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Pour raconter Abderrahmane Sissako, la réalisatrice française Valérie Osouf a fait le pari de faire le portrait de ses lieux de tournage. De la cour familiale de Sissako à Hamdalaye au Mali, jusqu’en Russie, en Chine et à New York, l’auteur a suivi les pas du cinéaste mauritanien pour éclairer sa démarche.

Abderrahmane Sissako se raconte à travers ses films et la réalisatrice Valérie Osouf a choisi de le raconter à travers les lieux de tournage de ses films. Abderrahmane Sissako : par-delà les territoires rend compte de cette aventure. Le film a été projeté le mercredi dernier au Centre culturel français de Dakar. La réalisatrice Valérie Osouf explique avoir choisi de faire le portrait de ce cinéaste mauritano-malien en allant sur les territoires où lui-même a tourné et qui le racontent. Ainsi, de la cour familiale de Sissako à Hamdalaye au Mali, jusqu’en Russie, en Chine et à New York, l’auteur a suivi les pas du cinéaste pour éclairer sa démarche. Une démarche que Sissako explique en ces mots : «Je ne vais pas chercher loin. Je vais me raconter parce que quand on se raconte, on touche l’autre.» Le réalisateur qui a enchanté Cannes avec sa dernière œuvre Timbuktu peint le continent par le biais de ses propres expériences. Issue d’une famille d’érudits du côté de son père et d’une tribu guerrière de l’Adrar par sa mère, Sissako est l’homme aux semelles de vent, selon un des personnages du film. Pour un autre, sa double culture fait de lui un homme qui comprend toutes les cultures et accepte les différences. Abderrahmane Sissako, en se racontant dans le film, explique être venu au cinéma par amour. «Et je lie ce métier très fortement à ma vie», dit-il.
Obligé de fuir le Mali après des émeutes estudiantines, il se retrouve chez sa mère en Mauritanie. Arrive à Nouadhibou à 19 ans pour retrouver une mère qu’il ne connaît que très peu ces moments, il les immortalise dans un film. Ce bref passage va ainsi lui inspirer une de ses œuvres majeures, En attendant le bonheur, qui va obtenir l’Etalon du Yennenga au Fespaco en 2003. Après la Mauritanie, cap sur la Russie où il étudie le cinéma à la célèbre académie Vgik. C’est là qu’il tourne ses premiers films, dont Octobre qui assoit sa notoriété sur la scène internationale. Dans le film de Valérie Osouf, sa voix accompagne la réalisatrice et lui sert de guide pour revisiter le passage dans cette ville où il a vécu plusieurs années après ses études. Quand, pour un projet d’une télévision française, on lui demande de réaliser un film sur l’An 2000, il se rend alors dans le village de son père et y tourne La vie sur terre, un film pour son père, selon Mme Osouf. «Le cinéma c’est comme une langue et on la parle avec notre propre intonation. Et c’est comme ça qu’on se crée sa voie», confie le cinéaste dont le rapport au temps est examiné à la fois par la réalisatrice, mais aussi par son ami philosophe Chab Touré.
Au terme de la projection, Valérie Osouf estime avoir dit ce qu’elle voulait dire sur Sissako. «Dès le départ, je pressentais qu’il fallait passer par les lieux et le cinéma, contrairement à Arte qui voulait faire une biographie.» A la place, la réalisatrice est allée sur la trace de ses films. Abderrahmane n’a jamais cherché les millions, confie-t-elle. «Ce qui l’intéresse, c’est qu’est-ce qu’il peut raconter et c’est totalement sincère. C’est pourquoi il y a du temps entre chacun de ses films. Entre Bamako et Timbuktu, il y a 8 ans. Et le prochain film qu’il prépare, il pouvait le financer en six mois, mais il prend son temps. Ça aussi, c’est une forme de résistance en fait», confie Valérie Osouf.

mamewoury@lequotidien.sn

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