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A l’occasion du Maouloud, célébrant la naissance du prophète Muhammad (Psl) le moment est venu de faire connaitre deux personnages historiques de l’Islam, ne serait-ce qu’avec quelques lignes griffonnées par-ci par-là, histoire de montrer que l’Islam, la religion dominante au Sénégal, a épousé des contours différents et donné naissance à des figures maraboutiques tout aussi différentes et valeureuses selon leur époque.

Voici Mamadou Lamine Dramé, le grand résistant à l’assimilation coloniale. L’homme au destin émouvant et tragique. Voici le grand religieux Soninké qui voulait construire un empire musulman en Afrique de l’Ouest pour faire face au projet impérialiste de la France coloniale. Mamadou Lamine est né près de Kayes, dans l’actuel Mali, vers 1840. Fils d’un marabout Soninké, Mamadou Lamine reçut une forte éducation islamique dès le bas âge auprès de son père à Bakel. Trop jeune pour suivre Cheikhou Oumar dans sa lutte armée, Mamadou Lamine baigna tout de même dans l’esprit de refus et de résistance à l’assimilation coloniale créé par le Jihad de Cheikhou Oumar Al Foutihou. Il se rendit à la Mecque, y resta pendant 7 ans et retourna lentement vers son pays. Une réputation de sainteté commence à naitre à l’évocation de son nom et des fidèles commencèrent à affluer de partout vers cet homme qui a très tôt compris les enjeux géopolitiques de l’époque et le combat culturel lié à la pénétration coloniale. A son arrivée «les blancs» étaient déjà bien installés. Néanmoins Mamadou Lamine souleva une lutte armée et mena la vie dure au colonisateur leur infligeant de lourdes perdes surtout à la bataille autour du poste de Bakel de février à avril 1886. Traqué par les colons et leurs alliés africains qui le voulaient mort ou vif Mamadou Lamine fut gravement blessé à N’Goga Soukota près des rives de la Gambie. Il succomba à ses blessures le 12 décembre 1887. La trahison et la disparition de cet illustre résistant provoqua la soumission des peuples du Sud du Sénégal jusqu’à la Gambie et la jonction des possessions françaises du Soudan avec le Sénégal.
Quant à Cheikh Moussa Kamara il est sans conteste l’un des plus grands savants que la terre du Sénégal et même l’Afrique ait porté. Il vous suffira de faire un tour à l’Institut Fondamental d’Afrique Noire (Ifan) pour être édifié sur la stature et l’ampleur de ce savant originaire de la région naturelle du Guidimakha, né à Gouriki Samba Diom dans les confins de Matam en 1864.
Immense lettré en langue arabe Cheikh Moussa Kamara est un historien illustre dont la lecture est indispensable pour comprendre la vie des hommes qui ont habité le nord du Sénégal dans la deuxième moitié du 19ème siècle. En effet Cheikh Moussa Kamara s’est évertué dans une grande partie de ses œuvres à décrire et analyser les hommes de son époque. Ce qui fait de lui le plus illustre des anthropologues du Sénégal, reconnu en cela par d’éminents chercheurs dont David Robinson. Aujourd’hui des savants de la diaspora noire particulièrement du Brésil viennent compulser son œuvre pour en savoir plus sur cet érudit dont un petit fils d’El Hadji Oumar dira ces propos qui se passent de commentaire «Cheikh Oumar n’est supérieur à cet homme que parce qu’il était guerrier, la différence, la seule, est que celui-ci ne porte pas d’armes». Cheikh Moussa a adopté le rite Qadiriya après avoir fait ses humanités dans tous les foyers savants du Nord du Sénégal et de la Mauritanie glanant l’essentiel du savoir en grammaire, en théologie, en droit avant l’âge de 23 ans. Cheikh Moussa Kamara est un surdoué précoce,  un don qu’il n’hésita pas à dire dans son autobiographie intitulée «Biographie pour contenter l’effrayé, l’inquiet dans la grâce étendue d’ALLAH, le Généreux, le Bienfaiteur» :
«Malgré mes dons intellectuels, je m’amusais beaucoup, je flânais souvent en restant peu de temps auprès de mes maîtres, aussi je n’ai développé mes connaissances qu’avec des lectures personnelles. Et c’est un don du ciel que j’ai compris la majeure partie du contenu des ouvrages que j’ai lus.» Cheikh Moussa a impressionné tous les savants et souverains de son époque qui lui vouaient un immense respect malgré sa nature polémiste,  du Fouta Toro à Dinguiraye en Guinée, en passant par la Mauritanie. Il était l’ami des plus grands africanistes de l’époque dont Maurice Delafosse.  Cheikh Moussa Kamara a laissé à la postérité un volume impressionnant d’ouvrages allant de l’Histoire, à la Littérature, au Droit, à l’Anthropologie, à la Théologie et à la Sociologie. Jusqu’ici son œuvre n’a pas été l’objet d’une compulsion critique et systématique Cheikh Moussa est aussi un poète inspiré dont les vers sont aujourd’hui déclamés par des chanteurs religieux qui ne le connaissent pas.
Ce grand Africain auteur du fameux «Zouhour Al Baçatine : florilège au jardin de l’histoire des noirs» qui avait une réputation de sainteté s’est éteint en 1945.
Nous pouvons retenir donc que le besoin impérieux et pacifique de fondation d’un Islam orthodoxe fondé sur la science et la justice a donné le grand Qadi Ammar Faal et sa célèbre université de Pire, la  violence inégalitaire de la  féodalité Denniankobé a provoqué la résistance intellectuelle et armée de Thierno Souleymane Baal, la violente pénétration coloniale a fait comprendre à  Cheikhou Oumar et ses épigones Mamadou Lamine Dramé, Amadou Cheikhou, Ahmadou Ndack Seck de Thiénéba et Maba Diakhou Ba qu’il fallait défendre les sociétés africaines et recréer des Etats puissants sous la bannière islamique, les suivants El Hadji Malik Sy , Cheikh Ahmadou Bamba et  El Hadj Abdoulaye Niasse plus jeunes, ceux de la dernière génération,  ont été confrontés aux impératifs d’éducation spirituelle essentiellement. Il fallait s’installer dans le cœur du système éducatif des masses pour empêcher le colonialiste d’accomplir son œuvre d’assimilation. Ce fut l’occasion d’une guerre secrète, mystique, intellectuelle et  finalement la popularisation de l’Islam, qui donc, est une œuvre commune embrassant toutes les époques  depuis les Almoravides et la conversion des premiers souverains africains.

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