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La députée Mame Diarra Fam du groupe Liberté et démocratie avait indiqué que «la diaspora ne se reconnaît pas dans le budget de 2018». Aboubakry Ngaïdé du groupe Bby trouve qu’elle «se contredit». Cet élu des Sénégalais de l’Afrique du Centre évoque dans cet entretien la situation des Sénégalais en Libye et ailleurs, mais aussi l’affaire Khalifa Sall.

Quelle lecture faites-vous de la levée de l’immunité parlementaire de Khalifa Sall ?
Khalifa est un citoyen sénégalais. Son immunité parlementaire a été levée et il appartient désormais à la justice de faire son travail. Donc, vous comprendrez que je ne puisse pas trop m’appesantir sur le dossier du fait du principe de la séparation des pouvoirs.
Pourtant ces proches pensent que c’est l’Exécutif qui est derrière cette affaire pour éliminer un adversaire du Président Sall ?
Encore une fois, laissons la justice faire son travail. C’est un Sénégalais comme tous les autres et qui a des droits. Personne n’aimerait voir un Sénégalais en prison. Cependant, Khalifa Sall ne peut être nullement une menace pour le Président Macky Sall.

Que pensez-vous de ce climat assez tendu entre le pouvoir et une bonne partie de l’opposition qui ne s’entendent pas sur les concertations politiques ?
Il faut quand même admettre que seul le dialogue peut apaiser les esprits. Quelles que soient nos différences et les divergences, nous devons nous entendre sur les questions majeures. Et pour cela, il faudrait que tout le monde accepte de s’asseoir autour d’une même table. Le Président Macky Sall a lancé ce dialogue et donc l’opposition doit saisir cette opportunité, si c’est l’intérêt du Sénégal qui les motive.

Mame Diarra Fam, députée de l’opposition pour la diaspora, a déclaré que la celle-ci ne se reconnaît pas dans le budget de 2018. Diriez-vous la même chose ?
Mame Diarra est une députée de l’Europe du Sud. Elle l’a dit lors de l’examen du budget du ministère des Finances. Et après le passage du ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, je lui ai montré ce que le budget de 2018 a prévu pour la diaspora. Et ça, ce n’est que pour ce département. Dans tous les domaines, y compris celui de l’Agriculture, il y a une place réservée à la diaspora. Et pour revenir à Mame Diarra Fam, je puis vous assurer qu’elle sait parfaitement ce qui s’est passé avant cette législature en Italie, en Espagne et au Portugal. Ils ont reçu des financements par le Faise. Elle-même a eu à féliciter la responsable du Faise pour sa prise en charge de la diaspora. Par conséquent, si elle dit que la diaspora ne se retrouvait pas avant ou maintenant dans le budget, c’est une contradiction de sa part.
En Libye, des migrants africains noirs sont vendus comme des esclaves. En tant que député de la diaspora, qu’en dites-vous ?
Ça fait mal au cœur d’entendre qu’un être humain est vendu. Un être humain n’est quand même pas de la marchandise. Vous savez aussi que souvent, ce sont les expatriés qui poussent les jeunes à tenter l’immigration en construisant des maisons à étages ou en roulant avec de belles voitures. Ce n’est pas pour justifier l’immigration clandestine, mais cela peut aussi susciter des tentations. C’est ce que nous appelons Barça ou «barsak». Donc, ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Ce que les Sénégalais ou les Africains de manière générale investissent dans leur aventure clandestine pour arriver en Europe, s’ils l’investissaient dans leurs pays, ils s’en sortiraient et honnêtement. Ceux qui investissent ici n’ont pas souvent plus de 500 000 ou 1 million de francs. Mais ceux qui partent en Europe peuvent dépenser jusqu’à 4 millions de francs. Il n’y a pas mieux que d’être chez soi. Maintenant, il faut reconnaître que depuis son arrivée au pouvoir, Macky Sall est en train de tout faire pour que la jeunesse puisse se retrouver dans le plan de Sénégal émergent. Il a mis en place des fonds de soutien aux Sénégalais de l’Extérieur pour financer leurs projets, notamment les jeunes. Nous avons longtemps vécu à l’étranger et nous savons ce qui s’y passe. Croyez-moi, souvent ce n’est pas ce que les gens croient.

