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Secrétaire générale de l’Union nationale des femmes coopératrices du Sénégal (Uncs) et présidente de l’Union régionale des coopératrices de Diourbel, Louise Ngom Ndiaye est une femme de développement, qui exploite avec son mari un périmètre maraîcher d’un ha et demi. En ce 8 mars, dédié à la femme, Le Quotidien dresse le portrait de cette femme, qui touche presque aux étoiles.

Noirceur d’ébène, taille moyenne, accessible, Louise Ngom Ndiaye est une femme qui force l’admiration. Bientôt la soixantaine, elle ne passe pas inaperçue à Diourbel en général et au quartier Champs de courses en particulier. Ibrahima Faye, président de Baol environnement, une structure qui s’active dans la défense et la protection de l’environnement, qui fréquente cette femme depuis plusieurs années, témoigne : «C’est une battante. Une femme avide de connaissances. C’est la raison pour laquelle, elle a tout fait pour se former. Aujourd’hui, elle constitue une fierté pour nous tous acteurs de développement.» Depuis 1996, elle s’active dans les activités  génératrices de revenus.  Femme au foyer et devenue véritable actrice du développement, la native de Vélingara a fait ses humanités à l’école élémentaire Sainte Bernadette de Ngueniène. Admise au Bfem en 1981 au Collège d’enseignement moyen de Joal Fadiouth, elle sera orientée au lycée Blaise Diagne de Dakar. Après une tentative infructueuse au baccalauréat, elle va faire une formation professionnelle en comptabilité. Avec le décès de son papa et n’ayant plus de soutien pour payer ses études, elle n’a pu décrocher le Bts en comptabilité. Elle va rencontrer son mari en service à l’hôtel Sofitel teranga. El Hadji Mamadou Ngom, professeur de cuisine à la retraite, confie : «C’est une femme correcte. Depuis 35 ans que je l’ai connue et épousée, je n’ai pas regretté un seul jour d’avoir demander sa main. Je suis fier d’elle. Le choix de l’avoir autorisée à s’activer dans le secteur du développement a été un choix judicieux. Le fait qu’elle s’absente beaucoup n’est rien. Depuis notre mariage, elle ne m’a jamais appelée par mon prénom. Depuis cinq années, c’est elle qui m’habille durant les fêtes de Korité et de Tabaski. Elle m’a même demandé l’autorisation d’immoler un mouton de Tabaski.» Après trois décennies de mariage, il est toujours baba devant les qualités de son épouse : «Des femmes comme Louise, se comptent du bout des doigts dans cette région où souvent, les femmes se chamaillent avec leurs époux parce qu’ils n’ont pas acheté des habits pour elles. Elle a vaincu les clichés en cours dans le Baol où il était fréquent de dire que les femmes qui venaient de Dakar ne peuvent pas être de bonnes épouses. C’est le contraire de Louise. J’aurais souhaité que les gens ne pensent plus comme ça. Cela doit être un mauvais souvenir. Elle ne veut que la réussite des femmes du Sénégal. Elle ne m’a jamais fait du tort durant toutes ces années de vie commune. Pour ce 8 mars, je lui ferai une surprise.» Faute de moyens et n’ayant personne pour s’occuper de ses enfants, elle devient femme au foyer. «En 1996 à son retour à Diourbel, elle va s’activer dans le développement parce que pensant que c’est le meilleur credo pour aider toutes ces femmes laissées à elles-mêmes. Elle va faire la connaissance de Thioro Fall. Par l’entremise de Fatou Pouye, une nièce à elle, elle a adhéré à un groupement de coopérative parce qu’il y avait peu de femmes dans ces coopératives. Avec son niveau d’études, elle a aidé à monter le groupement.» Humble et effacée, elle va décliner le poste de présidente de groupement qui lui a été proposé. Avec des cotisations de 100 francs par mois, elle a pu avec ses sœurs épargner 200 mille F Cfa. L’union régionale des coopératives va leur allouer une subvention de 500 mille francs. Avec cette somme, elles ont pu faire des prêts tournants pour les femmes des quartiers de Champs de course et Diourbel Tock. Le groupement a été dissous sur la proposition des femmes alors qu’il y avait en caisse 4 millions.  Avec ce poste de secrétaire de groupement, elle est devenue plus tard présidente régionale des femmes coopératrices de Diourbel. Malgré les 32 années de vie conjugale, elle  ne tarit jamais d’éloges si elle parle de son mari. Sa journée, elle les partage entre l’Urcad, l’exploitation agricole et les autres activités. «Elle peut s’absenter pendant dix jours», dit son mari. Interpellée sur sa plus grande satisfaction, elle avance le fait d’avoir mis en place une unité de savonnerie et une unité de transformation au niveau de l’union régionale. Quel est votre regret ? «Mon seul regret, s’il y a regret, c’est de n’avoir pas été là toujours lorsque mes enfants avaient besoin de moi. C’est ce qui  fait que je n’ai pas pu m’occuper comme je l’avais voulu de leurs études.  Je n’ai pu les encadrer. Ma petite sœur était là.»

«Ma femme est…»
Donnant son point de vue sur les crédits alloués par l’Etat, elle fustige cette façon de faire : «Quand tu ne fais pas de la politique, tu es marginalisée en quelque sorte et c’est notre cas. Les financements de Moustapha Diop (Ndlr : ministre délégué à la Microfinance), nous ne connaissons pas. Voyez les machines et moulins, on les donne à des femmes qui n’en ont pas besoin et qui ne savent pas comment les utiliser. Par exemple si le Gouvernement s’appuyait sur notre organisation, il pouvait réussir beaucoup de choses dans le cadre de l’allégement des travaux de la femme et aussi dans la vulgarisation du Pse (Programme Sénégal émergent). Si on avait des financements, on allait mettre en place de grandes unités de transformation des céréales et des unités de savonnerie avec des salaires et cela pourrait aider à autonomiser les femmes.» Que faire ?  «Les taux sont élevés. La situation sociale des femmes ne peut leur permettre de payer. Nous avons fait des prêts rotatifs et des crédits campagnes pour épauler les femmes pour aller vers leur autonomisation mais rien. Les taux d’intérêts pratiqués au niveau des mutuelles ont toujours constitué des blocages pour les femmes. Les financements du Fongip ? On a donné l’information mais beaucoup de femmes n’ont pas été financées parce que les premières n’avaient pas remboursé.»
Loin d’être obnubilée par le 8 mars dédié à la femme, Louise Ngom Ndiaye poursuit sa vie comme si de rien n’était. Elle dit : «On dit que c’est la Journée de la femme mais pour nous du 1er janvier au 31 décembre, chaque jour est une journée de la femme. Quand on dit une journée de la femme, il fallait dire aussi journée de l’homme.» Dans ce pays où le débat sur la parité fait toujours rage malgré les avancées, Mme Ndiaye lance un appel au sexe fort : «Je demande aux hommes d’être plus compréhensifs à l’endroit de leurs femmes. Si mon mari était là, il allait dire que je ne m’occupe plus de lui parce que souvent je suis absente. S’il n’y a pas de compréhension mutuelle…» Il n’y a d’émancipation?
badiallo@lequotidien.sn

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