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27 ans de carrière, ça se fête ! C’est ce que s’apprête à faire l’ancien lutteur Boy Kaïré à travers un jubilé prévu le 22 octobre prochain au stade Iba Mar Diop. Retour sur les quelques étapes ayant jalonné la riche carrière de 27 ans du père de Diène Kaïré que Le Quotidien est allé rendre visite, chez lui à Keur Ndiaye Lô. Portrait.

Riche d’un palmarès où on dénombre plus d’une trentaine de combats, Boy Kaïré a débuté sa carrière en 1983. «En ce moment-là, la licence n’était pas exigée pour être lutteur», note l’ancienne gloire des arènes.
Agé de 15 ans à cette époque, le jeune athlète émargeait à l’écurie Mermoz qui l’a formaté sous la direction de l’entraîneur Kamal Salamé. Se montrant très reconnaissant à l’endroit de son formateur, l’ancien pensionnaire de Soumbédioune dit avoir profité des bienfaits de son mentor à l’image des autres lutteurs qui ont eu à poser leurs pénates à Mermoz.

«Kamal Salémé a beaucoup fait pour nous»
«Kamal Salémé a beaucoup fait pour nous. En plus d’être notre encadreur, il nous venait en aide sur le plan financier. C’est lui qui a formé les Mor Fadam, les Mbitte Ndiaye, Boy Kayré 1 et autres», tient à souligner celui qui s’apprête à fêter ses 27 ans de carrière ce dimanche 22 octobre.
Son dernier combat dans l’arène, c’était en 2013 contre Bathie Séras. Bien que battu par ce dernier, Boy Kaïré dit avoir trouvé un réconfort psychologique en voyant son fils, Diène Faye, qui luttait le même jour, venir à bout de Diégui Sirate. «A chaque fois que j’apercevais Diène Kaïré, j’avais de la chair de poule. Je disais dans mon intime conviction qu’il fallait qu’il gagne son combat. Et cela quel que soit le sort qui me sera réservé contre Bathie Séras», explique-t-il.
Ne pouvant suivre la prestation de son fils, Boy Kaïré dit s’être détourné de l’enceinte où évoluait son rejeton. Ce n’est qu’en voyant ses accompagnants lui sautaient dessus qu’il dit s’être rendu compte que Diène avait fini par terrasser son adversaire. «C’était comme une délivrance», avance t-il. Très fier d’avoir construit un toit à Keur Ndiaye Lô à quelques jets de pierre de Rufisque, Boy Kaïré de souligner que le fait d’avoir réussi à se construire une bâtisse relève d‘une réussite sociale et donne raison à ceux qui avaient cru en lui en acceptant de lui tracer une voie dans la lutte. «Un vieux me disait que le pire accident de travail c’est de ne pas se construire une maison une fois avoir pris sa retraite», fait-il remarquer. Disposant de la possibilité d’aller au bout de sa carrière avec les deux ans qui lui restaient à honorer, l’ancien lutteur a décidé de l’écourter en prenant sa retraite à 43 ans alors que 45 ans est l’âge officiel.

«J’ai décidé de prendre une retraite anticipée parce que je ne parvenais plus à battre mon fils aux entraînements»
Boy Kaïré dit avoir pris cette décision après avoir pris conscience des difficultés qu’il éprouve à se défaire de son fils lors des entraînements. «Je ne parvenais plus à battre mon fils aux entraînements. Je me suis rendu compte que le moment était venu de mettre fin à ma carrière en prenant une retraite anticipée à 43 ans», indique-t-il. L’autre argument brandi est qu’il en avait assez de mettre encore son corps à rude épreuve.
Sur sa présence dans l’arène, Boy Kaïré dit la devoir surtout à son grand-père et homonyme qui lui a inoculé le virus de la lutte en l’amenant dès le bas âge à suivre avec lui les séances de lutte simple à la Médina. Un quartier où il a vu le jour. De 100 mille francs comme premier cachet empoché lors de son premier combat de lutte avec frappe, l’ancien poulain Kamal Salémé s’est retrouvé avec 20 millions au cours du Championnat de lutte avec frappe (Claf) où il a été battu en finale par Modou Lô.

