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La grande marche de Mboro à l’actif de la Plateforme citoyenne «Mboro Sos», organisée ce samedi dans ladite commune, a été une occasion pour les populations de se scandaliser du dénuement profond dans lequel se trouve leur localité, malgré la présence de géants de l’industrie extractive comme les Industries chimiques du Sénégal (Ics) et la Grande côte opérations (Gco). Les populations disent «ne plus pouvoir accepter ce triste sort du pauvre mendiant assis sur une mine d’or». Et interpellent l’Etat sur les difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Vendredi 23 février 2018 : Une explosion d’un entrepôt clandestin de gasoil à Mboro fait 6 morts et un blessé grave évacué à l’hôpital El Hadji Abdou Aziz Sy Dabakh de Tivaouane. A l’origine du drame survenu à la cité Mariama, un soudeur métallique qui était en train d’exécuter des points de soudure. Et l’irréparable s’est produit quand les étincelles ont jailli pour aller endommager l’entrepôt en question. Explosif !
Depuis ce drame, la Plate­forme citoyenne «Mboro Sos», avec le soutien de plusieurs structures communales et zonales et surtout toutes les populations des communes de Mboro, Darou-Khoudoss, Taïba-Ndiaye et Méouane, «conscients du dénuement profond dans lequel se trouve la zone et à quel point elles sont exposées à de multiples dangers», s’organisent pour changer la donne. En rassemblement ce samedi pour une marche dans les rues de Mboro, cette plateforme exige que justice soit faite pour les victimes. Selon son président Ndiaga Ndiaye, si «un service de sapeurs-pompiers et un hôpital avaient été érigés dans la zone, le bilan n’aurait pas pu être aussi macabre». Mais, regrette-t-il, «cette tragédie a aussi mis en exergue le rapport très compliqué que les populations ont avec les normes sécuritaires, de même que les autorités qui ont de sérieux problèmes de protéger et de prévenir sur les nombreuses installations irrégulières dont la station Shell en chantiers à Diama­guène en est la dernière preuve». Par conséquent, M. Ndiaye déplore qu’une «station d’essence puisse être érigée jusqu’aux abords de nos concessions, mais également l’attitude de l’équipe municipale qui aurait pu marquer sa désapprobation et/ou tout au moins recueillir l’avis de ses administrés». Il ajoute : «Face aux risques réels d’incendie industriel, il convient de doter notre commune d’une Brigade des sapeurs-pompiers pour faire face.» Surtout que «le service de sapeurs-pompiers le plus proche est à plus de 20 km (Tivaouane)». Que dire des infrastructures sanitaires absentes dans la localité ? «Il est illusoire de se développer sans un hôpital de référence, surtout dans une zone fortement marquée par la pollution émanant des entreprises chimiques et minières qui entourent la ville», dénonce Ndiaga Ndiaye qui, devant les populations rouges de colère, fustige l’exploitation minière par les Industries chimique du Sénégal (Ics) qui pose de réels problèmes environnementaux. «Toutes les communes de la zone en souffrent. L’exploitation minière mérite une attention particulière. Pour cette raison, il n’est point exagéré d’exiger de la part des Ics un hôpital pour les populations vivant dans le périmètre industriel si l’on met sur la table l’impact de son activité sur la santé de ces dernières. Un hôpital de niveau 1 dans la zone aiderait à soulager nos pauvres parents retraités des Ics et dont la présence à cette longue marche témoigne de leur adhésion aux préoccupations que nous portons.» A ces problèmes s’ajoute l’exiguïté de l’espace communal. Ndiaga Ndiaye explique : «Mboro est devenue commune à la faveur du découpage administratif intervenu en 2002, mais nous vivons dans des conditions exécrables marquées par une exiguïté de notre espace, un épuisement des réserves foncières de la commune.» Ainsi, les populations demandent un nouveau découpage, car «face à une croissance urbaine de 8,34% liée à la présence des entreprises, à l’attractivité de la zone maraîchère, combinée au dynamisme des activités