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Les responsable apériste de Dondou, dans la commune de Bokidiawé, dénonce le «clientélisme» dans la distribution des vivres dans sa commune. Ousmane Guèye regre­tte aussi la promotion des transhumants au détriment des «compagnons de lutte». Ce fonctionnaire au ministère de l’Education ne s’explique pas, par ailleurs, la stigmatisation dont font l’objet les enseignants après que certains d’entre eux ont été testés positifs au Covid-19.

Quelle lecture faites-vous des dernières mesures d’assouplissement prises par le gouvernement ? 
Il faut d’abord souligner que cette crise sanitaire provoquée par le Coronavirus a surpris toute l’humanité. Puisque même les grandes puissances et les meilleurs systèmes de santé au monde ont été mis à rude épreuve. Dès la confirmation du premier cas positif au Covid-19, l’Etat du Sénégal a donc pris une batterie de mesures pour endiguer la pandémie. Après trois mois de crise sanitaire et de ralentissement de toutes les activités économiques, notre pays espérait voir la propagation stopper net. Ce qui n’est pas le cas. Voilà pourquoi il fallait changer de paradigme et vivre avec le virus tout en respectant les gestes barrières. C’est ce qui explique les mesures d’assouplissement décidées depuis le 11 mai par le chef de l’Etat. Et dans ce sens que sont intervenus aussi la levée de l’interdiction du transport interurbain et interrégional et le réaménagement du couvre-feu. Une sorte de «déconfinement» progressif. Il s’agit là d’un acte responsable et salutaire du Président Macky Sall. Il a pris la problématique en entier en pensant aux populations qui vivent des revenus au quotidien parce que le confinement total n’était pas la  meilleure solution.

Vous travaillez au ministère de l’Education nationale qui est très critiqué d’ailleurs après le report de dernière minute de la reprise des cours. Etait-ce une erreur ?
Pas du tout ! On ne peut pas faire ces efforts de communication et d’implication dans la lutte contre le Coronavirus et voir ces efforts annihilés. Depuis le début, le ministre de l’Education nationale et ses services ont investi le terrain pour s’assurer de l’effectivité des mesures pour une reprise des cours dans la sérénité. Toutes les intentions étaient bonnes malgré les critiques. Evidemment, toute responsabilité s’accompagne de risques. Le ministre a bien réagi à la situation factuelle en prenant cette décision courageuse. En attendant une nouvelle date pour la reprise des cours, il y a l’accompagnement des élèves par des enseignements en ligne qui est une réalité. Chaque situation repose sur une solution et, par conséquent, je suis sûr que le ministère, très soucieux de l’avenir des enfants, prendra des décisions justes et profitables à tous en concertation avec tous les acteurs.

Sauf qu’il y a eu des enseignants qui ont été testés positifs. Et c’est le cas dans le Matam, votre région où beaucoup font l’objet d’une stigmatisation. Que ressentez-vous en tant qu’enseignant aussi ?   
Les enseignants souffrent de stigmatisation dans les réseaux sociaux et leurs lieux de service. Ce qui est grave et déplorable. Ces soldats du savoir ne méritent pas ce traitement. Ils ont accepté, avec patriotisme et devoir, de retourner dans les classes avec tous les risques encourus. Je crois qu’à défaut de gloriole, d’applaudissements et d’encouragements, ils ne devraient pas être accueillis par la délation et la stigmatisation. Naturelle­ment, je suis meurtri et choqué en tant qu’enseignant et j’entends leurs souffrances. Je suggère aux autorités d’utiliser les voix autorisées pour sensibiliser, combattre et rassurer les enseignants. Ils ont besoin d’être rassurés par des discours officiels, des mesures fermes contre tous ceux qui font dans la stigmatisation et des descentes sur le terrain pour les réconforter. Gérer la souffrance des enseignants stigma­tisés, c’est aussi anticiper sur les éventuels mouvements d’humeur d’après Covid-19. Ne laissons pas ces faits déstabiliser la cohésion sociale et anéantir les efforts de stabilité dans le système éducatif réussis par le ministre.

Vous êtes de la commune de Bokidiawé. Les ménages ciblés par l’aide alimentaire ont-ils reçu leurs kits ? 
Les kits ont été distribués mais sont insuffisants. Cette distribution a finalement créé plus de problèmes au lieu d’en régler. La confection et la gestion des listes n’ont pas été démocratiques. Les vrais bénéficiaires ont vu les dons attribués à des retraités, à certains fonctionnaires et à la clientèle politique. Beaucoup de ménages ont manifesté leur frustration. Et c’est regrettable parce que ce n’est pas ce que le Président aurait voulu entendre.

Les responsables de l’Apr ont-ils mis la main à la poche pour appuyer les nécessiteux ?
Ceux qui ont mis la main à la poche ont d’abord privilégié leurs militants au détriment des nécessiteux. Certains en ont profité pour régler des comptes. C’est pourquoi je loue le geste altruisme de Farba Ngom qui, lui, a ratissé large contrairement à ceux qui ont utilisé les vivres pour récompenser leurs bases politiques. Bref, cette forme de distribution a divisé des villages.

Ces frustrations sont-elles aussi observées chez les militants de l’Apr ?
Je loue toutes les déci­sions prises par le chef de l’Etat dans la gestion de la pandémie. Mais je ne peux cacher mes regrets de voir le traitement de faveur fait aux transhumants. Il les a recyclés, valorisés au détriment de ses fidèles d’hier. Pour dire vrai, la frustration est la chose la mieux partagée chez ses compagnons de lutte. Leur situation est, à la limite, comparable au mal des malades mis en quarantaine.

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