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Passablement énervé par la résolution du Conseil de sécurité de l‘Onu sur la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens portée par le Sénégal, la Nouvelle Zélande, la Malaisie et le Venezuela vendredi, le Premier ministre Ben­jamin Netanyahu a rappelé son ambassadeur à Dakar et gelé la coopération économique entre les deux pays.

C’est une décision de Benjamin. Habitué à réagir après chaque coup, Israël n’a pas manqué une nouvelle fois d’appuyer sur la gâchette. Après la résolution du Conseil de sécurité sur la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens, Tel-Aviv a déployé un arsenal de représailles diplomatiques contre les Etats qui ont voté cette résolution vendredi. Le Sénégal, qui l’a portée en compagnie de la Nouvelle-Zélande, de la Malaisie et du Venezuela, après une volte-face de l’Egypte, doit supporter la colère de Benjamin Netanyahu qui a demandé le rappel «immédiat» de son ambassadeur au Sénégal pour consultation. Dès la tombée de la mesure, le représentant de l’Etat hébreu a pris l’avion pour rentrer chez lui.
Comme dans un ring, le Pm israélien a décidé de donner d’autres coups à ses partenaires qui «l’ont lâché», car la visite du ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye, prévue en janvier ainsi que tous les programmes d’aide ont été annulés. Ce vote sénégalais a du mal à passer auprès de l’Etat israélien qui a toujours cherché à avoir des liens solides avec des pays africains pour casser la majorité qui vote contre lui dans les instances internationales, notamment au Conseil de sécurité où l’environnement géopolitique et diplomatique lui est souvent hostile.
Le Sénégal, qui ne dispose pas de représentation diplomatique à Tel-Aviv et a toujours soutenu la cause palestinienne, n’a jamais avancé masqué dans le traitement de ce dossier. Exerçant la présidence du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du Peuple palestinien, Dakar a toujours jugé «inacceptable» la poursuite par Israël de sa «politique de colonisation et de judaïsation des lieux saints et de la ville d’Al-Qods», ainsi que le blocus imposé depuis 2007 à la bande de Gaza. Sur la Rts, le porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye, a soutenu que le Sénégal se conforme toujours à la vision de sa diplomatie et le fait de défendre la cause palestinienne ne veut pas dire qu’il est contre Israël.

Agriculture, innovation technologique…
Cette brouille diplomatique, nourrie essentiellement par ce vote, arrive dans un contexte où l’Etat hébreu était dans une logique de solidifier ses relations avec le Sénégal. Son ex-ambassadeur à Dakar, Gidéon Béhar, envoyé spécial pour l’Afrique au ministère israélien des Affaires étrangères, était à Dakar toute la semaine dernière pour tenter de raffermir la coopération entre les deux pays, notamment dans le domaine de l’innovation technologique, de l’agriculture, de l’eau et du renseignement militaire. L’essentiel de ses investissements se concentre dans le domaine agricole avec le goutte-à-goutte dont le symbole est l’accord trilatéral entre le Sénégal-Israël-Italie qui a permis d’aménager plusieurs hectares dans les zones rurales avec des rendements importants.
Par ailleurs, la colère de Netanyahu n’est pas seulement dirigée contre le Sénégal. Le Premier ministre israélien a également annulé plus tôt dimanche la visite officielle de son homologue ukrainien, Volodymyr Groysman, en Israël. L’Ukraine a en effet voté en faveur de la résolution, réclamant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens. De manière générale, le gouvernement israélien a convoqué 10 représentants diplomatiques sur les 14 pays qui ont des ambassades dans le pays au ministère des Affaires étrangères dans la journée du dimanche.
La Malaisie et le Venezuela, qui n’ont pas de relations diplomatiques avec Israël, ne sont pas dans le viseur. Au-delà des remontrances envoyées à ses partenaires, l’essentiel du mécontentement israélien se concentre sur son allié américain, car les Etats-Unis n’ont pas mis pour la première depuis 1979 leur veto à une résolution du Conseil de sécurité concernant la colonisation israélienne. Selon certains experts, la résolution 2334 est un héritage de Barack Obama à son successeur qui aura du mal à s‘en défaire même s’il a manœuvré jusqu’au bout pour l’empêcher. Par contre, Netanyahu a soutenu «que l’Administration Obama l’a initiée et soutenue, en a supervisé la formulation et a exigé qu’elle passe. Comme je l’ai dit à John Kerry jeudi, des amis ne s’envoient pas devant le Conseil de sécurité».

Résolution «équilibrée»
Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte «condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes», une référence aux attaques palestiniennes. Le Premier ministre, qui «rejette cette résolution anti-israélienne honteuse des Nations unies et ne s’y conformera pas», a demandé au ministre des Affaires étrangères de «réévaluer en l’espace d’un mois» tous les contacts d’Israël avec les Nations unies, y compris le « financement aux institutions onusiennes, et la présence de représentants de l’Onu en Israël». «J’ai déjà ordonné d’interrompre le financement de 5 institutions à hauteur de 7,5 millions de dollars, cinq organes particulièrement hostiles à Israël. Mais nous irons plus loin encore», a-t-il prévenu.
bsakho@lequotidien.sn

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