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Pour son avant-dernier passage devant les députés de la Législature finissante, le Premier ministre a prêché la sérénité. Interpellé sur la question du pétrole, Mahammad Boun Abdallah Dionne a appelé les Sénégalais à réfléchir plutôt sur ce qui sera fait des richesses issues de cette ressource naturelle.

Aucune goutte de pétrole n’a encore coulé dans le pays et pourtant le Sénégal bruit de toutes sortes de spéculations. Selon le Premier ministre, il s’agit là «d’auto flagellation». Interpellé par le député Ndèye Fatou Diouf, Mahammad Boun Abdallah Dionne, qui faisait face aux députés dans le cadre des «Questions d’actualité», invite les Sénégalais à la «sérénité». Rejetant toute entorse aux règles dans le cadre du contrat d’exploration signé avec Total, il donne l’exemple de la Mauritanie qui a signé avec la même compagnie un troisième contrat de recherche. «Est-ce que vous pensez que la France colonise la Mauritanie ? (…) Il faut qu’on apprenne à se faire confiance. Il y a beaucoup de bruit pour rien. Ce qui importe, c’est ce qu’on fera de ce pétrole demain», assure-t-il. A ce propos, il annonce la préparation d’un projet de loi afin de définir un cadre légal règlementant le partage des ressources issues de l’exploitation pétrolière. «En gros, un tiers pour l’investissement, un tiers pour supporter le budget et un tiers au Fonds souverain d’investissement stratégique (Fonsis) pour les générations futures», détaille-t-il. Le chef du gouvernement met également en garde contre «le syndrome hollandais» qui est l’absence de diversification et qui crée la paresse et la dépendance. Selon lui, les enjeux se mesurent, pour le Sénégal, en termes de création d’emplois, mais aussi de production d’énergie pas chère. «Demain, toutes les ressources minérales de la sous région pourront être produites ici», explique-t-il.
Le Pm a également apporté quelques éclaircissements, soulignant que le Sénégal n’est «en aucun cas perdant» dans l’exploitation de son pétrole et de son gaz dans la mesure où le Code pétrolier voté en 1998 règlemente «de façon claire et précise» les rôles des uns et des autres. «La loi pose qu’en cas de découverte, l’investisseur aura le droit de récupérer entre 50 et 75%, selon les conditions d’exploration. Une fois que les découvertes sont faites, le Sénégal a droit à au moins 25% de la valeur des réserves. Ce pourcentage peut même aller jusqu’à 50% dans le cas où les stocks dépassent les 100 mille barils par jour. Si la fiscalité n’est pas appliquée durant la phase d’exploration, en phase de production, les dividendes sont taxés à 10% en plus des 30% exigibles au titre de l’impôt sur les sociétés. La ressource appartient au Sénégal et on a droit à 10% des bénéfices», a-t-il expliqué, précisant que ce pourcentage échoit à Petrosen.

Partage des ressources
Des explications qui n’ont visiblement pas convaincu le député Aïda Mbodji. «On nous dit qu’il n’y a pas une goutte de pétrole. Mais je suis sûre que certains en bénéficient déjà», attaque la présidente du groupe des Libéraux et démocrates. Elle prend d’ailleurs sa ville en exemple pour dénoncer le fait que les populations ne bénéficient pas des ressources générées par l’exploitation des ressources naturelles. «Bambey est citée parmi les villes qui ont besoin de vivres de soudure. Ce n’est pas normal alors que nous avons du phosphate et qu’un opérateur vient d’injecter 25 mil­liards dans le secteur. Que les ressources aillent aux populations ! C’est la seule façon d’en finir avec les spéculations», s’insurge Mme Mbodji. «Avant de partager la richesse, il faut la créer», réplique le Premier ministre qui insiste sur le fait qu’il s’agit encore d’exploration même si, dit-il, le 6e puits foré par Cairn s’est avéré également positif. Il donne ainsi l’exemple du gisement de gaz naturel de Gadiaga qui, il y a 15 ans, était annoncé comme «extrêmement prometteur». A l’arrivée, ce puits s’est avéré beaucoup moins profitable.
mamewoury@lequotidien.sn

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