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En 1996, alors qu’ils purgeaient leur peine à Rebeuss, Yolass et Requin mettent sur pied un groupe de rap : 2m2. Deux décennies passées, ce groupe cherche encore sa place dans un milieu hip-hop où ils subissent coups bas et hantise de leur vie carcérale. Tenace comme jamais, Waly Faye alias Yolass tente sans son associé, Requin, de s’imposer et de rallumer la flamme du 2m2. Son prochain album, «Ndank ndank», promet toutes les surprises et rappelle que c’est «petit à petit que l’oiseau fait son nid».

«Ndank ndank moye diap diaan thi pakh». Cet adage wolof a une grande signification pour Yolass. Ex-détenu, ce membre du groupe de rap 2m2 a fait l’expérience de la vie carcérale et conseille aux jeunes dans son prochain album intitulé Ndank ndank de s’armer de patience pour réussir dans la vie. «Tout s’obtient au prix de la patience. Quand on veut coûte que coûte réussir dans la vie, quels que soient les moyens, si on veut par tous les moyens réussir, si on se précipite, on risque de s’en mordre les doigts», affirme-t-il. L’album dont la sortie est prévue juste après le ramadan promet, avec ses 9 titres, d’être une leçon pleine de sagesse pour les jeunes. Surtout, ces jeunes issus de la banlieue et qui ont pour seul quotidien banditisme, violence et agression.
«Tout se cultive à bas âge. On doit éduquer nos enfants de telle sorte qu’ils sachent quelle attitude adoptée dans la rue. Ce sont les conséquences d’une éducation ratée qui m’ont amené en prison», confesse l’ex-détenu. Navré par son passage en milieu carcéral, le rappeur, aujourd’hui père de deux enfants, est prêt à tout pour que ses enfants, ses jeunes frères et autres jeunes de son quartier, Guédiawaye, ne subissent pas le même sort que lui. «Je ne regarderai pas mes frères ou enfants suivre mes pas. Beaucoup ont détruit leur vie à cause des futilités. Pape Ndiaye qui faisait partie de l’évasion de Ino devait purger 40 ans. Il a amèrement regretté avoir commis tout cela. La vie carcérale est très difficile. Chacun doit réfléchir avant de commettre un acte qui le mène en prison», conseille-t-il.

«Nioune akk Yeene» : son combat pour la réinsertion des anciens détenus
Outre cet album et son combat pour les jeunes de sa banlieue, Yolass mène un autre combat au sein de son association «Nioune akk yeene» (Ndlr, nous et vous). Créée il y a 3 ans avec un groupe d’amis qui pour la plupart ont comme lui fait la prison, cette association œuvre, malgré ses maigres ressources, à redonner une seconde chance aux ex-détenus. «Lorsque nous sortons de prison, nous sommes souvent stigmatisés. Dans la société, on nous rappelle sans cesse notre passage en prison. Pour échapper au regard pesant de la société, certains préfèrent d’ailleurs, quand ils sortent, s’exiler ou commettre un autre acte qui les ramène en prison. Tellement les regards sont chargés et pleins de sous-entendus», déplore Yolass qui s’estime heureux de voir au sein de «Nioune akk yeene» les prémices d’une véritable famille. «Dans notre association, beaucoup avaient été reconnus coupables par la justice. Djiby Dieng, Arona Ban­goura… Ils étaient tous les deux délinquants. Maintenant, ils ont leurs épouses et vivent paisiblement avec leur famille. C’est ce que j’appelle faire une bonne action», mentionne Yolass.
Le rappeur qui est en phase avec la politique du Président Macky Sall invite d’ailleurs l’Etat à s’inspirer de cette association et à ouvrir un centre de réinsertion sociale pour les anciens détenus avec qui il partage les mêmes préoccupations. «Nous faisons en sorte que les détenus qui sortent de prison n’y retournent pas. L’Etat doit aussi faire sa part et soutenir tous ces détenus libérés, en leur assurant une meilleure réinsertion sociale. Au Sénégal, il n’y a pas une véritable politique de réinsertion sociale pour les ex-détenus», s’inquiète-t-il, plaidant dans la même veine la cause des locataires de Rebeuss. «Au Tribunal, les voitures de police font chaque jour la queue pour leur déferrement. C’est donc normal que les prisons et la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss soient pleines. Il faut construire de nouvelles prisons pour empêcher que la mutinerie se reproduise», interpelle Yolass. Dans son cahier de revendications, le quadragénaire, deux fois incarcéré à Rebeuss, marque en gros caractères les erreurs judiciaires qui malheureusement amènent des innocents en prison ; lui-même ayant été victime d’une erreur judiciaire lors de sa seconde incarcération. «Je suis retourné en prison pour un acte que je n’avais pas commis. Comme je suis élancé, on m’a confondu avec un certain Ndiol. On s’en était rendu compte alors que j’avais déjà purgé une peine de 5 ans. J’étais innocent, ils m’ont amené à la Cour d’assises et m’ont acquitté» conte-t-il. Cette mésaventure lui reste au travers de la gorge. Depuis cette mauvaise passe, Waly Faye alias Yolass a su qu’il avait un combat à mener pour le bien-être des détenus, les ex-détenus, les jeunes de la banlieue. Ce combat, dit-il, est multiforme.

Avec Macky Sall et contre Y en a marre
Les élections législatives et présidentielle arrivent et le Président Macky Sall peut s’assurer du soutien indéfectible de Yolass et de sa bande de rappeurs. Pour cet artiste qui respire l’air «Sall», le président de la République dirige bien ce pays. Et pour le faire savoir à qui veut dire le contraire, il a réalisé une vidéo, rien que pour l’en remercier. Ce clip-vidéo qu’il a intitulé Macky mougui job montre les différentes réalisations du Président Sall ainsi que ses nombreux chantiers. En tant que citoyen, Yolass exerce ainsi pleinement son droit de donner son opinion et de prendre parti pour celui qu’il estime qu’il est en train de mieux faire pour ce pays que ses prédécesseurs. On s’étonne de sa fougue à magnifier l’action du Président Sall. Pourtant, il précise qu’il n’a ni vu Macky Sall, encore moins été soudoyé. «Tout ce qui m’importe, c’est la paix», dit-il, lançant une pique salée aux membres du groupe Y en a marre qui, à son avis, ne cherchent qu’à attiser le feu de la violence.
«Ces temps-ci, j’ai remarqué beaucoup de violence dans notre société. Des groupes de jeunes qui se disent Y en a marristes se plaisent à fustiger tout ce que Macky Sall réalise comme action. Nous sommes des citoyens engagés et aimons notre patrie. Notre seul combat, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait plus de violence dans ce pays. Y en a marre par contre est un gang qui n’est là que pour ses propres intérêts. Ils doivent tout à Macky», soutient l’ancien copain de cellule de Requin. Il lancera son clip sur Macky Sall le 17 mai au Grand Théâtre national de Dakar. En attendant son heure de gloire, Yolass tire Ndank ndank son gagne-pain dans les friperies de marque du marché Thiaroye. Il n’y a pas de sot métier.
aly@lequotidien.sn

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