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Ancien ministre de la Bonne gouvernance, secrétaire général du gouvernement, éditorialiste réputé, journaliste d’investigation reconnu, Abdou Latif Coulibaly, nouveau ministre de la Culture du Sénégal, a un parcours du combattant. En prenant fonction avant-hier, il a promis de «bâtir et consolider l’identité» culturelle sénégalaise. Ses proches parents et amis le racontent.

Agé de 62 ans, (il est né le 20 octobre 1955 à Sokone), Latif Coulibaly, fils de Sokone, éditorialiste réputé, journaliste d’investigation reconnu pour ses enquêtes, ses reportages et autres articles qui font autorité dans le paysage médiatique de son pays, fait montre d’un franc-parler et d’un courage intellectuel qui font de lui l’un des meilleurs journalistes sénégalais contemporains. Durant une vingtaine d’années au groupe de presse privé Sud communication au Sénégal, il a assumé de hautes fonctions administratives et éditoriales. Homme de communication, il a dirigé durant plusieurs années l’Institut supérieur des sciences de l’information et de la communication de Dakar (Issic), une école de formation en journalisme et communication, créée par le groupe Sud communication. De lui, ces nombreux étudiants qui évoluent aujourd’hui dans diverses entreprises et institutions à travers l’Afrique retiennent «un homme de grande rigueur et un intellectuel d’une probité morale exceptionnelle». Les témoignages sur le net à l’annonce de sa nomination comme ministre de la Culture en disent long sur ce qu’il incarne pour cette jeunesse disséminée sur le continent africain.

Son «esprit solidaire» vanté
En mars 2009, après qu’il s’est retiré de la direction de l’Issic, Latif Coulibaly s’était lancé dans la publication d’un hebdomadaire (poil à gratter), La Gazette. Ce nouveau journal au format magazine, très rapidement, a été apprécié par beaucoup de patriotes et démocrates qui ont à cœur le développement et la consolidation du projet démocratique national… Son entreprise, La Gazette, a toujours été, selon certains de ces proches, «une entreprise familiale qui regroupait ses frères, amis, son homonyme, ses anciens étudiants et beaucoup de membres de sa famille». Mais deux ans plus tard, soit en 2011, M. Coulibaly quitte La Gazette et confie ce journal à son frère Pape Amadou Fall et à l’un de ses meilleurs amis d’enfance, Abdourahmane Diouf, qui devient ainsi le directeur de publication du journal. Ce fut alors que l’actuel ministre de la Culture annonça en 2011 son intention d’être candidat à l’élection présidentielle de mars 2012. Mais finalement, il se ralliera à Moustapha Niasse, candidat de la coalition Benno siggil senegaal.
A l’avènement du Président Macky Sall au pouvoir, Abdou Latif Coulibaly occupa son premier poste le 29 octobre 2012, en qualité de ministre de la Promotion de la bonne gouvernance et devient en plus porte-parole du deuxième gouvernement de Abdoul Mbaye. Plus tard, avec l’équipe dirigée par l’ancien ministre Mimi Touré, il sera nommé ministre secrétaire général du gouvernement. C’est ce poste qu’il occupa jusqu’à sa nouvelle nomination, il y a quelques semaines, comme ministre de la Culture. Ses amis le décrivent comme un fervent musulman qui est toujours là pour ses amis et les gens de Sokone. Selon son homonyme, il «est un homme juste, généreux et droit. Il ne fait pas de fausses promesses, il est accessible et aide les gens du mieux qu’il peut, dans toutes ses entreprises. C’est un homme à l’esprit solidaire».

Une plume anti-corruption devenue ministre
La lecture des titres des nombreux essais que le journaliste Latif Coulibaly a publiés ces dix dernières années s’apparente à un réquisitoire. Il y est question d’«alternance piégée», de «pillage organisé», de «démocratie prise en otage», de «contes et mécomptes»… Dans sa dernière enquête publiée en 2011, ce quinquagénaire affable et passionné dont le visage, tout en rondeur, tranche avec le ton inquisiteur de ses prises de position, dressait le portrait d’une «République abîmée». C’est donc sans surprise qu’on voit à lui confié le portefeuille de la Bonne gouvernance. Ce poste marque son entrée au gouvernement, mais aussi résonne comme un signal fort à ce que fut jusque-là son combat. Selon certains de ses amis, «c’est sa courageuse plume qui lui a valu cette promotion». «Il ne serait peut-être pas devenu ministre si, sous le régime Wade, il n’avait pas rédigé des brûlots très appréciés par les Sénégalais», mentionne l’un d’eux. Le passionné avéré de l’écriture qu’il est, avec une dose de bonne volonté, dit espérer pouvoir continuer à mériter la confiance du président de la République qui vient de lui confier un département en pleine mutation. Il veut à sa manière contribuer au développement de la zone de Sokone et du Sénégal en général.
Déterminé, le nouveau titulaire du département de la Culture confie que sa mission va consister à développer «notre identité par des programmes et projets culturels». «C’est notre identité qui sera porteuse de notre développement, c’est notre identité culturelle qui va nous le donner, c’est également les politiques culturelles que nous allons mettre en place à travers des projets et programmes qui nous permettront de développer une identité propre au Sénégal. On retiendra du Sénégal des routes et des autoroutes pour évaluer son développement», mais «cela ne nous différenciera pas des autres Nations. Or, nous avons quelque chose de spécifique chez nous et il faut que le gouvernement, à travers le ministère de la Culture, aide à développer cette identité», a-t-il affirmé dernièrement, citant André Malraux, ancien ministre français de la Culture. «C’est ma mission et celle de tous les acteurs culturels porteurs de culture, les individus pris isolément et les collectivités prises ensemble», a ajouté l’ancien porte-parole du gouvernement à l’issue du premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement qui s’est réuni jeudi dernier.

