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Le président de l’Association sénégalaise de soutien et d’assistance aux diabétiques (Assad) reconnait que le diabète est certes une maladie chronique mais elle ne doit pas être un handicap pour les jeunes. Pour Baye Oumar Guèye, plusieurs personnes meurent par ignorance, «d’où la nécessité de mettre l’accent sur la sensibilisation».

Quel soutien apporte l’Assad aux diabétiques ?
C’est un soutien de sensibilisation, nous sommes une association reconnue qui œuvre dans la sensibilisation et l’éducation. Qui dit sensibilisation parle d’accompagnement, de soutien éducatif, en fait sensibiliser les diabétiques et les populations de façon générale. Parce que vous êtes sans savoir qu’aujourd’hui, nous… que nous avons avec le ministère de la Santé par exemple la journée mondiale, le ministère n’a donné que des t-shirts.
Absolument ce sont nos propres moyens et même les diabétiques ne cotisent à pas.

Comment vit donc cette association ?
De temps en temps, moi si j’ai des ressources, j’assiste les malades. Il y a aussi le système de parrainage. Ceux qui travaillent sont obligés de porter ceux qui ne travaillent pas. Ce sont de bonnes volontés, voilà. Ces bonnes volontés ne te donnent pas des numéraires. On m’appelle pour me dire que telle personne dans telle région est à l’hôpital. Et nous essayons de faire quelque chose. La demande est très, très forte. Et nous ne pouvons pas ne pas les assister. Des fois, ma femme me dit : «Tu dois loger à l’hôpital tellement que tout ce que tu as, tu le donnes à l’hôpital.» Mais aussi nous n’avons pas le droit juridiquement de dire à qui de droit, ça c’est interdit par la loi. Ce sont des œuvres sociales qui aident des gens de façon sociale. Par exemple, il y a des gens qui sont à l’hôpital, des gens qui sont dans des situations d’une extrême vulnérabilité et là nous sommes obligés d’intervenir. Le diabète, c’est très difficile mais tu es obligé de vivre avec. Je dis souvent, une maladie chronique, personne ne peut te guérir, on ne peut que discuter avec eux. J’ai mal quand j’entends que de jeunes diabétiques piquent des crises hypoglycémiques à Matam, Podor. Des fois des gens meurent par simple ignorance, des fois les gens attrapent la maladie par simple ignorance, certains développent des complications par simple ignorance, mon combat c’est de me battre et de lutter contre l’ignorance, ça c’est le premier aspect. Le deuxième aspect, c’est de permettre aux diabétiques de vivre convenablement avec la maladie et d’arrêter de solliciter l’assistanat. Je dis souvent aux jeunes, allez étudier, ce n’est pas parce que vous êtes malades que vous n’allez pas étudier. Ce n’est pas parce qu’on est diabétique qu’on ne pourra pas étudier, parce qu’on est diabétique qu’on ne doit pas travailler, le diabète est une maladie qui si elle est bien surveillée, tu peux être comme n’importe qui dans la vie.

Et concernant le régime, la plupart des patients évoquent des difficultés économiques. Qu’en pensez-vous ?
Vous savez, avec peu de moyens, on peut vivre avec sa maladie. Ce qu’on demande aux gens, et les médecins et les nutritionnistes le disent, c’est d’abord le fait de mettre l’accent sur l’information, d’éviter la suralimentation. Deuxièmement, éviter l’excès de sucre, troisièmement respecter les consignes de régime. On te dit que tu as un bol, si c’est un jeune diabétique, on te demande de prendre une quantité d’insuline, c’est-à-dire des unités à prendre mais ces unités là il suffit qu’elles soient équivalentes avec ce que tu manges. Si tu dois manger un peu de riz, un peu de légumes, mais un peu de riz et un peu de légumes dans toutes les maisons du Sénégal on en trouve. Dans toutes les régions du Sénégal, tu en trouves. Il faut arriver à respecter le juste milieu. Donc c’est cela le travail, faire comprendre aux patients les tenants et les aboutissants. Dire souvent que c’est un problème de moyens, pour moi c’est méconnaitre beaucoup de choses. On peut se réorganiser, on peut trouver un moyen de permettre aux diabétiques de comprendre quels sont les aliments à manger.

L’un des principaux problèmes, c’est le dépistage à temps. Qu’est-ce qui expli­que cela ?
C’est très difficile. On peut dépister par cible ou en masse. Mais la meilleure méthode, c’est de dépister ceux qui présentent des risques (ceux qui sont obèses ou en surpoids etc.). Et de plus en plus dans les pharmacies, vous y allez, vous pourrez avoir une idée du taux de glycémie dans votre sang. Je pense que beaucoup d’efforts ont été consentis mais il reste du travail. C’est pour cette raison que nous sommes en train de sensibiliser. Il faut sensibiliser et toujours sensibiliser, c’est la meilleure arme

Parlons des insulino-dépendants. Certains se plaignent parfois de la rareté de l’insuline. Y’a-t-il pénurie ?
L’insuline coûte moins cher au Sénégal. C’est un travail colossal qui a été mené, mais ceux qui l’utilisent ne représentent que 12%. C’est un problème qu’il faut distinguer. Il y a des tensions de temps en temps, ce ne sont pas des pénuries. Il faut faire la nuance. Une tension, c’est de dire que telle zone manque d’insulines parce qu’un retard est noté et l’information n’est pas passée. Si tu vas à la Pna, on vous prouve que les insulines sont bien disponibles. C’est un problème organisationnel. Des gens disent que certains pays de la sous-région viennent s’approvisionner au Sénégal. Je suis désolé, on ne doit pas parler comme ça. Nous sommes tous des Africains. Un Sénégalais peut piquer une crise au Burkina Faso. C’est vraiment un faux-débat. Je n’y rentre pas

Concernant la prise en charge, il y a d’autres centres dans ce pays. Pourquoi le Centre Marc Sankalé reçoit-il autant de patients ?
Il reçoit en moyenne 2 500 malades par jour. On s’est battu pour implanter des antennes régionales comme celles de Ziguinchor avec le concours de l’Union européenne. Aujourd’­hui, nous les avons mises en place pour sauver la vie des gens et les fixer chez eux. C’est un combat, c’est un sacerdoce, notre mission. Je l’ai dit et redit, il faut qu’on éduque et sensibilise les diabétiques. C’est la base, c’est la clé de la lutte.

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