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Naturellement, une Constitution est une affaire trop sérieuse pour être laissée entre les seules mains des constitutionnalistes et/ou du Conseil constitutionnel, mais dans notre pays nous ne sommes pas loin d’une overdose de constitutionnalisme. Cette permanence du débat constitutionnel dans notre espace public depuis les années 1980 est la preuve d’un piétinement pour ne pas dire d’une stagnation politique. Le Sénégal est toujours dans un éternel recommencement sur les règles du jeu ; d’où cette permanence du débat constitutionnel. Dans un pays émergent, ce sont les économistes qui doivent être en haut du pavé, pas les constitutionnalistes.
Les constitutionnalistes tiennent le haut du pavé dans un pays qui est dans la phase primaire de la démocratie, quand le débat essentiel porte sur les règles du jeu. Notre pays, qui a dépassé cette phase depuis l’alternance de 2000, fait de temps en temps de grands bonds en arrière pour y revenir. C’est pourquoi j’aime à dire que notre pays est un adepte du tango démocratique. Un bond en avant et deux bonds en arrière.
Parfois, nous sommes dans le standard de la Suède ou de l’Angleterre (organisation remarquable de la Présidentielle de 2019, alternance en 2000 et 2012), mais subitement, nous revenons au niveau du Congo ou du Burundi avec un débat sans fin sur les règles du jeu. Il est temps que les constitutionnalistes et autres politologues cèdent la place aux économistes qui doivent sortir du ghetto. La démocratie est la compétition des réponses que les citoyens se posent. Face à une demande économique, nous avons une offre constitutionnaliste. Aliou Cissé, coach de l’Equipe nationale de football, a un travail difficile parce qu’il a face à lui des millions de sélectionneurs et d’entraîneurs. Bientôt, nous aurons autant de constitutionnalistes.
Nous avons désespérément besoin d’un grand débat économique dans ce pays. Le président de la République va lancer un grand débat national. Je ne veux pas jouer aux Cassandre, mais ce sera une pure perte de temps, pour une raison évidente : la crise politique qui en serait le prétexte est une crise politicienne artificielle. Nous avons élu un Président, la majorité gouverne, l’opposition s’oppose, la justice tranche les litiges et les médias informent. Notre pays fonctionne normalement, comme toute démocratie. L’Assemblée qui est par essence le lieu du débat démocratique, à côte des médias, joue son rôle comme l’ont illustré les débats et les polémiques sur la suppression du poste de Premier ministre. Rien à signaler pour notre démocratie. L’écosystème de notre démocratie se porte à merveille. Le problème est et a toujours été la pauvreté et l’indigence du débat. Macky Sall en est à son second mandat et en 2024, notre pays aura connu 12 ans de Pse. A défaut d’un consensus national sur la question, la Présidentielle de 2024 sera un référendum pour ou contre le Pse. C’est une grande question. Un grand débat. Si l’opposition est contre le Pse comme elle l’affirme depuis le début, il est temps qu’elle commence à travailler sur une alternative si les Sénégalais votent l’alternance pour nous éviter des errements comparables au Brexit. On sort et on réfléchit à ce qu’on fera.
Sur le plan économique, notre pays est si engagé dans le Pse que, si alternative il devait y avoir, c’est maintenant qu’il faut s’y préparer et préparer les Sénégalais, mais pas au jour d’après. Nous devons désormais juger ceux qui aspirent à nous gouverner sur des questions aussi sérieuses. Une grande démocratie exige de grands débats sur les questions économiques et sur les questions de société, mais l’indigence du débat qui se réduit à des questions de personnes est le talon d’Achille de notre démocratie. Quand nos économistes auront la même, sinon plus de notoriété que nos constitutionnalistes, nous saurons en ce moment que nous sommes sur le chemin de l’émergence économique. La primauté du débat constitutionnel était le prérequis pour l’émergence politique que nous avons réussie. Maintenant, il nous faut le prérequis pour l’émergence économique : la centralité du débat économique.

1 COMMENTAIRE

  1. dieu fasse que les politiques t’entendent.
    c’est justement parce qu’ils n’ont rien à dire ni à proposer qu’ils sont si bavards.
    merci pour cette contribution

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