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Le débat actuel au sein de certains responsables de l’Apr et de la mouvance présidentielle Benno bokk yaakaar suite à la mise en place du nouveau gouvernement et après certaines nominations à des emplois civils mérite une attention particulière.
Nous devons savoir et accepter que c’est l’article 44 de la Constitution qui dit : «Le président de la République nomme aux emplois civils.» Cela relève de sa seule autorité et de sa discrétion. Ce principe doit fonder toute adhésion à un parti politique à savoir qu’en cas de contrôle de l’Exécutif, la personne incarnant l’institution «président de la République» dispose du pouvoir de nommer. En démocratie, il est permis de discuter les décisions sans toutefois verser dans des logiques de contestation inélégante et puérile d’un pouvoir constitutionnel du chef.
Le Président Macky Sall dispose de ses sources d’informations sur les hommes et femmes qu’il veut nommer. Il dispose de la liberté de consultation de ceux à qui il demanderait un avis non contraignant. Il est comptable du bilan, raison pour laquelle, en fonction des résultats des personnes en qui il a placé sa confiance, il se donne la possibilité de réajuster ses choix sur la base d’une table de valeurs que lui seul met en place.
Je crois franchement que ce débat sur l’opportunité ou non du choix de X ou Y ne doit pas se poser jusqu’à verser dans les menaces et autre vote sanction. Le plus important, c’est le respect du pouvoir constitutionnel discrétionnaire de nomination qui dépend du chef. Si tant est qu’il y a faille dans le système d’information sur les choix optimaux, c’est au chef de l’Etat et au système en interne de faire procéder aux réglages pour s’ajuster librement et avoir un bilan à montrer au Peuple électeur dans les quinze mois qui nous séparent de février 2019. Le premier défenseur du bilan sera le candidat. Tous, nous ne ferons que l’aider à vendre ce bilan aux électeurs.
Il n’est pas élégant de crier urbi et orbi un non-choix comme dans une logique de partage. C’est plus que de la prétention : c’est un manque de sérénité, qualité nécessaire pour exercer une haute responsabilité. Cha­cun peut avoir son opinion sur tel ou tel choix ou non choix. Chacun peut s’auto-glorifier en pensant être la personne indispensable à tel ou tel poste, mais de là à bander les muscles ou à s’attaquer par presse interposée aux décisions du chef de l’Etat, il y a un pas inélégant à ne pas franchir.
C’est pourquoi je lance un appel à tous les membres de l’Apr et de la mouvance présidentielle pour taire les querelles et s’orienter vers le développement de ce pays quelle que soit leur station.
Il est vrai qu’en politique il y a toujours un jeu de pouvoir insidieux pouvant phagocyter les systèmes d’information fiables devant sans calcul aider le chef à s’approcher au mieux de la décision efficiente. Cela n’est pas inhérent à la politique. Après un quart de siècle de vie professionnelle dans le privé, je sais qu’il y a toujours des risques de phagocytage des décisions liées à la promotion du personnel. Ce ne sont hélas pas souvent les plus «corrects» qui travaillent pour le bilan final. Le choc des ambitions peut pousser à tenter dans l’œuf «d’assassiner des Mozart» qui pourtant avaient leur pierre à apporter à l’édifice. Nous devons comprendre que Dieu trace les destins des uns et des autres souvent avec un sillon sinueux et des situations de retournement assez cocasses. C’est pourquoi en pouvoir ou en disgrâce, nous devons rester humbles en propos et actes et ne pas faire ce que le Sénégalais abhorre le plus : l’arrogance. Au-delà des bilans, la table de valeurs de l’électeur s’appuie d’abord sur des valeurs que nul ne doit oublier.
Un choix est d’abord renoncement et exclusion. Ne pas être choisi par décret ne signifie pas qu’on n’est pas bon. Tous, nous excellons sans doute dans des domaines avec une autorité professionnelle le plus souvent reconnue par nos pairs. Le jugement des pairs est plus qu’une consécration : c’est un immense plaisir sans commune mesure. C’est le plus important devant la glace de la conscience.
Les 15 millions de Sénégalais ont tous des parcours et des personnalités diverses qui doivent ensemble aider à construire ce pays sans forcément être dans une «station» quelconque par décret. Il ne peut pas y avoir 15 millions de décrets.
Je crois que les hommes et femmes de valeurs et de vertus doivent venir, être et rester en politique quels que soient les soubresauts. Cela éviterait, comme disait le célèbre dessinateur Georges Wolinski, que la politique ne soit «le dernier refuge des aventuriers». Il est de la responsabilité de toutes et tous que «la société politique» ne soit pas, comme pensait Camus, «une machine à désespérer les hommes».
La complexité du Sénégal en vaut la chandelle et il serait malheureux que nous autres de la «société politique» donnions, par nos analyses réductrices du ventre, le mauvais signal à notre Peuple qui va bientôt entrer dans la complexité du cercle des Nations productrices de pétrole.
Dans cette cacophonie indescriptible d’après-nomination, le bon sens recommande de rester dans un débat de fond sur les bases minimales en termes à la fois éthique et moral, deux digues de valeurs qui ne doivent pas céder. Politique, ambition et éthique ne sont pas antinomiques. Tout est question de dosage pour allier les trois. Il faut un pare-feu moral pour rester sans risque dans l’alliage des trois.
Il faut rester en politique et dans la totale démocratie «ce pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres», comme disait Churchill. Rester en politique malgré tout est déjà un signe de conviction quant à la sincérité principielle de l’engagement premier.
Mamadou NDIONE
Économiste Écrivain
Conseiller départemental à Mbour
Responsable politique Apr Diass

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