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Excisée au berceau, Fatoumata Tamba dite Bébé Tamba est une laborantine. Elle travaille à l’hôpital de Sédhiou et est une militante engagée pour l’abandon des mutilations génitales féminines.

Dans une autre vie, elle aurait pu être exciseuse, mais elle a choisi une autre voie qui la conduit à se battre contre cette pratique. Laborantine à l’hôpital de Sédhiou, Fatoumata Tamba dite Bébé Tamba lutte sans relâche contre l’excision. «L’une de mes grands-mères, raconte-t-elle, était exciseuse. Heureusement qu’elle n’est plus de ce monde, sinon c’est moi qui l’aurais tuée en lui répétant chaque jour que je ne lui pardonne pas de m’avoir excisée», se plaint Bébé Tamba. Depuis la mort de sa grand-mère, personne n’a voulu perpétuer cet héritage dans la famille. Mais le mal était déjà fait, car elle aura elle-même subi l’initiation au berceau. «Il paraît que j’avais un mois quand on m’a excisée», confesse-t-elle. Aucun souvenir ne remonte évidemment en surface, mais la blessure est toujours béante. Par conséquent, son engagement s’explique. Sa profession, doublée de son rang de présidente de groupement féminin et d’animatrice à la radio de Sédhiou, lui a permis d’entrer dans l’intimité des victimes et de mesurer les conséquences néfastes de la pratique. C’est ainsi qu’elle vit au quotidien cette épreuve. «L’excision peut briser des ménages, apporter des complications lors des accouchements ; d’où mon engagement pour mettre fin à ce fléau et ainsi épargner les futures générations», dit-elle en indiquant recevoir dans ses confidences à la radio, comme chez elle, des victimes qui n’en veulent plus de leur union, faute de plaisir quand elles ont des relations sexuelles avec leur conjoint. «Une fille m’a avoué qu’elle ignore ce qu’est l’amour, le plaisir. Cette fille-là ne va pas valoriser son ménage parce qu’elle n’y sent aucun bonheur et cherche à partir. Donc l’excision a brisé ce ménage», argumente Bébé Tamba.
Célibataire, Bébé Tamba a la peur au ventre et redoute la nuit de noces ainsi que l’accouchement. Elle s’étrangle quand elle pense au mariage à force de voir et d’entendre les souffrances de ses confidentes et auditrices qui sont victimes de cette pratique. «Comme je suis victime, j’ai peur parce que je l’ai subie dans mon berceau. Et lors de mes émissions radios, une fille m’a expliqué hors ligne sa peur du mariage parce qu’elle devra alors entretenir des rapports avec son mari. Elle m’a dit qu’elle a une fois tenté l’acte, mais n’a pas pu, car cela lui faisait tellement mal. La façon dont cela a été fait a laissé une boule sur place. Elle aurait même honte de se déshabiller devant son conjoint», confesse Bébé Tamba. Attendrie par cette révélation, elle cherche les voies et moyens d’envoyer à Dakar son auditrice afin de la faire bénéficier d’une opération pour se débarrasser de sa boule.
Optimiste et patiente sur la fin de l’excision qui est en train de reculer dans la commune de Sédhiou, elle continue sa sensibilisation et parfois fait dans l’intimidation pour dissuader les récalcitrantes. «Dans une génération, il n’y aura plus d’excision parce que je ne vais pas le faire à mon enfant. Si ma petite sœur ne le fait pas ainsi que bien d’autres jeunes, la pratique va disparaître», se persuade-t-elle. La pratique, étant l’apanage des vieilles et autres personnes non instruites, disparaîtra avec la mort certaine de ces vieilles praticiennes «qui n’en ont heureusement plus pour longtemps», selon Mlle Tamba. Elle est en outre convaincue que l’éducation et la sensibilisation de tous vont aider à accélérer la fin des mutilations génitales des filles. La trentaine révolue, elle focalise ses interventions sur les jeunes qui incarnent l’avenir du pays. «Si on arrive à convaincre les jeunes d’aujourd’hui qui vont devenir les parents de demain, la pratique ne sera qu’un vieux, lointain et mauvais souvenir», espère-t-elle. Rien de plus…

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