Son ambition pour le poste
Dans les colonnes de l’Aps, Abdou Latif Coulibaly avait également estimé que sa nomination au ministère de la Culture est à lier à une «passion» pour ce secteur. «Je ne peux pas me considérer comme un expert de la culture, ni d’ailleurs comme un professionnel, mais j’ai au moins une passion pour la culture», fait-il valoir. Il ajoute par ailleurs que sa plus grande force pour réussir dans la vie, ce sont ses amis d’enfance qui l’entourent, quelles que soient les fonctions qu’il occupe. Abdourah­mane Diouf, son ami et directeur de publication du journal La Gazette, témoigne : «Je suis avec Latif depuis l’âge de 6 ans. On est plus d’une dizaine. Il fréquente toujours ses amis d’enfance. Lorsqu’il a créé le journal La Gazette, il m’a appelé pour que je sois le directeur de publication. J’étais au journal Le Soleil. Et lorsqu’il m’a appelé, j’ai légué mon poste à une autre personne. Et depuis qu’il a quitté le journal jusqu’à ce jour, il ne sait même pas comment fonctionne La Gazette. Donc c’est quelqu’un qui est d’une générosité extraordinaire». «Latif Coulibaly est loyal dans tout ce qu’il fait. Malheureusement, les gens ne le comprennent pas… Aujourd’hui, on pouvait être des millionnaires, des milliardaires même, parce qu’on a tout reçu, les gens viennent dans nos bureaux pour nous proposer des choses extraordinaires et nous refusons. Et comme il le disait : notre devoir c’est de travailler dans l’honnêteté et la déontologie. Donc sur ce plan-là, il n’a pas d’égal», persifle M. Diouf.
Est-ce à dire que Latif Coulibaly est un homme parfait et sans défaut. Non. Mais pour souligner ses défauts, l’actuel directeur du journal La Gazette chante encore des louanges à peine voilées sur son mentor. «Son principal défaut, c’est qu’il n’aime pas l’injustice. On ne se cache rien du tout. Si j’ai quelque chose à lui dire, je vais dans son bureau et je lui dis exactement ce que je pense et c’est comme ça que nous fonctionnons», relève-t-il. Avant de poursuivre : «Latif, c’est quelqu’un qui aime trop son terroir Sokone. Latif, ce n’est pas un politicien, mais un homme politique parce que ce que font les politiciens, lui ne le fera jamais. Il tient ses promesses, c’est quelqu’un qui donne son numéro à n’importe qui… Il n’y a pas un seul Sokonois qui n’a pas le numéro de Latif. Je vois ça comme un défaut parce qu’il est accessible à n’importe qui. Les gens qui disent qu’il n’est pas accessible sont de mauvaise foi. Tout ce qu’il a de plus cher, c’est Sokone.»

Sokone, une vision et beaucoup d’espoir
Selon cet ami d’enfance, les gens ont fait beaucoup de choses pour lui nuire à Sokone. Mais Latif Coulibaly n’a jamais courbé l’échine. Il est resté toujours ouvert. La preuve, insiste-t-il, «c’est l’une des raisons pour lesquelles il a gagné à Sokone». «Tous les gens qui n’étaient pas avec lui sont aujourd’hui avec lui», détaille-t-il en plus, informant que «beaucoup de jeunes Sokonois qui ont réussi aujourd’hui le doivent à Latif Coulibaly». Mais «il ne peut pas tout faire. Latif n’est pas un milliardaire, ni un entrepreneur. Si les gens pensent qu’il peut tout faire, ils se trompent. Je ne le dis pas parce que je suis son ami. Non…», renseigne Abdourahmane Diouf. En réalité, Latif Coulibaly, selon de nombreuses confidences, a des rêves pour Sokone. Et c’est ce qui fait qu’il ne rate plus l’occasion de s’imposer politiquement dans cette localité qui l’a vu naître. Après la bataille des Législatives, il est sûr que le nouveau ministre affute déjà ses armes pour la Présidentielle.
Marié à Diaratou Sow, Abdou Latif Coulibaly est père de 3 enfants. Deux filles et un garçon. L’aînée, Ramatoulaye Coulibaly, est mariée. Il est aussi le papa de Dorine Coulibaly, homonyme de sa mère, et le garçon, Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly, homonyme de son grand frère.

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