Tapha Guèye, le lutteur qui l’a le plus impressionné
D’ailleurs concernant les cachets, il considère la jeune génération beaucoup plus chanceuse que la tienne. «Au moment où je gagnais 100 mille francs pour mon premier combat, Diène Kaïré empochait 2,5 millions pour son baptême du feu. Cela prouve le fossé qui existe entre nous et la jeune génération», constate-t-il.
S’il entrevoit avec beaucoup d’espoir l’avenir de son fils, Diène, Boy Kaïré révèle que Moustapha Guèye est le lutteur qui l’a le plus impressionné de par sa large palette technique. Considéré comme le «Messi de l’arène», le 2ème Tigre de Fass était à deux doigts de croiser Boy Kaïré. Ce dernier dit l’avoir défié pour un combat de clarification après deux nuls obtenus contre le Fassois en lutte simple.

«Les amateurs de la Médina n’ont jamais voulu de mon combat contre Tapha Guèye»
«Les amateurs habitant la Médina n’ont jamais voulu de ce combat. C’est ainsi que ces derniers sont intervenus pour que ce duel ne se tienne. Et c‘est dans ces circonstances que j’ai rejoint l’écurie Fass», mentionne celui qui dit s’être marié très tôt, à l’âge de 19 ans. Ce qui lui vaut de pouvoir compter sur son fils, Diène Kaïré, pour entretenir l’héritage qu’il lui a légué.
Tenace mais moins musclé que Bombardier, Boy Kaïré avait fini par tenir tête au géant de Mbour. Poussant ce dernier, réputé être une montagne infranchissable, à puiser au plus profond de ses ressources pour prendre le meilleur sur lui. Ce combat livré contre l’actuel «Roi des Arènes» est celui qui a le plus marqué le père de Diène. Les souvenirs de cette explication ont du mal à s’effacer de sa mémoire.
Alors qu’il observe une retraite sportive depuis trois ans. Sorti des moules de l’écurie de Fass qu’il a quittée, Boy Kaïré vivait son baptême du feu sous les nouvelles couleurs de l’écurie Soumbédioune qu’il avait créée.

«Je n’oublierai ja­mais mon combat contre Bombardier… »
Voulant réussir quelque chose de grandiose, il dit avoir été conscient de ne pas faire dans la facilité en choisissant de croiser le mastodonte de Mbour. Selon lui, ce combat est celui qui compte le plus dans sa riche carrière de 27 ans. «Je n’oublierai jamais mon combat contre Bombardier. J’ai toujours du plaisir à me rappeler de ce duel malgré le revers que j’y ai connu. Après avoir quitté Fass pour mettre sur pied l’écurie de Soumbédioune, je n’ai pas voulu me tracer une voie facile. C’est pourquoi je me suis engagé à croiser le chemin de Bombardier contre la volonté des membres de mon écurie qui ne voulaient pas de ce combat. En fait, j‘avais voulu prouver quelque chose lors de ce premier combat que je livrais sous mes nouvelles couleurs. J‘avais voulu justifier mon choix de voler de mes propres ailes», raconte Boy Kaïré qui avait disputé ce combat en 1999.
«En cette période, les combats étaient plus durs qu’aujourd’hui parce qu’ils duraient 45 minutes. Et c‘est au moment où l’on s’approchait de la fin du temps réglementaire que Bombardier est parvenu à me battre mais difficilement», s’enorgueillit Boy Kaïré qui se réjouit d’avoir rendu la tâche difficile à Bombardier lors de ce duel.
«Je me suis mis à échanger des coups avec Bombardier. Et cela a subjugué les amateurs qui sont tombés sous le charme du courage que j’ai déployé en ne fuyant pas la bagarre contre le robuste Bombardier qui aujourd’hui est le «Roi des arènes»», se rappelle l’ancien lutteur tenant un chapelet au bout du bras. «Ce fut un combat historique», se remémore le père de Diène Kaïré qui promet que ceux qui se déplaceront pour suivre son jubilé auront l’occasion de revivre ce combat sur écran géant.
L’autre combat qui l’a marqué est celui livré contre Eumeu Sène. Investi d’une fougue de jeunesse et d’une dose de confiance qu’il tire de sa sélection en Equipe nationale, Eumeu Sène avait cru battre facilement l’ancien pensionnaire de Soum­bédioune. Mais ce dernier avait fini par avoir le dernier mot sur lui au bout d’un combat âprement disputé et qui s’est déroulé en 2000. «Me battre relevait d’une entreprise très difficile à réaliser. Parce que mon combat contre Bombardier m’avait motivé.»
S’apprêtant à organiser son jubilé pour fêter ses 27 ans de carrière, Boy Kaïré compte le faire sous forme de Vsd (20, 21 et 22 octobre). Il compte proposer un programme haut en couleurs qui sera clôturé le dimanche par un combat de lutte à Iba Mar Diop en plein cœur de la Médina qui se trouve être son fief. Un match de football entre l’Association des lutteurs et l’Association des anciens internationaux de la Médina sera au menu du programme, à en croire l’ancien lutteur qui compte impliquer la star Youssou Ndour pour un show inédit.

