seul soubassement, l’on n’aurait pas tort de faire porter à ce livre (déjà très intéressant du fait de la lumière qu’il porte sur des zones mal éclairées) deux casquettes : une casquette politique et propagandiste et une autre purement patriotique. En effet dès notre contact avec le livre, notamment de la page onze (11) à la page dix-huit (18), l’on serait tenté de dire : «N’est-ce pas le manifeste d’un parti politique ?», tellement l’auteur nous a parlé de sa personne, de sa conception de la politique et telle qu’il la voit pratiquée au Sénégal, a fait l’apologie de son parti politique (Pastef) et a mis du temps à faire étalage des mobiles de son engagement politique. Grosso modo, dans cette partie, l’auteur ne nous a parlé que de sa conception de la «politique à la sénégalaise» et du vent neuf qu’il voudrait insuffler à cette atmosphère plus que jamais polluée. Cette présomption d’avoir entre nos mains un livre politique se fortifie par la manière dont Ousmane Sonko a traité l’accession du Président Sall à la Magistrature suprême en insistant sur les conditions dans lesquelles il a été élu. Ce qui le pousse, pour remettre en cause son mérite politique, à dire que les Sénégalais n’ont pas voulu élire Macky Sall, mais ils voulaient tout simplement se débarrasser du Président Wade et de son régime. Et ce, compte non tenu de celui qui lui succédera. Cela relève de l’évidence si l’on sait qu’en politique tous les coups sont permis pour nuire à la réputation de son adversaire.
Le crédit accordé à cet épisode de la vie politique du Sénégal montre sans équivoque à quel point l’auteur a vomi le Président Sall, surtout si l’on sait que M. Sonko n’a créé son parti qu’en 2014.
Comme il l’a fait avec le Président Sall et son régime, Ousmane Sonko, dans son livre, n’a pas manqué de tirer sur le Peuple Sénégalais qu’il dit être dans une «léthargie» et une «apathie» totales et qu’il qualifie, de par sa passiveté, de complice aux nombreuses dérives du pouvoir et à la gouvernance «sombre et litigieuse» à laquelle nous assistons depuis 2012. Il appelle ainsi les Sénégalais à un soulèvement populaire pour, dit-il, faire prévaloir son pouvoir. C’est dans ce sillage qu’il dit : «Toutes les problématiques abordées et traitées dans cet ouvrage, qu’elles soient d’ordre juridique, pratique ou institutionnel, ne peuvent trouver voie de règlement qu’auprès du Peuple.»
Néanmoins, cette attitude de l’auteur et ce côté pamphlétaire de son ouvrage ne devraient guère être surprenants compte tenu du fait que le livre est spontanément paru après la radiation de son auteur de la fonction publique par décret présidentielle. L’on peut dire : «C’est de bonne guerre.»
Aussi peut-on noter qu’au titre des attaques, la presse sénégalaise, la justice qu’il qualifie de «grande malade institutionnelle» et de «maillon faible de l’Etat de droit», l’Administration publique, certains religieux et tant d’autres secteurs n’ont pas du tout été occultés par le «coup de gueule» de M. Ousmane Sonko.
Par contre, sa bile descendra d’un cran et de la plus belle des manières à la fin du livre avec des propositions plus pertinentes pour une gouvernance sobre et vertueuse, une justice forte et indépendante, une Administration de qualité avec des hommes de qualité, une Constitution qui institue la responsabilité du président de la République pour les actes commis lors de son mandat, et surtout des propositions pour une meilleure gestion de nos ressources naturelles afin que les populations puissent en tirer pleinement profit.
Tout compte fait, malgré les quelques considérations subjectives parfois notées dans le livre, l’on ne saurait ne pas reconnaître que Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d’une spoliation est un livre de haute facture, réalisé par un homme d’une carrure énorme, avec une parfaite maîtrise de son/ses sujet(s).
Cela ne m’empêchera tout de même pas de terminer par cette interrogation : «Ousmane Sonko ne s’est-il pas caché derrière un combat patriotique pour mener un combat politique ?»
Amadou SOKHNA

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