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Mamoussé Diagne prône la «compréhension», le «dialogue» et surtout la «prévention» pour éviter les crises universitaires. Le Professeur de philosophie à l’Ucad admet cependant que les acteurs ont «failli» à leur mission. Toutefois, l’universitaire a appelé les uns et les autres à ne pas faire de la mort de Fallou Sène «une exploitation politicienne».

Que vous inspire le climat tendu dans les universités après la mort de l’étudiant Fallou Sène ?
La situation de l’Université me préoccupe personnellement en tant qu’universitaire. J’ai fait toutes mes études en tant qu’étudiant en France, à Nantes, puis à l’Université de Bordeaux. Et j’enseigne à l’Université de Dakar depuis 1976, soit pendant 36 ans. J’ai été donc de part et d’autre de la relation apprenant et enseignant. Et ce qui se passe non seulement me préoccupe, mais m’attriste. Nous sommes dans la relation qui fonde le savoir et qui, aujourd’hui, fait que le potentiel de matière grise détermine la position d’un Peuple dans le monde. Ce ne sont pas les matières premières qui font la prospérité des pays comme le Japon ou la Corée, mais c’est la matière grise. Depuis la révolution Meiji, le Japon a consacré tous ses efforts à la formation intellectuelle de ses hommes. C’est ce qui leur permet aujourd’hui d’être au premier rang des Nations mondiales. Donc, nous ne pouvons pas nous permettre sur cette route du progrès, sur la formation des hommes, d’être en retard, de perdre une année, une seule minute. Nous sommes en période de rattrapage. Nous devons faire les plus grands efforts pour essayer d’être à la hauteur. Lorsque, dans un pays comme le nôtre, il y a un problème de ce genre que nous n’avons pas réussi à vaincre par des méthodes douces, par des méthodes de compréhension et de dialogue, c’est que quelque part nous avons failli. Il faut que nous le reconnaissions de manière claire et courageuse et que nous en tirions les conséquences. Je crois que c’est ce que le Président a fait. Mais il faut surtout privilégier la prévention. Il faut que plus jamais de tels évènements ne surviennent. Il faut anticiper sur les crises. Il faut faire en sorte qu’avant que celles-ci ne surviennent que nous ayons courageusement pris les mesures qui s’imposent, que nous puissions faire en sorte que les étudiants étudient dans des conditions les plus transparentes, mais également les plus sereines parce que la réflexion et la compréhension ne peuvent se faire que dans un espace de sérénité. Et pour que cet espace de sérénité soit, il faut que la paix sociale soit à l’intérieur de cet espace. C’est terrible ce qui est arrivé. Le Président a pris des mesures d’apaisement conservatoires. J’es­pè­re qu’on ira au fond des choses et que nous arrivions à faire en sorte que désormais la prévention l’emporte sur la réparation.

Les étudiants exigent le départ du ministre de l’Enseignement supérieur. Est-ce la meilleure solution pour résoudre la crise ?
La nomination des ministres relève de la volonté du président de la République. J’ai été ministre de l’Enseignement supérieur. Je sais, par conséquent, que c’est un post difficile parce que vous avez des collègues qui interviennent, c’est-à-dire des gens qui sont à égalité de savoir avec vous, d’autres sont même plus gradés que vous. Par conséquent, c’est difficile de les diriger lorsqu’il s’agit des enseignants. Lorsqu’il s’agit des étudiants, vous avez été étudiant également et vous savez qu’ils sont extrêmement exigeants. Et ils ont d’une certaine manière le devoir de l’être parce qu’également ce sont eux qui sont les jeunes de maintenant, c’est l’élite de demain et qui posent un certain nombre de revendications que j’estime pour ma part légitimes. Ce sont les conditions sans lesquelles ils ne peuvent pas travailler. Donc, il faut que de part et de l’autre le dialogue passe, les gens s’expliquent sur ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Que le gouvernement ne puisse pas promettre ce qu’il ne peut pas faire. Mais qu’une fois que le gouvernement s’engage à faire un certain nombre de choses, que cela soit effectivement fait de façon à ce que, là aussi, les promesses et les actes soient parfaitement conformes. Je crois que nous pourrions avoir la paix sociale. Mais surtout que personne ne puisse en faire une exploitation politicienne, que personne ne jette de l’huile sur le feu. Mais que chacun en ce qui le concerne, de manière sincère et honnête, essaye de voir ce qui peut être fait pour faire un pas en avant et surtout pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

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