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La grande île appelée Dunde Xore en soninké, qui a été à l’origine du conflit sénégalo-mauritanien, se trouve abandonnée par les agriculteurs de Dia­wara depuis 1989. Cepen­dant, ce déclassement n’a pas eu de répercussion sur les mouvements des personnes de part et d’autre de la frontière. Ce reportage a été réalisé en 2017.

Il est sorti de l’anonymat en 1989. Le village de Diawara, devenu une commune prospère grâce à la réussite de ses fils expatriés, est situé à 18km au Nord-ouest de la commune de Bakel. Les démons du Dunde Xore ont chassé les agriculteurs originaires de la ville de Diawara de leurs terres depuis les tristes événements de 1989. Depuis 30 ans, chaque année, l’herbe pousse et repousse. Mais pas de défrichage, encore moins de coups de pioche pour semer une quelconque graine. Pis, certains villageois n’ont plus voulu traverser le fleuve à cet endroit depuis les événements de 1989. Selon des indiscrétions, de bonnes volontés avaient pourtant entamé des négociations pour le retour des paysans sénégalais sur leurs terres. Où se situe le blocage ? Est-ce une quelconque interdiction d’exploiter ces champs qui en serait à l’origine ? En tout état de cause, un sexagénaire qui a accepté de parler sous le sceau de l’anonymat donne son sentiment : «Après ce qui nous est arrivé sur ces terres, retourner pour y cultiver, pour moi, serait comme si on voulait nier la réalité.»
Aujourd’hui, pour certains habitants, revenir sur cet endroit serait comme remuer le couteau dans la plaie. Dans le cadre des témoignages, nous avons été orientés vers Tégué Sakho, un ancien otage, qui faisait partie des treize personnes arrêtées le jour des faits. Trouvé devant sa boutique, une fois les présentations faites et l’objet de notre visite décliné, il a effacé tout sourire et s’est renfrogné. Remuer ce passé douloureux devant Tégué est assimilable à un péché. Devant notre insistance, il dira d’un ton plein de colère : «Je ne veux plus entendre parler de cette histoire. Pour moi, ce monde est derrière nous. C’est un autre qui est là.»
Certes les séquelles douloureuses de ces événements restent à jamais marquées dans les mémoires, mais les deux Peuples traversent au quotidien le fleuve pour divers besoins. Et l’animosité née de cette douloureuse césure a fini par s’estomper avec le temps. Les gens se sont tendus la main et ont voulu faire de cette affaire un ciment qui renforce les liens entre les Peuples et les deux pays.
Chaque jour, les populations venant de Técekré, situé en face et créé au lendemain des événements, ainsi que d’autres villageois se rendent à Diawara pour vendre du bois mort, faire du petit commerce ou pour d’autres nécessités. Du côté du Sénégal, des gens se rendent en terre mauritanienne, mais non plus pour cultiver ces terres où le sang a coulé un certain 9 avril 1989.
msakine@lequotidien.sn

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