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La 12e édition de la commémoration de la disparition de Sembene Ousmane, organisée par Daaray Sembene/Maison de la pédagogie, de l’image et du numérique, a été une journée de plaidoirie. La directrice de l’établissement, Hadja Maï Niang, a saisi cette occasion pour demander à l’Etat sénégalais de réintroduire les œuvres de Sembene Ousmane dans le programme scolaire. L’enseignante-écrivaine-cinéaste insiste sur l’érection d’un «musée au nom de Sembene Ousmane à Ziguin­chor, à Santhiaba, dans sa maison familiale, inhabitée et qui est dans un état déplorable». D’ailleurs, annonce-t-elle, l’année prochaine, la 13e édition de la commémoration du décès de Ousmane Sembene sera organisée à Ziguinchor car, fait remarquer le professeur de lettres, «quand quelqu’un œuvre autant pour la littérature, pour le cinéma et pour le social, dans le sens de la dimension sociale de l’œuvre de Sembene Ousmane, il devient immortel, mais quand personne n’en parle, ses œuvres peuvent être vouées à l’oubli. Et Sembene Ousmane est actuel. Daraay Sembene porte son héritage social». Mme Niang de témoigner : «Sembene était un grand pédagogue de l’image. Quand je dis l’image, c’est dans le sens littéraire et du film. Il avait un projet de société. Et pour lui, tout ce qu’on entreprend, on peut y réussir.» Elle poursuit en indiquant que Sembene était aussi un grand défenseur de la dignité. «Il réfutait et dénonçait la mendicité. Et Daraay Sembene, dans sa part d’héritage social, opte pour l’éradication de la mendicité des enfants parce que la plus grande tragédie du Sénégal, c’est l’histoire des enfants mendiants. Il était aussi un grand défenseur de l’auto-libération de la femme, à travers l’autonomie dans Fat Kiné, une dame célibataire avec deux enfants, qui travaille d’arrache-pied pour nourrir seule ses enfants».
Revenant sur le thème «L’éducation populaire et numérique au service du développement», la directrice de Daraay Sembene signale qu’on ne peut parler d’éducation sans parler d’éducation numérique, mais aussi d’éducation au numérique en ce troisième millénaire. «Et c’est de faire en sorte que tout le monde puisse accéder et manier les outils de l’information et de la communication. Au Sénégal, maintenant quand vous entrez dans une maison, chacun a son smartphone en train de communiquer sur WhatsApp. Donc, il faudrait une éducation au numérique parce que What­sApp, ce n’est pas une fin en soi. La vie ne se limite pas aux réseaux sociaux parce que ce sont des outils pédagogiques, et Daraay Sembene donne la réponse par une innovation pédagogique. Les étudiants de Daraay Sembene, en ce moment, n’y viennent plus. Ce sont des commerçants, des ouvriers, des vendeuses de cacahuètes et des bonhommes charretiers, et ils apprennent via WhatsApp», relève-t-elle. Pour elle, «la première mission de Daaraay Sembene est l’éducation populaire parce que nous avons depuis 2008 une école populaire de 7 à 77 ans qui reçoit des illettrés pour l’apprentissage du français appliqué. Ce n’est pas pour faire plaisir à la langue française, mais nous sommes dans un pays francophone et quand on ne sait pas lire on va passer à côté de beaucoup de choses et on peut même en pâtir».
La 12e édition de la commémoration de la disparition de Sembene Ousmane a été aussi l’occasion de distinguer des «As du livres et de l’audiovisuel», dont la journaliste Astou Mbène Thioub, le comédien Moustapha Diop, et feu Cheikh Tidiane Diop, directeur artistique de la troupe Daaraay Kocc, entres autres.
nfniang@lequotidien.sn

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