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«On fuit la vérité quand elle est laide et déplaisante. Ne rappelez jamais la réalité sous peine d’avoir à affronter la colère, fille de la déception ! La vie est si dure et si angoissante que ceux qui l’enjolivent par de belles histoires sont tels des oasis dans le désert : tout le monde afflue vers eux. C’est un grand pouvoir que de savoir exploiter l’imagination des masses.» Robert Green.

Le Sénégal souffre déjà de certains effets de la malédiction du pétrole alors qu’aucune goutte d’or noir n’a encore été produite.
La malédiction du pétrole a été théorisée pour la première fois par le Vénézuélien Juan Pablo Alfonzo qui avait qualifié l’or noir d’excrément du diable.
Son analyse a été par la suite confirmée par de nombreuses études qui ont démontré le retard de développement socio-économique des pays producteurs comme le Nigeria, l’Angola, le Congo, l’Algérie etc.
Ce retard est la conséquence, entre autres, de la corruption, des batailles pour la conquête du pouvoir, de l’instabilité politique, des inconvénients liés à une économie basée sur l’exportation d’une matière première, etc.
L’annonce des découvertes en 2014 a déclenché dans notre pays un débat passionné tournant autour de soupçons de corruption dans la signature des contrats pétroliers, de bradage de nos ressources aux firmes multinationales étrangères, de népotisme, etc.
Ce débat vigoureux qui constitue un atout pour notre pays a permis en partie la mise en place d’outils pour assurer la transparence dans la gestion des ressources qui seront tirées de l’exploitation des gisements. On peut citer l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), le Cos/Petrogaz, la journée des concertations nationales sur le partage des revenus issus de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières, etc.
Par contre, la surmédiatisation et la politisation de la question pétrolière commencent déjà à produire des effets indésirables qui menacent la stabilité socio-économique du pays. La question pétrolière est en effet souvent l’objet d’exagérations, de manipulations, de contre-vérités qui sont préjudiciables aux intérêts du Sénégal. C’est justement pour éviter les conséquences néfastes qui peuvent découler de ces exagérations que je réitère l’appel à la prudence lancé dans le journal Energies Mag.

Perte d’attractivité du bassin sédimentaire sénégalais
Sous la pression de la société civile, de l’opposition et de la presse, l’Etat a fini par mettre en place un Code pétrolier très contraignant qui rend nos blocs moins attractifs que ceux des pays voisins avec lesquels le Sénégal partage le même bassin sédimentaire Msgbc (Mauri­tanie, Sénégal, Gambie, Bissau, Conakry).
L’appel d’offres lancé par le Sénégal pour les blocs Sénégal offshore sud (Sos) et Sénégal offshore sud profond (Sosp) se serait en fin de compte révélé infructueux. Les blocs n’auraient pas trouvé preneurs malgré le potentiel en hydrocarbures de notre offshore qui est devenu une nouvelle frontière d’exploration pétrolière et gazière.
Les progrès enregistrés grâce à de nombreuses années de promotion de notre bassin sédimentaire sont ainsi remis en cause. Les compagnies pétrolières dotées d’importants moyens financiers et technologiques qui peuvent nous valoir d’autres découvertes préfèrent aujourd’hui s’installer en Mauritanie où elles sont de plus en plus nombreuses. Il est vrai que les ressources naturelles, elles, ne connaissent pas les frontières.
Possibles désillusions pouvant mener
au chaos
Par la faute de l’Etat, des politiciens, de membres de la société civile et des médias, les citoyens ont fini par croire que le Sénégal est en passe de devenir un acteur important dans la production pétrolière et gazière mondiale. La majorité des Sénégalais est con­vaincue que les pétrodollars vont très bientôt couler à flots et constituer la panacée à tous les problèmes socio-économiques du pays.
Un candidat à l’élection présidentielle a même déclaré que chaque famille sénégalaise pourrait recevoir 100 millions de F Cfa si les revenus issus de l’exploitation du pétrole et du gaz sont bien gérés.
A cause des infox et de la cacophonie que suscitent la question pétrolière, il est presqu’impossible de faire admettre aux Sénégalais que les ressources, à l’état actuel des découvertes, demeurent encore faibles et que leur exploitation ne pourra pas avoir les effets espérés par la majorité de l’opinion.
En effet, les réserves de pétrole brut prouvées de l’offshore sénégalais, estimées à 500 millions de barils, ne représentent que 45 jours d’exploitation d’un pays producteur comme l’Arabie Saoudite qui extrait plus de 11 millions de barils par jour.
Les réserves annoncées en gaz naturel estimées à 700 milliards de m3 ne représentent que 14% des réserves prouvées du Nigeria. Toujours à titre de comparaison, les récentes découvertes de gaz naturel faites au Mozambique sont évaluées à 5 000 milliards de m3, celles du Qatar qui est souvent évoqué par les commentateurs sont, ells, de 25 mille milliards m3.
De plus, l’existence d’incertitudes, même pour des réserves prouvées, doit ramener tout le monde à la raison. En effet, les quantités contenues dans un gisement ne sont connues de manière exacte qu’à la fin de l’exploitation, à l’abandon des puits.
La désillusion vécue par la Mauritanie en manière d’aventure pétrolière est un exemple éloquent. Les réserves prouvées étaient estimées à 1 milliard de barils, pour une production attendue de 100 mille barils par jour. Ces prévisions n’ont en fin de compte jamais été atteintes. En 2017, la compagnie pétrolière Petronas notifia aux autorités mauritaniennes sa décision d’arrêter la production de pétrole brut du champ offshore de Chinguetti qui ne dépassait pas 4 000 barils par jour.
Pour éviter à notre pays l’instabilité qu’une pareille désillusion pourrait provoquer, il serait grand temps que le débat concernant les ressources pétrolières et gazières soit, autant que faire se peut, dépolitisé et que les autorités en charge de ces dossiers optent pour une communication factuelle et efficace.
C’est le retour à la sérénité et à la raison qui pourra permettre une exploration et une exploitation optimales des ressources de notre bassin sédimentaire. Elles pourraient ainsi contribuer à la réduction de notre facture pétrolière, à la baisse du coût des énergies, au développement économique et social, etc.
Amadou Abdoul DEME
Consultant Aval Pétrolier
Directeur de la publication d’Energies Mag

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