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Serigne Pape Malick Sy repose, depuis hier, aux côtés de son frère et tuteur, Serigne Cheikh Tidiane Sy «Al Makhtoum», après son rappel à Dieu ce jeudi 25 juin, à son domicile à Dakar. Il a hérité du statut de porte-parole de la famille de Seydi El Hadji Malick Sy, après décès de son frère aîné, Serigne Abdou Aziz Sy «Al Amine», un 21 septembre 2017. En trois ans, il a comblé le vide laissé par l’éternel porte-parole et éphémère khalife «Al Amine», avec diplomatie, fermeté, tact, et ouverture d’esprit.

Il n’a pas eu la même longévité que son frère aîné «Al Amine», mais il était devenu le «chœur» de la famille Sy. Pendant 4 ans, Pape Malick Sy était la voix qui appelait les fidèles à suivre la voie de Dieu, du prophète (Psl) et de la famille Sy.
Cet homme, qui a tiré sa révérence hier, a grandi dans l’ombre du grand-frère Al Makhtoum, où il est resté caché de la lumière. «Je suis né avec l’image de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy. C’est ma source de grâce.» Cette phrase résume bien la vie du défunt porte-parole, Serigne Pape Malick Sy, qui repose désormais aux côtés de ce dernier. A l’écouter s’exprimer dans une intonation captivante avec sa voix de dévot, laisse penser au défunt et 5e khalife, Serigne Cheikh Tidiane Sy «Al Makhtoum». En de termes simples, le défunt porte-parole, est la copie conforme de son tuteur et frère. Il incarnait Serigne Cheikh. Il était exclusivement aux ordres de «Al Makhtoum». Il était le personnage central dans sa vie. Alliant l’élégance et l’éloquence, le spirituel et le temporel, Serigne Pape Malick Sy a grandi sous l’ombre de son père Serigne Babacar Sy. Il était son benjamin et nourrissait pour lui un attachement particulier. Normal, «il m’a donné le nom de son père», disait-il. Ce dernier lui a confié avant son rappel à Dieu à son frère aîné «Al Makhtoum dont est devenu le confident, la «fils ainé» et le bras droit. Le prince d’Al Khalifat, comme l’appelaient affectueusement les fidèles tidianes, était aussi le père spirituel du Dahiratoul Moustarchidine wal Moustarchidaty (Dmwm). Il a marqué de son empreinte les nuits de Laylatoul Khadr de l’Université du ramadan (Ur) organisée chaque année par ce mouvement religieux dirigé par son neveu, Serigne Moustapha Sy «Al Makhtoum», à l’occasion du mois de ramadan.
Eloquent, éduqué, aimable, brillant intellectuel maîtrisant parfaitement les principes islamiques et les sciences religieuses, Serigne Pape avait aussi l’aptitude de cerner l’évolution et les réalités de la société sénégalaise. Il a été aussi pour Tivaouane une expression mesurée par son langage. Serigne Pape Malick Sy savait aussi faire de la politique. N’est-ce pas lui qui disait : «Le marabout n’est-il pas un citoyen qui a son extrait de naissance et qui paie ses impôts comme tous les autres ? C’est insensé de dire qu’un marabout ne doit pas parler de politique. Ceux qui le disent ont tort.» Une liberté d’esprit, et ses activités politiques, qui lui ont valu la prison. «Nous avons fait toutes les prisons du pays parce que j’appartiens au front du refus qui consiste à savoir dire non quand il le faut. Tout est question de responsabilité, soit on est marabout et on choisit de rester dans son coin pour s’occuper de la spiritualité, soit on s’occupe également du temporel», précisait le monogame et père de deux filles, Fatima Sy et Safiétou Sy.

Le dernier sermon d’un porte-parole
Le défunt porte-parole de la famille Sy avait manifesté son inquiétude face à la propagation rapide du Covid-19. Serigne Pape Malick Sy qui s’était exprimé, le samedi 14 mars 2020, 12 jours après le premier cas noté au Sénégal, en marge du report de la Ziarra générale qui était prévue le 15 mars 2020, avait affirmé être une voix de conscientisation. «Je disais à un proche qui m’avait téléphoné tout à l’heure que j’avais peur de cet évènement et cela ne m’est jamais arrivé. J’ai peur et j’ai des raisons d’avoir peur», confessait-il, sans plus de détails. Et les messages-clés émis par la voix de Tivaouane aux Sénégalais, face à cette psychose, sont de formuler «beaucoup de prières» pour faire face à la propagation rapide de cette pandémie. «Dieu nous rappelle de par l’apparition de ce virus que nous devons retourner vers Lui. Tout le monde est préoccupé et parle de cette pandémie. Mais nous avons une arme et c’est la prière pour demander pardon à Dieu.» Parce que, avait-il laissé croire, il «y a des attitudes pires que ce virus et ce sont les divergences, les calomnies, les médisances, la haine, la méchanceté, l’hypocrisie», entre autres maux et tares de la société qui gangrènent aujourd’hui notre pays. Serigne Pape Malick Sy exhortait donc les musulmans à se donner la main, «s’accorder le pardon, le respect mutuel, une considération réciproque et d’aller vers un retour aux valeurs cardinales». Mais aussi la «culture de la cohésion sociale et d’une paix durable au Sénégal et dans le monde». D’après lui, «c’est la seule condition pour que Dieu nous délivre de ces phénomènes».
Le marabout avait martelé : «Tant qu’on ne le fait pas, il y aura toujours des évènements malheureux de ce genre, ces fléaux.» En exemple, il avait convoqué «les relations cordiales entre Serigne Fallou Mbacké et Serigne Babacar Sy qui s’échangeaient mutuellement des cadeaux», il disait : «Ce sont des considérations de ce genre entre les religieux qui faisaient que le Sénégal était un havre de paix et de concorde. Le pays était beaucoup plus souple.» Serigne Pape Malick d’insister sur les prières, car avait-il fait noter : «Les chefs religieux de ce pays n’étaient jamais ébranlés par les épidémies parce qu’ils avaient des méthodes mystiques pour endiguer les maladies.» A ce titre, il avait demandé aux musulmans de solliciter leurs prières. Et de préciser : «On demande à un marabout de prier pour vous et non le contraire. Un marabout ne donne pas, c’est Dieu qui donne. Et l’accomplissement des prières Lui appartient.» Outre cet appel et un rappel à une «remise en cause», à la «réforme sociale» pour que les gens se conforment davantage aux préceptes du Saint-Coran, au «culte exclusif voué à Allah», il avait invité «tous les fidèles au respect des mesures de prévention et de restriction mises en place par le gouvernement du Sénégal pour vaincre ce fléau». Parce que, disait-il, «s’il n’y avait aucune apparition de virus, la propreté est une recommandation même du Prophète (Psl). Le président la République a pris ses responsabilités en interdisant toutes les manifestations publiques sur toute l’étendue du territoire et beaucoup de chefs religieux de ce pays sont d’accord avec ces mesures prises. Et, Tivaouane ne pouvait ne pas se conformer à ces directives».

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