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Quelle lecture faites-vous des propos de Ousmane Sonko qui, dans une vidéo, estime que fusiller les Prési­dents de Senghor à Macky Sall ne serait pas un péché ?
C’est une déclaration insignifiante. Une Nation est une succession de générations. Donc, dire qu’il faut fusiller les anciens Présidents, c’est maladroit de la part de Ousmane Sonko. Chacun de nos anciens Présidents a fait quelque chose. La chance du Sénégal, c’est que Senghor a fait la Nation. En Afrique, le Sénégal est l’une des rares Nations à être détribalisées. On n’a pas de problèmes ethniques ni tribales, c’est le travail de Senghor. Abdou Diouf, pendant 20 ans, n’a certes pas bâti des infrastructures, mais il a consolidé l’Etat qui fait notre fierté. Si nous sommes le seul pays au monde à pouvoir élire un Président le 25 mars et l’installer le 1er avril et que le pays fonctionne, c’est parce que nous avons un Etat. Abdou Diouf, battu lors de la Présidentielle de 2000, a cédé le pouvoir à Wade sans aucune goutte de sang. Pour passer de Gbagbo à Ouattara, il y a eu 1 000 morts en Côte d’Ivoire. Au Kenya aussi, lors des dernières élections, il y a eu des morts. Diouf a fait 20 ans pour bâtir cet Etat. Abdoulaye Wade a posé les jalons de l’émergence. Macky Sall est dans la logique de Wade. Ce n’est pas parfait, mais chacun a amené une brique pour la construction du Sénégal. Le problème de Sonko, c’est qu’il faut qu’il ait le sens de l’histoire dans la longue durée. On ne doit pas faire des déclarations à l’emporte-pièce. Cette déclaration est excessive et malheureuse. C’est le drame de la communication permanente.

Est-ce que ce n’est pas le revers de la médaille pour un candidat qui utilise beaucoup les réseaux sociaux ?
C’est juste un dérapage. Quand on veut toujours faire le buzz dans les médias, on risque de périr par le buzz. C’est bien de capter l’attention et de faire passer des messages, mais ce n’est pas bien en termes de communication de vouloir être tout le temps dans les médias.

En direction de la Présidentielle, est-ce que cette déclaration ne risque pas de réduire les chances de Ousmane Sonko ?
Bien sûr ! S’il a tenu des précisions à la Rfm, c’est parce qu’il sait que cette déclaration est maladroite. La démocratie est une affaire de gentlemen. Nous avons une démocratie de parlottes et de conciliabules. Donc, les Sénégalais n’aiment pas les excès. Les gens l’oublient souvent, mais on ne gagne pas des élections avec des militants, ce sera avec les électeurs. Si on prend l’exemple de Sonko, il y a les pro-Sonko qui voteront quoi qu’il en soit pour lui, des anti-Sonko qui ne voteront jamais pour lui. L’addition de ces deux catégories n’est même pas le quart de l’électorat. Ce qui fait que les ¾ de l’électorat qui ne sont ni anti ni pro votent sur la base des déclarations des uns et des autres. Cette déclaration, dans une démocratie comme le Sénégal, heurte les gens. A mon avis, il n’est pas trop tard pour se rattraper à 4 mois des élections. Sonko n’a qu’à s’amender. La pire des choses, c’est de persister dans l’erreur parce que personne ne peut comprendre ni cautionner cette déclaration. Le totalitarisme commence par ce genre de déclaration.

Est-ce que Sonko n’est pas en train de suivre involontairement la voie de Idrissa Seck en termes de communication ?
Je pense que cela montre les dangers de la communication. Pour avoir longtemps pratiqué la sociologie des médias, je dirais que la communication des médias est un couteau à double tranchant. Les gens doivent être très prudents surtout pour la communication politique. On peut mettre des mois et des semaines à bâtir une réputation et la ruiner en quelques minutes.

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