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En marge de la projection de son film, la réalisatrice de «Fifiré» a voulu retracer pour nous la genèse du film ainsi que le contexte dans lequel il se place.

Quand est-ce que ce film a été réalisé ?
Fifiré en pays cuballo, c’est un projet que je développe depuis 2009, mais qui n’a pu se faire qu’en 2016. Le tournage s’est fait en 2016 grâce à l’appui du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (Fopica).

Qu’est-ce qui vous a motivée à le réaliser ?
Tout ça est venu du fait que mon père écoutait le chanteur de Pékane, Guelaye Aly Fall. Dans le Pékane, ce dernier raconte ces «fifiré», ces grosses pêches que de grands Cuballos ont réalisées. C’est en quelque sorte les hauts faits, les exploits des Cubalbés. Mon père qui écoutait tout le temps le Pékane me racontait ces histoires. Et j’avais moi-même l’impression d’y être, tellement Guelaye les raconte bien. Ainsi, même si le dernier «fifiré» remonte à 1936 ou 1937, l’histoire, la tradition se transmet grâce au Pékane. Mais cette histoire, beaucoup de gens ne la connaissent pas. On sait juste qu’il y a des Cubalbés qui habitent au bord du fleuve, qu’ils tuent des crocodiles, mais le fond de l’histoire, ce qui l’explique, on ne le connaissait pas vraiment. Et moi qui ne suis pas née là-bas, j’avais envie de plonger dans cette histoire des Cubalbés pour mieux la comprendre et la partager avec les autres.

Quel a été votre ressenti lors du tournage ?
J’ai ressenti une vraie fierté pour toute cette culture et un peu de regret de voir que les jeunes ne s’intéressent plus à la chose alors que les vieux sont en train de partir. Cette culture est riche et mérite d’être préservée. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un monde moderne qu’on ne doit pas s’intéresser à ses racines, son histoire personnelle. C’est à partir de son histoire, sa culture qu’on peut aller vers autre chose.

Vous abordez en filigrane la place de la femme cuballo. Pourquoi ?
Je voulais vraiment aborder cette question, parce que quand je me suis intéressée à toutes ces légendes, je me suis rendu compte que la femme n’était pas très présente. Elles ne sont représentées que de façon caricaturale. Dans toutes les chansons que chante Guelaye Aly Fall, il n’y a que 3 figures féminines. Une seule est positive. Il n’y a que Mariata qui est présentée comme une femme savante. Coumba, qui pousse son mari à combattre un génie et Penda Sarr. Hormis ces 3 figures, toutes les autres femmes n’existent pratiquement pas. Elles sont juste une masse silencieuse. J’ai trouvé cette situation anormale et j’ai voulu leur dire qu’elles peuvent reprendre leur pouvoir et qu’elles ne doivent pas avoir peur de ce pouvoir. Aujourd’hui au Fouta, dans tous les villages, ce sont les femmes qui nourrissent les familles.

Fifiré en pays cuballo est votre 3e documentaire. Quelle est la suite ?
Après Face à face (court métrage) et Agora braille, j’en suis à mon 3e documentaire. C’est mon premier long métrage. Il vient juste de sortir et cette projection est la première au Sénégal. Je suis en train de voir si on peut organiser une tournée de projection dans la vallée du fleuve.

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