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Cheikh Seck entend proposer une loi pour encadrer l’entrée des hauts fonctionnaires dans le champ politique. Car le député socialiste ne digère pas la démission du juge Ibrahima Hamidou Dème de la magistrature, qui est, selon lui, «un politicien caché». Dans cet entretien, le président de la Commission développement et aménagement du territoire de l’Assemblée nationale revient sur la gestion de Thierno Alassane Sall.

Que pensez-vous de la démission du juge Ibrahima Hamidou Dème ?
C’est regrettable. Mais le juge Dème, au-delà de ses fonctions de magistrat, est un politicien caché. Depuis son départ du Conseil supérieur de la magistrature, l’évolution de son discours montre qu’il se prépare à entrer dans la scène politique. Actuellement, je réfléchis sur la possibilité d’élaborer une proposition de loi qui concerne les hauts fonctionnaires. Cela veut dire qu’il faut interdire à ces gens de faire de la politique pendant au moins 1 an après leur démission. Ce sont des gens qui ont été formés avec l’argent du contribuable, ils servent la Nation et à un moment donné, se lèvent pour démissionner pour des raisons politiques. On ne connaît pas les raisons de la démission du juge Dème mais il est prêt à entrer dans la scène politique. D’ailleurs, il a dit dans un journal qu’il ne l’exclut pas. Il nous faut un verrou pour arrêter cela.

Mais dans le fond, il parle d’«une justice qui a démissionné et à la solde de l’Exécutif»…
Dire cela, c’est exagéré. Je ne partage pas son point de vue dans le fonctionnement de la justice. Le pouvoir judiciaire a ses caractéristiques et ses règles de fonctionnement. On a les magistrats de siège et le Parquet qui incarne le ministère public. Les magistrats ne sont pas dérangés dans leur fonction. Ce qu’il dit peut-être qu’il l’a vécu, il n’a qu’à édifier les Sénégalais. Pour moi, la justice fait correctement son travail. Il faut être honnête avec les Sénégalais, ce n’est pas cela qui l’a fait démissionner. Je vois un magistrat qui veut faire de la politique et puisque cette fonction est incompatible avec cela, il a démissionné.

Quelle lecture faites-vous de la requête déposée par Déthié Fall pour la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les contrats pétroliers et gaziers signés depuis 2012 ?
Je ne suis pas encore au courant de cette demande de mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Ce que je peux dire, c’est qu’il en a le droit en tant que député. Mais en l’état des questions pétrolières et gazières, je ne pense pas que cela nécessite une enquête parlementaire. Nous sommes à l’étape d’exploration et rien n’a été fait concernant l’exploitation. Je pense que Déthié Fall aurait pu différer cette demande. Elle sera examinée par la conférence des présidents. Si la demande est recevable et qu’il n’y a pas de soubassements politiques, nous verrons la conduite à tenir. Je rappelle que c’est moi, en tant que président de la Commission du développement et de l’aménagement du territoire, qui gère cette question.

Ousmane Sonko a été révoqué et le ministre Thierno Alassane Sall a démissionné à cause de ces contrats. Est-ce qu’il ne faudrait pas aller dans le sens d’une enquête parlementaire pour élucider ces questions sur le pétrole et le gaz ?
Vous savez, ce monsieur dont vous parlez (Sonko) était un haut fonctionnaire. On sait que cette catégorie est régie par un code de conduite. Il n’a pas respecté son devoir de réserve, il a été révoqué. Cette révocation n’est pas liée au pétrole et au gaz. Pour Thierno Alassane Sall, j’étais son président de commission. Sur les offres spontanées, il a retardé l’électrification de plus de 200 villages pendant 2 ans. L’appel d’offres a été lancé, c’est Exim Bank Chine qui avait gagné car étant le seul qui répondait aux critères d’une offre spontanée. Exim Bank Chine était solvable et avait pris totalement le financement sans aucun franc de l’Etat. Thierno a retardé le dossier parce qu’il avait voulu mettre une autre banque américaine. Ce débat était houleux en commission technique à l’Assemblée nationale. Il a saisi le ministère des Finances qui a répondu que seul Exim Bank Chine répondait aux critères. En plus, la banque qu’il voulait prendre, voulait que le Sénégal mette la moitié des fonds. Donc, cela sort du cadre d’une offre spontanée. Malgré tout, il a bloqué le projet jusqu’à son départ. Si ce n’était pas par devoir de réserve, je pourrais beaucoup dire sur sa gestion. Il n’a pas démissionné, mais a anticipé son limogeage en annonçant une démission dans les médias.

Est-ce que le Bureau de l’Assemblée nationale a été saisi sur les projets de loi relatifs au parrainage ?
Je ne suis pas encore au courant. Nous avons tenu une conférence des présidents avant-hier (Ndlr, lundi), cela n’y figurait pas. Ce qui est réel, c’est que ce sont des projets qui seront examinés. Maintenant, tout ce bruit sur cette question n’est pas nécessaire. Quelqu’un qui prétend diriger ce pays doit avoir un minimum de représentativité au moins au niveau local. Mais ce qu’on a vécu lors des Législatives est regrettable. On ne doit pas donner à n’importe qui la faculté de se présenter à une élection surtout ceux qui ne peuvent même pas avoir 0,5%. Cela nous retarde. On nous dit qu’on veut éliminer des candidats. Mais quand on est sûr de gagner, 1% du fichier ne devrait pas être un problème.

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