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Professeur d’histoire médiévale au département d’histoire de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Ucad, professeur Penda Mbow, explique comment les hommes ont la haute main sur les niveaux stratégiques de la gouvernance du pays. Pour celle qui fait partie des collaborateurs du chef de l’Etat et grande observatrice du landerneau politique, les femmes ne manquent pas de compétences pour aspirer à conduire les affaires dans les ministères de souveraineté de ce pays qui n’a jamais connu de femmes ministre de l’Intérieur, des Forces armées, des Affaires étrangères ou des Finances, alors que le Sénégal regorge de femmes compétentes.

Après Mame Madior Boye et Aminata Touré au ministère de la Justice ensuite à la Primature, aucune femme ne gère un ministère parmi les plus stratégiques. Pourquoi cette fausse promotion faite aux femmes au Sénégal ?
Dans nos sociétés, on n’aime pas beaucoup les femmes avec une forte personnalité, elles font tout de suite très peur. Et les Sénégalais, qu’on le veuille ou non, ont une société assez conservatrice. Et aussi les hommes jouent beaucoup sur les ambitions des femmes. Si cela ne les consolide pas, ils ne vont pas lâcher une partie ou une parcelle de leur pouvoir. C’est vraiment dommage pour ce pays qui gagnerait à un rayonnement des femmes. Si dans un pays comme le Niger, on a pu avoir une femme aux Affaires étrangères, la France qui est une référence pour le Sénégal, les Forces armées ont été dirigées par une femme. Aujourd’hui en Algérie, il y a une femme là-bas, Nourième, ministre de l’Education nationale, qui dirige ce département depuis plusieurs années. Contre vents et marrées, elle amène énormément de réformes dans ce ministère. Pourtant, elle a fait face aux islamistes, à beaucoup de lobbies, elle y est encore et elle continue. Je pense que des personnes qui n’ont jamais eu l’occasion d’expérimenter certaines réformes, si on leur donne la possibilité, peut-être cela pourra contribuer à un renouveau, à un changement de paradigme, à un changement de perspectives parce qu’elles veulent démontrer qu’elles savent faire quelque chose.

N’est-ce pas là une violation des droits de la femme dans une République comme le Sénégal qui garantit l’égalité des sexes devant la loi ?
Je crois que dans une société, il faut de l’équité, de l’égalité, la justice. Une société ne fonctionne véritablement que sur la base de ces valeurs-là et une femme, quand elle est compétente, quand elle s’engage, il faut lui donner l’opportunité de travailler pour son pays, sa société, qu’on soit femme ou homme d’ailleurs.
Les facteurs les plus importants qui doivent distinguer une femme ou un homme d’Etat, c’est d’abord la compétence, le talent, la rigueur morale, voilà les critères qui doivent nous sous-tendre. On ne doit juger l’individu que sur la base de ces critères-là. Je pense que le pouvoir dans notre pays reste le pouvoir des hommes. Ils peuvent utiliser les femmes, les associer mais fondamentalement le pouvoir est masculin.

Est-ce à dire que les femmes sénégalaises manquent toujours de compétences pour diriger les ministères de souveraineté ?
Elles ne manquent pas de compétences. Des femmes d’Etat au Sénégal, j’en connais beaucoup : Aïssata Tall Sall, Aminata Mbengue Ndiaye, Nioro Ndiaye, Awa Marie Colle Seck, Fatou Sow Sarr, entre autres. Il y en a qui sont très politiques, qui ont des visions. Par exemple nos aînées, Marie Angélique Savané (sociologue), Tata Annette Mbaye d’Erneville (première femme journaliste), vu sa capacité de rassembler les femmes, de les organiser, je ne trouve pas une personne plus politique que cette femme-là. Et il y en a plein à toutes les générations.

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