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Le professeur Babacar Mbow estime que c’est à travers le pillage du patrimoine culturel africain que les terroristes ont pu acquérir leurs premières armes. Il participait à un atelier sur la question.

C’est à travers le pillage du patrimoine culturel africain que les terroristes ont pu acquérir les premières armes après l’assassinat de Mouhammed Kadhafi. C’est la révélation faite hier par le professeur Babacar Mbow du Centre des œuvres universitaires de la Floride. «Ces bandes de trafiquants qui se présentent comme défendeurs de l’islam veulent, avec la complicité des Européens, déconstruire la zone soudano-sahélienne. C’est pourquoi le Sénégal est exclu du G5», cogne-t-il, lors d’un atelier sur le pillage du patrimoine culturel, initié dans le cadre du forum de la paix et la sécurité. M. Mbow pense que la capacité d’analyse des intellectuels sénégalais aurait permis dès le départ de dévoiler ce qui se passe actuellement au Mali, et au Burkina Faso.
Prenant l’exemple des querelles entre les peuls et les agriculteurs au Sénégal, M. Mbow a soutenu que cela n’a jamais été un problème ethnique. Toutefois, la manière dont elle est interprétée, particulièrement «par les journalistes français, ne fait qu’inciter à la violence inter-ethnique qui est une condition sine qua non pour le démantèlement de l’intégrité territoriale du Mali et s’ils ont réussi au Mali, ils iront au Burkina Faso, au Niger, en Côte d’Ivoire…»
Il propose à ce titre qu’on pose le débat d’une nouvelle manière en Afrique de l’Ouest. Mais aussi qu’on essaie de comprendre, quel est le niveau de complexité de l’Africain contemporain ? Qui en fait est le plus apte à répondre aux défis que cause le 21e siècle afin de pouvoir maintenant commencer à produire des connaissances qui s’articulent sur notre vécu quotidien.
Lui emboîtant le pas, le président de Think thank (groupe de réflexion), en Afrique, Mamadou Siré Sy, a souligné qu’hormis notre marché de consommateurs et nos ressources naturelles, il y a d’autres aspects qui intéressent les Occidentaux en Afrique, c’est le pillage de nos œuvres d’art, mais aussi la destruction de notre société, de notre identité africaine. Il argumente : «Cet Occident-là, qui a été au cœur de la globalisation, s’est vu dominer et dompter en Afrique sur le terrain de la géoéconomique par les Chinois et très prochainement par l’Inde qui va arriver. Cela veut dire que l’Occident nous invite dans un nouveau jeu économique global qui s’appelle la mondialisation économique.»
Poursuivant dans ses explications, M. Sy va ajouter que le terrain de bataille de cette guerre économique-là se trouve en Afrique. «Dominés par les Asiatiques, les Européens vont essayer de déstabiliser nos sociétés pour nous justifier que leur présence est indispensable sans quoi nous allons vers notre perte et ils ne vont jamais accepter que nous prenons en charge notre propre aspect sécuritaire. Et que même pour la question du Sahel, c’est impérativement la France qui va gérer notre sécurité», peste le paneliste. Qui en déduit que c’est ça qui justifie que ce sont, «leurs seuls prétextes de pouvoir encore rester sur nos zones géographiques au motif de nous préserver une certaine sécurité mais en réalité c’est le pillage de nos ressources minières et très bientôt de nos œuvres d’art qui les intéressent». Cela veut dire, d’après lui, que le trafic des œuvres d’art est au cœur de ce qu’on appelle le terrorisme dans le Sahel et dans la région des Grands Lacs. La prise en charge du terrorisme au Sahel ne saurait se limiter qu’aux aspects de sécurité physique des individus mais il faudrait, d’après Mamadou Siré Sy, ouvrir la perspective pour voir comment le patrimoine culturel pourra être préservé dans ce contexte de djihadiste et de salafiste.
Abdourahamane Ouardane du Maroc, président de l’Arkane Afrique (Association pour la promotion de l’art et la sauvegarde du patrimoine), a donné quelques recommandations pour sa part pour stopper le pillage du patrimoine culturel. Selon lui, il y a un besoin d’inventorier, de classer, et d’archiver. Même si les nouvelles technologies peuvent aider à faire tout cela, M. Ouardane estime tout de même qu’il faut également une organisation et une volonté politique pour y arriver.
mfkebe@lequotidien.sn

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