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Dr Diaw, quelle est la situation à Matam ?
Il y a des indicateurs macro et d’autres qui nécessitent des impacts sur une plus longue durée. En venant à Matam, nous avons trouvé une situation urgente et c’est surtout les services de référence qui sont très précis dont on a besoin. C’était le problème de la pédiatrie par exemple. A tous les niveaux, les infirmiers, les médecins sont formés, mais pour gérer la situation des urgences en pédiatrie, c’était un véritable problème. On ne disposait pas d’un spécialiste dans les hôpitaux. Mais depuis quelques semaines, il s’agit là d’un des points majeurs de la situation qu’on a pu gérer, avec l’apport des directeurs. L’autre situation, c’est le niveau des indicateurs car pour l’année 2018, il y avait un mouvement d’humeur qui avait fait que le système de santé était complétement aveuglé et on n’avait pas d’informations sur ce qui se passait ce qui fait qu’à Matam, malheureusement il faut le déplorer, les indicateurs de la morbidité et la mortalité concernant le palu sont extrêmement élevés. Matam s’est retrouvée avec plus de 11 mille cas de paludisme dont 20 décès. Sur ces cas, les 94% on les avait au niveau de Kanel et Ranérou. Mais pour cette année, les services sont en train de dérouler une campagne de distribution de moustiquaires. Et, pour réduire les taux de mortalité et de morbidité du palu, nous sommes en train de dérouler l’aspersion intra-domiciliaire. Nous avons également mis en place un programme qu’on appelle le tutorat 3.0 pour renforcer les capacités des prestataires.
Dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale, Matam affiche un taux record par rapport au reste du pays, même si nous avons senti une baisse, qui peut être n’est pas significative. Ici ce qui est important pour nous c’est que nous avons des gynécologues dans les deux hôpitaux de Matam pour gérer les urgences gynécologiques et obstétricales. Les deux établissements, ceux de Matam et Ourossogui, se sont organisés de telle sorte qu’il n’y a jamais un service complétement fermé si un médecin voyage. Il faut aussi savoir que Matam, malgré la faiblesse du plateau médical technique, Bakel et d’autres localités évacuent sur nos hôpitaux. La chose qui n’évolue pas tellement, c’est la malnutrition des enfants de 0 à 5 ans. Mais nous avons bon espoir car tout dernièrement nous avons travaillé avec des partenaires qui sont dans la zone comme Action contre la faim et la Cellule de lutte contre la malnutrition. Nous entendons également changer de stratégies parce que depuis longtemps nous sommes en train d’intervenir mais il n’y a pas d’impact réel sur la baisse de la malnutrition aiguë et sévère.

Il y a des ces centres de santé qui ne fonctionnent pas à plein régime comme à Ranérou…
C’est une excellente idée de l’autorité qui a pensé mettre une structure de santé à Ranérou. Dans ce centre de santé de référence à l’instar de celui de Kanel, on a mis un bloc où il y a des médecins qui sont formés et qui sont compétents dans ce sens. Le médecin-chef de Ranérou est un généraliste mais il n’a pas d’anesthésiste, par conséquent le bloc opératoire ne fonctionne pas. C’est le même cas à Kanel, où il n’y a pas actuellement d’anesthésiste. C’est un problème de ressources humaines. En 2010, le ministère de la Santé avait fait un excellent travail avec le partenaire Jica en motivant les médecins à travailler en zone difficile. Les gens peuvent être de vrais patriotes, mais devant certaines situations, il faudrait qu’on fasse la différence.

Comment avez-vous accueilli l’appel du chef de l’Etat dans ce sens ?
C’est donc très important qu’au moment où l’on parle de problèmes dans les urgences et même des assises sur les urgences que le Président montre l’exemple en montant au créneau pour prendre des mesures.
Il s’y ajoute que malgré tous les efforts consentis par-ci et par-là pour réduire les mortalités maternelles, les décès que nous avons sont souvent liés à des problèmes de sang. Dans la région de Matam, il n’y a pas de banque de sang, ni un dépôt, pourtant le matériel existe, il est dispersé entre les deux hôpitaux de la région. Le personnel n’est pas encore complémentaire et c’est ce qui pose problème pour pouvoir faire fonctionner le bloc. L’une de nos priorités, c’est de faire fonctionner la banque de sang à Matam, diminuer les évacuations sur Dakar et les risques de pertes en vie humaine.

Quelles sont les spécialités qui manquent dans votre région ?
Je vous ai dit que pour la pédiatrie c’est déjà réglé mais de façon transitoire car on nous a envoyé des stagiaires de quatrième année qui sont remplacés chaque six mois par d’autres. Cela nous permet de gérer beaucoup de choses mais ce n’est pas une situation pérenne. Il y a récemment une note du ministère de la Santé qui demande qu’il y ait des «séniorats» dans les urgences, ce qui peut poser problème même si on doit faire avec sachant que la pédiatrie et surtout néonatalogie sont hyper importants dans la région de Matam. Il faudrait également que les blocs, notamment celui de Kanel et Ranérou, fonctionnent.
A Matam, il n’y a pas de psychiatre dans toute la région alors qu’il s’agit d’une priorité puisque nous sommes dans le cadre de l’équité. Il est impératif que ces patients avec handicap ou déficients mentaux puissent être gérés par un psychiatre. Même les agents de santé, les enseignants et autres fonctionnaires qui travaillent en zone difficile ont besoin d’être suivis pour ne pas faire des dépressions. Nous avons également besoin de neurochirurgien car nous avons de longues routes parfois en état de délabrement avancé et qui entrainent des accidents, des traumatismes. Alors, il est bon que nous ayons des spécialistes pour pouvoir juguler ces problèmes.

Quel est l’impact de la dette de la Cmu dans vos structures ?
Sur cette question, il faut saluer et féliciter les directeurs des structures qui ont toujours à l’esprit qu’il s’agit d’une politique nationale qu’ils ont l’obligation de mener avec un tiers payant qui est l’Etat. A travers la Cmu, l’agence doit pouvoir éponger ses dettes, malheureusement, ce qu’on a constaté c’est qu’il y a toujours un jeu de mots. Les gens disent qu’il ne s’agit pas de dette mais des retards de paiement, mais ce qui est important c’est que les services fonctionnent avec cet argent. Si c’était pour 2019, c’est un peu compréhensif, mais les dettes traînent depuis 2017/2018. Pour ce qui concerne Matam, chaque mois, les structures font passer leur demande de paiement. Derniè­rement, nous avons noté des avancées dans le travail de traitement des dossiers. Cette dette si elle n’est pas remboursée, cela peut hypothéquer le travail et même démotiver les agents par rapport à ce qu’ils sont en train de faire sur le terrain.

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