Mais si ces fonds-là dont vous parlez étaient accessibles à tous les jeunes, est-ce qu’ils tenteraient encore l’aventure ?
C’est à eux d’aller vers ces fonds. On le dit chaque jour à la télé, à la radio, on fait des conférences en ce sens. Le problème, c’est que beaucoup de jeunes n’aiment pas travailler dans certains secteurs. Aujourd’hui, je suis un ex-expatrié, je suis dans le commerce mais je n’oublie pas mes origines. Je suis fils d’éleveur et de cultivateur et je sais ce que la terre peut m’offrir. J’ai abandonné mes études pour aller à l’aventure. C’est l’Etat qui a financé mes études primaires jusqu’à l’université, je suis parti à l’étranger. Dieu merci je suis revenu comme député de la diaspora. Je vous assure que ce que les Sénégalais vivent à l’étranger, en Afrique centrale où j’étais, on vit la même chose. Nous souffrons de la même façon, mais nous travaillons dur. J’aurais souhaité que les jeunes pensent à s’installer dans le pays puisque nous avons les terres, les machines agricoles pour travailler dignement au lieu d’aller à l’extérieur et souffrir dans le désert.

Toujours en Libye, on parle de lenteur du gouvernement pour le rapatriement des Sénégalais ?
Le président de la République n’a jamais mis du retard dans le rapatriement. Et l’organisation mondiale des migrations, en coordination avec le gouvernement du Sénégal et certaines Ong, a aidé au rapatriement des Sénégalais. Nous n’avons pas attendu cette situation en Libye pour qu’on commence à rapatrier nos compatriotes. A ce jour, nous avons rapatrié 2 499 Sénégalais. Donc, on ne peut pas dire que c’est maintenant que le Sénégal pense à eux. Le pouvoir en place a toujours dénoncé les exactions en Libye. Le gouvernement ne laisserait jamais un Sénégalais en difficulté en de­hors du pays. Et partout où la vie d’un Sénégalais est menacée, le gouvernement a mis les moyens pour le rapatrier au Sénégal.

Lors de son passage à l’Assemblée, Me Sidiki Kaba n’a pas donné de réponses par rapport au rapatriement des Sénégalais en Libye…
Pourtant, récemment une dé­lé­gation conduite par le général Abou Thiam avait été envoyée au Niger pour se rapprocher de la Libye. Tout le monde sait ce qui se passe en Libye. Donc, le gouvernement est en train de tout mettre en place pour retrouver les Sénégalais qui sont en difficulté en Libye et partout à travers le monde.

Que dites-vous de Cheikh Tidiane Gadio qui est poursuivi par la justice américaine pour une affaire de corruption présumée ?
Nous sommes très touchés par ce qui est arrivé à l’honorable député Cheikh Tidiane Gadio, ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal. Nous compatissons et nous avons vu ce que le gouvernement du Sénégal, par le canal du consul de New York, a fait pour assister notre frère et collègue.

Nous sommes dans une situation un peu tendue au Sénégal entre pouvoir et opposition avec cette affaire Khalifa Sall, que dites-vous à l’endroit de vos camarades politiciens ?
La paix, le dialogue, sans dialogue, on ne peut arriver à rien du tout. On peut tout faire, mais c’est juste le dialogue qui va tout régler. Quelles que soient nos différences, quelle que soit la bagarre qu’on va faire, quel que soit ce qu’on va se dire, on s’assoit, on discute, on va s’entendre. Le Président Macky Sall a ouvert un dialogue, à tous de saisir cette opportunité, si c’est l’intérêt du Sénégal qui les motive qu’ils viennent dialoguer. Si ce n’est pas l’intérêt du Sénégal, ça nous ne sommes pas dessus. Mais nous sommes pour le dialogue, pour la réussite du Sénégal et pour que le Sénégal aille de l’avant.

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