Le Cng doit impliquer les anciennes gloires
Sollicitant l’appui de l’Etat, du ministre des Sports et des Sponsors pour mobiliser le budget nécessaire à l’organisation, le père de Diène Kaïré considère l’écurie Soumbédioune comme le cordon ombilical qui va continuer à le relier à la lutte.
Trois jours par semaine, l’ancien pensionnaire de Fass quitte Keur Ndiaye Lô pour se rendre à l’écurie de Soumbédioune pour jouer sa partition dans l’encadrement des jeunes lutteurs dont ses deux fils, Diène et Mbagnick.
Par rapport à la marche de la lutte, Boy Kaïré estime que le mal qui ronge le monde de la lutte, avec surtout en toile de fond la crise économique, pourrait être résolue que si le Cng accepte d’impliquer les autres segments de la lutte, comme les anciennes gloires, pour se pencher sur la question.

Le vert, une couleur porte-bonheur pour Soumbé­dioune
Quid du concept des bérets verts ? Sur le symbolisme que revêt cette trouvaille, notre interlocuteur «de soutenir que le vert est considéré par Soum­bédioune comme une couleur porte-bonheur».
En guise de témoignage, son ami Ousmane Paye est revenu sur la finale du Championnat de lutte avec frappe (Claf) qui a vu Boy Kaïré mordre la poussière face au Roc des Parcelles Assainies après l’avoir mis Ko. «Ce combat reste mémorable pour nous. Parce que nous avions la certitude de battre par Ko Modou Lô. Une intime conviction qu’on tenait d’un marabout investi d’une science sans faille et dont les prédictions se révèlent exactes. Ce n’est qu’une fois au stade que le camp de Modou Lô a tourné les choses en sa faveur», a confié dépité celui qui dit entretenir des relations d’amitié depuis des années avec son pote Boy Kaïré et Lac de Guiers 1. «Ce sont deux amis qui sont ensemble depuis leur tendre enfance. Rien ne pourra gâter leur relation», a certifié Ousmane Paye.
Vantant le calme olympien qui caractérise Boy Kaïré, Ousmane Paye ne lui trouve presque pas de défaut. Il le crayonne sous les couleurs d’un «homme parfait», qui n’aime pas l’injustice. Côté gourmet, c’est quelqu’un qui aime se gaver de viande et de poulet avec la préparation assurée seulement par sa douce moitié, révèle Ousmane qui loue le côté entrepreneurial de l’ancien lutteur de Soumbédioune qui travaille au Casino en tant que responsable de la sécurité.

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