touristiques et maritimes, Mboro peine à supporter ses 30 mille âmes à cause d’un découpage qui ne lui dote que de 3,1 km2. Depuis le découpage de 2002, l’ancienne communauté rurale qu’elle a été s’est vu soustraire une bonne partie de son espace. Ainsi, d’une superficie de plus 324 mille ha, aujourd’hui la commune de Mboro évolue injustement sur une superficie de 310 ha. Avec l’Acte 3 de la décentralisation instaurant la communalisation intégrale et notamment la Phase 3 de cet Acte, l’on espérait une correction de toutes les incohérences territoriales constatées dans ce triste découpage». Mais, déplorent-elles «le rythme trop lent d’évolution du dossier de la commune de Mboro relatif à la réparation de cette injustice qu’elle subit depuis plusieurs années. Mboro étouffe et s’essouffle. Il convient alors de procéder dans les meilleurs délais à un nouveau découpage affectant à Mboro une superficie à la hauteur de son poids démographique, car la forte croissance de la population appelle impérativement à la révision des limites actuelles jugées restreintes et non conformes aux perspectives de développement de la commune». Ndiaga Ndiaye propose : «Ce découpage urgent que nous demandons à l’Etat doit nécessairement intégrer les localités de Touba Ndiaye, Khondio et Benau afin de permettre à notre commune un débouché maritime lui redonnant un bol d’air.»

Sans rien
Quant à l’emploi, il connaît un grand bond en  arrière. «Il y a un taux élevé du chômage et cela, malgré la présence d’entreprises les plus prestigieuses du pays voire de la sous-région, avec une recette annuelle de 159 milliards pour les Ics.» Et d’exiger «la prise en charge correcte du volet de la formation et du recrutement des jeunes de la zone». Ce, d’autant que «les Ics sont en train d’employer près de 400 Indiens dans leurs mines». Les populations  s’interroger : «Com­­ment a-t-on pu laisser les entreprises de la zone rester autant d’années sans recruter les jeunes de la zone avec pourtant plusieurs dizaines de départ à la retraite ? Pourquoi devons-nous, nous populations des communes de Mboro, Darou-Khoudoss, Taïba-Ndiaye et Méouane, souffrir d’un manque d’emplois malgré la présence dans notre zone de si grandes entreprises ?» Elles demandent de «procéder dans les meilleurs délais à l’élaboration de projets de recrutement et de développement au profit des collectivités impactées par l’activité minière des Ics, de la Gco, d’Africa energy et j’en passe». Pour les populations, à défaut de construire un lycée technique et industriel, il est urgent «de redynamiser et de rehausser la formation du Cifop afin de permettre un recrutement massif et qualitatif dans les entreprises de la place ». Non sans demander «la régularisation de la situation professionnelle du peu de travailleurs sénégalais recrutés dans les entreprises indiennes des Ics avec des types de contrat qui ne leur garantissent aucune couverture médicale sérieuse».
S’agissant de l’éclairage public, Ndiaga Ndiaye perd presque son latin : «Mboro sombre dans une pénombre inqualifiable. Ce qui doit vite être corrigé dès lors que l’autoroute à péage tout comme la future route côtière nous rapprocheraient davantage de Dakar. Ce qui naturellement poserait de sérieux problèmes de sécurité dans une commune sans service de police.» Entres autres doléances, le problème d’accès à l’eau potable du fait d’un réseautage incomplet, l’absence d’unités de stockage et de conservation de produits agricoles adéquats pour une zone largement connue pour ses productions maraîchères conséquentes, mais également un marché moderne. Aussi, une absence de structures de sécurité en dépit de la présence d’entreprises particulièrement polluantes parmi les plus géantes du pays voire de la sous-région et un stade multifonctionnel. Les populations fustigent l’arrêt des travaux du centre socio-culturel en chantiers depuis plus de deux ans et demandent l’érection d’une salle de spectacle et de studios d’enregistrement.
nfniang@lequotidien.sn

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