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Aboubacar Demba Cissokho est un journaliste culturel qui a cumulé presque une vingtaine d’années dans le secteur. Critique de cinéma, il n’a cessé de se faire distinguer par la qualité de ses analyses et critiques sur la production artistique des créateurs d’Afrique et d’ailleurs. Entre septembre 2014 et février 2016, il taquine la radio en présentant une émission entièrement dédiée à la culture : «Arc-en-ciel magazine». Par la suite, Cisko, comme l’appellent ses amis, va créer son blog «Le grenier de Kibili». Aujourd’hui, le blog s’est mué en revue. «Le grenier d’art et culture» qui va sortir son tout premier numéro innove déjà par son financement participatif. Dans cet entretien, Aboubacar Demba Cissokho décline les ambitions de ce nouveau venu dans la presse culturelle du continent.

Pourquoi une revue ?
La culture est une matière sérieuse et importante. C’est pourquoi j’ai voulu lui consacrer une revue critique, d’analyse, d’enquête avec des articles et des sujets sur les enjeux que portent les expressions artistiques et culturelles. Et aussi parce que la culture n’est pas traitée de cette manière dans nos médias et journaux.

Quelles sera sa périodicité ?
Nous espérons en faire une revue trimestrielle, c‘est-à-dire 4 numéros par an. L’option, c’est de consacrer chaque numéro à une thématique spéciale, un secteur bien précis de la culture. Mais entre les numéros, il y aura des hors-séries consacrés à un acteur culturel, son travail, son parcours. Ils jalonneront l’année.

On voit sur l’affiche du premier numéro qu’il sera consacré au Fespaco. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
Nous avons décidé de lancer le premier numéro en ce premier trimestre de 2019. Et il se trouve que le Fespaco, qui est la grande manifestation consacrée au cinéma d’Afrique, fête son cinquantenaire dans quelques jours. C’était tout naturel qu’on consacre ce premier numéro à cette manifestation, d’autant plus que c’est une manifestation que nous connaissons pour avoir assisté à quelques éditions et à laquelle nous tenons. Nous consacrons ce premier numéro au Fespaco et à son cinquantenaire non seulement pour jeter un regard sur le rétroviseur, revenir sur ce qui a été fait depuis un certain moment, mais aussi poser le débat et se projeter au-delà de ce cinquantenaire sur l’avenir. Imaginer le Fespaco de nos rêves.

Avez-vous déjà retenu une date pour sortir le premier numéro ?
Ce sera pendant le Fespaco. C’est le lieu le plus approprié pour le faire.

Outre le Fespaco, quel autre contenu donnez-vous à ce premier numéro et aux autres qui suivront ?
Ce premier numéro sera entièrement consacré au Fespaco. Et je parlais des hors-séries qui vont jalonner l’année. Ce premier numéro va sortir avec un premier hors-série qui sera également axé sur le cinéma, notamment sur Idrissa Ouédraogo, décédé il y a environ un an. Il était un acteur majeur du cinéma en Afrique. Ce Fespaco sera sans lui. Nous avons décidé de faire un spécial numéro sur lui.

Quels sujets aborderez-vous ?
Et pour ce qui est du contenu, nous allons diversifier. Les thématiques toucheront toutes les expressions artistiques et culturelles. Comme c’est une revue d’analyse, de critique et d’enquête, nous irons en profondeur sur un sujet d’actualité. Par exemple, on peut penser à un sujet comme la restitution des biens culturels du patrimoine africain. Cela peut faire l’objet d’un numéro, mais on peut consacrer aussi un autre numéro à la circulation des artistes sur le continent. On peut parler de la diffusion des biens culturels, de sujets ou évènements importants dans les expressions artistiques et pour la culture en général.

Aujourd’hui, la tendance c’est le numérique. Y’aura-t-il une version numérique à côté du papier ?
Oui, il y aura un format papier qui tiendra sur une soixantaine de pages environ et un format numérique.

Côté distribution, allez-vous seulement vous limiter au Sénégal ou viserez-vous l’Afrique de manière générale ?
La vocation du magazine est clairement affichée, c’est une revue panafricaine. C’est un magazine fait au Sénégal certes, mais les contributions viennent de partout. On a ciblé donc quelques capitales africaines où il sera distribué. Outre Dakar, il y a Bamako, Abidjan, Ouaga­dougou. Dans les pays anglophones, le Ghana, l’Afrique du Sud, mais aussi en Afrique centrale. En dehors de l’Afrique, nous allons d’abord sur quatre capitales : Londres, New York, Paris et Berlin. Et après, selon les opportunités et les demandes, on pourra s’étendre.

Combien faudra-t-il débourser pour avoir cette revue ?
Elle sera vendue à 2 500 francs Cfa. Et je rappelle que nous avions lancé le 30 juin dernier un appel à financement participatif qui nous a permis d’en arriver là. Quelques bonnes volontés ont participé aux frais, mais nous continuons toujours à solliciter des contributions. Nous sommes aujourd’hui sur le chemin de l’imprimerie pour que la version papier puisse circuler. Nous avons encore besoin de soutiens. On veut que le journal garde une certaine indépendance, qu’il ne dépende pas trop de la publicité ou des sponsors. Evidemment, nous ne leur fermons pas la porte.

Si nous revenions maintenant à l’intitulé même de cette revue, «Le grenier art et culture». C’est presque le même que celui de votre blog «Le grenier de Kibili». Pourquoi ce nom ?
Je l’appelle grenier parce que dans la culture africaine, le grenier est le lieu où on conserve les biens précieux, notamment les récoltes de l’année, généralement conservées et surveillées par des femmes qui, chaque jour, vont y puiser les céréales pour la nourriture. C’est quelque chose de très important pour la famille. Et pour moi, le grenier doit être le lieu où on conserve ce qu’on a dit sur nos expressions artistiques et culturelles (danse, chant, cinéma, théâtre, art plastique, littérature…), notre patrimoine. Parce que le discours qu’on produit est aussi un patrimoine, un bien précieux et commun qu’on doit conserver. Le journal a cette vocation et c’est pourquoi il s’appelle le grenier.

Quelles sont vos attentes et quelles ambitions attachez-vous à ce grenier de l’art ?
Que ça soit lu. Que les gens se l’approprient et s’y retrouvent. Qu’ils en fassent leur bien commun comme la moisson est le bien commun de la famille. Que le contenu de la revue Le grenier art et culture soit le bien commun des lecteurs, des acteurs culturels, des artistes, écrivains, peintres. Parce que ce sont les gens qui ont besoin d’avoir un discours de l’intérieur. Un discours produit par nous-mêmes sur nos propres expressions artistiques et culturelles. Mes attentes, c’est que le journal aille le plus loin possible. Ce sera notre contribution à la diffusion d’un discours sur nos expressions artistiques et culturelles sur le continent et la diaspora.

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