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Si le trafic de drogue n’était pas frappé d’interdiction, les accros à ce commerce se compteraient par millions. Ce business très lucratif ne laisse pas beaucoup de personnes indifférentes. Les bénéfices passent souvent du simple au quintuple. Et le ressortissant nigérian Charles Eboni  en sait bien quelque chose. Entre  le trafic de drogue et son métier de commerçant, il a vite jeté son dévolu sur le trafic de cocaïne.  Au cours d’un voyage à Sao Paulo, il s’est procuré une quantité de cocaïne à 5000 dollars. Laquelle peut lui rapporter 38 000 dollars soit sept fois le prix d’achat. Mais son rêve de devenir riche va  très vite se traduire en cauchemar. Mis en accusation pour trafic international de drogue, il risque aujourd’hui  20 ans de prison.
Sa désillusion a eu lieu dans la nuit du 17 au 18 février 2013. En provenance de Sao Paulo pour se rendre au Nigéria, le ressortissant nigérian devait transiter par Doha, Tunis et Dakar. Mais au lieu d’acheter des marchandises pour son commerce, il a choisi de se muer en trafiquant de drogue en achetant de la cocaïne à 5000 dollars. Pour échapper à la vigilance des policiers,  il a ingurgité 72 boulettes de cocaïne. Mais à son arrivée à Tunis, il a ressenti de vives douleurs abdominales. S’étant rendu dans les toilettes, il a expulsé 22 boulettes qu’il a mises dans des chaussettes avant de les dissimiler dans ses parties intimes. Mais son ventre, qui était trop chargé continuait à lui jouer des tours. C’est ainsi qu’il a encore expulsé 18 autres boulettes, qu’il a cachées dans son slip. Une fois à Dakar, il a été interpellé par les éléments de l’Orctis, qui avaient reçu l’information après son embarquement. Soumis ensuite à un test urinaire qui s’est révélé positif, il a été interné à l’hôpital Principal de Dakar où il a expulsé 32 autres boulettes.
A l’enquête, Charles Eboni a reconnu sans ambages les faits.  «Je suis un commerçant. Quand j’étais à Sao Paulo pour acheter des marchandises, j’ai été approché par un compatriote qui s’appelle Thuck. Il m’a dit que je pouvais gagner beaucoup d’argent si je m’adonnais au trafic de drogue. Il m’a vendu une quantité à 5000 dollars. Je lui ai remis 4000 dollars et je devais lui verser le reste après la vente de la drogue. Et la veille de mon départ, une personne dont j’ignore l’identité ma remis la cocaïne que j’ai ingurgitée. Une fois à Tunis, j’ai eu des maux de ventre et j’ai expulsé 22 boulettes que j’ai dissimilées dans mon slip. Une seconde fois, j’ai expulsé 14 autres boulettes. A ma descente de l’aéroport de Dakar, j’ai été interpellé par les éléments de la police en possession de cette drogue. On m’a fait faire un test d’urine et puis j’ai été conduit à l’hôpital où j’ai expulsé 32 autres boulettes. Je devais gagner 38 000 dollars», avait-il déclaré.
Devant la barre, il est revenu sur ses aveux en contestant cependant le nombre de boulettes qu’il estime à 54. Il a aussi précisé être interpellé avec la somme de 1500 dollars qui selon lui, étaient destinés à l’achat des marchandises et pas 5000 dollars, comme mentionné dans l’arrêt de renvoi.  Un acte qu’il regrette aujourd’hui. «Je reconnais avoir commis une erreur et je demande à la chambre de me donner une seconde chance. A partir de Dakar, je devais voyager par bus pour rejoindre Lagos. Je regrette amèrement les faits et je vous promets de ne plus commettre des actes pareils», a-t-il sollicité à la chambre.
Selon le Parquet, les faits de trafic international de cocaïne ne souffrent d’aucune contestation au vu de l’itinéraire qu’il a emprunté. Il a requis 20 ans de travaux forcés et 7,5 millions d’amende. Selon la défense, l’accusé n’a jamais résidé au Sénégal. Il n’était que de passage, après s’être rendu au Brésil dans le cadre de ses activités commerciales, a-t-il rappelé. Et c’est une fois à Dakar, qu’il a été cueilli dès sa descente d’avion avec en sa possession des boulettes. Recon­naissant que les faits sont constants, l’avocat trouve que  l’article 96 du code de la drogue ne saurait lui être appliqué. «On ne peut pas le considérer comme un trafiquant parce qu’il ne réside pas au Sénégal», martèle-t-il en précisant qu’il n’était que de transit, malheureusement il a été cueilli par la douane  mais n’a pas pu entrer dans le territoire national. Mieux, poursuit la robe noire, «il n’a fait aucun acte de cession dans le territoire sénégalais». Au regard de ces éléments, il a demandé la disqualification en transport simplement. Et compte tenu de son caractère de délinquant primaire, il a sollicité une application bienveillante de la loi. La décision sera rendue le 7 février.
justin@lequotidien.sn

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