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Le coronavirus a tout suspendu, y compris le dialogue politique à l’issue duquel les prochaines Locales devaient être fixées. Mais pour Déthié Faye aujourd’hui le calendrier électoral dépend «fondamentalement» de la victoire contre la pandémie. Parce que, souligne le représentant du Pôle des non-alignés, il ne peut y avoir d’élection lorsqu’on est en guerre. Le leader de Fonk sa kaddu fait, par ailleurs, le bilan du dialogue politique, notamment les points en suspens.

Vous faites partie des personnalités qui ont été reçues par le chef de l’Etat dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je voudrais commencer par remercier le président de la République pour son initiative d’inviter toutes les forces vives de la Nation à ce combat contre le coronavirus. Nous saluons et soutenons les mesures fortes prises par le président de la République qui ont pour objectif exclusif d’endiguer au plus vite cette pandémie. La situation est certes grave mais si on considère le sursaut de solidarité et de cohésion nationale, l’engagement collectif et individuel noté dans tous les segments du pays, il ne fait pas de doute que l’ennemi sera vaincu. Pour y arriver, il faudra impérativement veiller au respect strict des consignes données par les autorités sanitaires, seule voie pour maîtriser la chaîne de contamination. Après avoir salué la décision du président de la République de mobiliser des fonds énormes pour faire face à la situation, nous lui avons aussi suggéré de rester vigilant et ferme en ce qui concerne la gestion de ces moyens pour qu’au terme de ce combat les Sénégalais soient satisfaits.

Ces audiences accordées notamment aux politiques ne seraient-elles pas une suite du dialogue politique ?
Les concertations initiées par le président de la République sont en rapport avec la bataille menée contre le coronavirus. Par conséquent, je pense qu’elles ne sont pas une continuation ou une suite du dialogue politique qui, lui, se fait autour de termes de référence, de points bien précis qui ne sont pas liés à cette question nouvelle qui interpelle le Sénégal. Après cette crise, les commissions reprendront les thèmes qui leur restent à étudier.

Justement, il ne peut ne pas y avoir de conséquences sur l’agenda du dialogue ; et par extension sur le calendrier électoral…
Je pense qu’il faut souhaiter une victoire rapide sur cette pandémie. Sinon il est clair que les rassemblements continueront à être interdits et, par conséquent, les travaux resteront suspendus. Mais un pays n’organise pas des élections en période de guerre. Aujourd’hui l’horloge électorale dépend fondamentalement de l’issue de cette guerre que nous avons engagée contre un ennemi commun : le Covid-19.

La Commission nationale du dialogue politique a suspendu ses travaux à cause du coronavirus. Faites-nous le point sur les accords et désaccords obtenus depuis le lancement du dialogue politique ?
La réflexion se poursuit sur les points qui n’ont pas pu faire l’objet de consensus. Il y a d’abord la question de l’élection des adjoints aux maires et des vice-présidents de conseil départemental. Sur ce point, il y a deux positions : certains pensent qu’ils doivent être élus au même titre que le maire et le président du conseil départemental au suffrage universel tandis que d’autres sont pour le statu quo, c’est-à-dire qu’ils soient élus par leurs pairs. L’autre question sur laquelle jusqu’ici il n’y a pas de consensus, c’est le bulletin unique. A ce niveau-là, le pôle des non-alignés a proposé que l’on commence l’expérimentation du bulletin unique à partir de la prochaine élection présidentielle compte tenu de la complexité des élections locales et législatives. Et d’ici là, on pourrait faire le tour de la question et voir toutes les conditions à mettre en œuvre pour l’application du bulletin unique sans risques. Il y a aussi la question de la caution qu’on a abordée après l’évaluation du processus électoral, celle du parrainage. La suppression du cumul de fonctions de chef d’Etat et de chef de parti reste une question très complexe. Il faudra être extrêmement prudent pour éviter de remettre en cause fondamentalement une certaine stabilité dont on a besoin dans le cadre du fonctionnement de nos institutions et de nos partis. Il y a également la question de liberté de candidature en rapport avec les articles L31 et L32 du code électoral qui disposent que quand on est condamné à une certaine peine, on ne peut pas figurer sur les listes électorales.

C’est ce qui est arrivé à Khalifa Sall et Karim Wade…
C’est ça. Et vous savez si vous n’êtes pas sur les listes électorales, cela signifie que vous ne pouvez pas être candidat. A ce niveau-là, les discussions se poursuivent mais nous pensons qu’il est préférable de porter cette question au chapitre relatif à la Revue du code électoral pour voir effectivement les articles qui pourraient éventuellement être revus et corrigés. Mais le point relatif à l’abrogation de l’article 80 est aussi en suspens. Il y a l’arrêté Ousmane Ngom pour lequel nous pensons qu’il n’est absolument d’aucune utilité parce qu’il n’y a pas de raison d’interdire un territoire bien défini à toute forme de manifestation, à toute forme d’expression de liberté. C’est la raison pour laquelle nous pensons que l’autorité administrative est en mesure, à chaque fois que de besoin, d’apprécier la situation et de voir si elle doit ou non autoriser une manifestation. Parce que l’autorisation doit tenir compte du respect des libertés, de la nécessité de préserver la sécurité des personnes et des biens. Donc l’autorité a un ensemble d’outils qui pourraient permettre à chaque fois que de besoin de pouvoir, si cela s’avère nécessaire et justifié, d’interdire de façon ponctuelle une manifestation. C’est la raison pour laquelle nous pensons que cet arrêté, s’il est supprimé, ne remettrait en cause nullement les pouvoirs des autorités administratives quant à la gestion de la question relative aux manifestations. Pour qu’il y ait un suivi régulier de la concertation sur le processus électoral et sur la vie politique, le Pôle des non-alignés a fait une proposition qui est étudiée actuellement par les différentes entités. Elle consiste à la création d’une Commission nationale d’observation de la démocratie. Cet observatoire de la démocratie pourrait être un organe d’accompagnement, de facilitation entre les pouvoirs publics et les acteurs politiques. Cela pourrait nous éviter certaines tensions, certaines crispations parce que l’organe travaillerait par anticipation.

Vous espérez que cette proposition sera actée ?
Globalement, dans les concertations, on n’a pas encore acté définitivement le consensus sur cette question mais il n’y a pas d’objections majeures quant à la création de cet observatoire de la démocratie. Ce qui restera certainement peut-être à faire, c’est de s’accorder sur le nom et sur les missions et attributions de cette commission d’observation de la démocratie. Donc, la liste n’est pas exhaustive mais cela montre que même la commission politique a eu à travailler de façon continue et en profondeur sur des questions d’intérêt national qui sont de nature à consolider la démocratie et à restaurer la confiance entre les acteurs.

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