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La question du chômage en général et celui des jeunes en particulier est  la véritable bombe sociale qui menace tous les pays. L’emploi est donc la préoccupation majeure de tous les gouvernements du monde. Le Sénégal n’y faisant pas exception. Maitre Ousmane Ngom a bien raison de dire au Président Sall : «Si vous ne réglez pas le problème de l’emploi des jeunes, vous n’aurez rien réglé.»  C’est pourquoi le Président Macky Sall a inscrit dans les priorités de son gouvernement, la création d’emplois, avec un objectif affiché de 500 000 emplois créés à l’horizon 2017. Vaste programme s’il en est !!
A l’entame de l’année «fatidique», il est intéressant de faire l’état des lieux.
Selon l’angle d’approche et le camp d’appartenance politique, les avis  divergent. Pour les uns, avec le Pse, le Pudc, les Dac , les Asp, on avance, pour les autres, au regard des milliers de jeunes diplômés chômeurs et des hordes de jeunes désœuvrés qui squattent les rues de Dakar et des grandes villes, on stagne. La vraie vérité (pour parler comme l’autre) doit certainement se trouver entre les deux positions.
En tout état de cause, il faut tout de même reconnaître que si quelque chose a été fait et est en train de se faire, beaucoup restent à faire pour «booster» l’emploi des jeunes dans notre pays.
Et dans cette perspective, c’est toujours l’Etat qui doit donner le la et ce, malgré tous les faux préceptes qui veulent nous faire croire que «l’Etat n’a pas vocation de créer des emplois». Le lancement du programme de recrutement des 5 000 jeunes dans la Fonction publique  permettra -s’il est bien exécuté- de soulager un peu la multitude de demandeurs d’emplois et surtout de donner le ton en direction des autres secteurs.
Il est évident que l’Etat ne peut pas recruter tout le monde, cela va de soi mais de là à décliner orbi et urbi et de manière docte comme le font nos gros cerveaux là, cette théorie qui veut que «l’Etat n’a pas vocation de créer des emplois»,   il y a lieu de tempérer un peu. Car dans l’absolu, si l’Etat ne crée pas d’emplois qui va en créer ?  Dans quel pays au monde a-t-on vu un Etat qui n’est pas employeur ? Partout dans le monde, l’Etat est le premier employeur du pays. Rien qu’avec les corps habillés (Armées, police, douanes, eaux et forêts, Administration territoriale, etc.), sans parler des enseignants, des diplomates, des agents de la santé et j’en passe, l’Etat est assurément le premier employeur dans un pays. Alors, cette ritournelle qui se décline comme un bréviaire de sociologie doit être revue avec bémol. Surtout dans nos pays encore sous-développés, mais sur la voie de l’émergence.
Cela dit, l’Etat bien qu’employeur N°1 ne peut pas à lui seul créer tous les emplois et donc doit aussi et surtout créer les conditions idoines (légales, juridiques, économiques, sociales, fiscales, etc.)  pour permettre aux privés et à tous les secteurs de la vie économique de créer des emplois.
Sur ce chapitre et pour le peu que nous en savons,  il faut retenir que pour créer des emplois, trois (3) facteurs essentiels doivent être réunis : l’existence d’opportunités d’emplois, le financement pour créer des structures (usines, sociétés, Gie et autres) qui vont recruter, un cadre juridique incitatif pour sécuriser les investisseurs potentiels et surtout de …l’Audace  beaucoup d’audace et de volonté politique.
Pour ce qui concerne les opportunités d’emplois, elles existent bel et bien dans notre pays. Rien que des secteurs comme l’agriculture, l’artisanat, le tourisme, la gouvernance locale,  les mines, les services pour ne citer que ceux-là, peuvent générer des milliers d’emplois, si les moyens d’investir vont suivre.
Pour les financements, (ce qui manque le plus) l’Etat en ce qui le concerne, doit poser des actes forts pour faire des économies d’échelle et dégager des moyens financiers conséquents pour soutenir -entre autres priorités- la création d’emplois. Il s’agit notamment de la réduction de la taille du gouvernement qui a une fâcheuse tendance à l’élasticité, de la suppression du nombre d’agences et de Directions nationales budgétivores, de la traque implacable et impersonnelle des biens mal acquis, pour recouvrer les deniers publics détournés, du plafonnement des salaires et émoluments des Directeurs généraux d’agences et de sociétés nationales, du nouveau code des impôts, etc. Autant d’actes salutaires pouvant entrer dans le cadre de la recherche de financements adéquats pour créer encore et toujours plus d’emplois. Actes qui, malheureusement, commencent à être annihilés par des pratiques politiciennes aux antipodes de la gouvernance vertueuse comme la création  du Hcct, véritable ersatz du Sénat supprimé et tout aussi budgétivore qu’inutile.
Quant au cadre législatif, il reste encore -à mon humble avis-  le domaine qui demeure en rade dans cette volonté de création d’emplois  et on n’en parle pas du tout. En effet, alors que toute relation de travail est régie par le Code du travail, il devient étonnant que l’on ne s’est pas intéressé pour le moins du monde à notre Code du travail car le cadre détermine tout.
C’est pourquoi au risque de déplaire à beaucoup de partenaires sociaux devenus de véritables «syndikhaliss», je crois que si on veut véritablement promouvoir la création d’emplois dans notre pays, il faudra absolument de l’audace  pour réformer notre Code du travail actuel comme on en a eu pour réformer le Code des impôts. Il faudra de l’audace, beaucoup d’audace, pour revoir le Code du travail, notamment dans ses parties ayant trait au Cdi (Contrat à durée indéterminée) et Cdd (Contrat à durée déterminée). Il ne faut pas se voiler la face. Les articles L.42 et suivants de la Loi N° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Nouveau du code de travail et relatifs au Contrat de travail à durée déterminée (Cdd),  qui donnent l’obligation de conclure absolument un Cdi pour tout travailleur ayant  bénéficié de deux (2) Cdd successifs, n’encouragent pas trop les investisseurs  potentiels, car leur imposant pratiquement une camisole de force : le recrutement en Cdi de tout employé ayant épuisé deux Cdd.
Cette question avait déjà fait l’objet d’un vaste débat en 2011, qui avait été escamoté  par les réactions indignées des syndicalistes qui aux cris de «touche pas à mon code», n’ont même pas voulu laisser les uns et les autres développer leur argumentaire sur la nécessité de revoir ces articles là.
Or, il devient évident que notre code, tel qu’il est libellé, notamment dans ces articles en question faisant du Cdi une règle et du Cdd une exception,  ne milite pas en faveur d’un engouement certain des investisseurs potentiels pour risquer leurs billes dans la création de structures de production pourvoyeuses d’emplois.
En effet, de plus en plus, les entreprises, qui ne sont pas elles-mêmes en sécurité dans leur environnement devant les aléas liés à la concurrence féroce et aux fluctuations des marchés, rechignent à accorder systématiquement à leurs employés des Cdi contraignants.
Si bien que la tendance est à l’assouplissement des dispositions légales liées aux Cdi par diverses mesures comme la recherche de la flexibilité, les contrats à temps partiels, etc.
La France a eu sa Loi El Khomri pour réformer notablement les relations de travail et l’environnement du travail pour «booster» sa politique d’emplois. Et malgré les protestations gigantesques et autres manifestations parfois violentes, le gouvernement français a tenu bon. Et aujourd’hui, les effets induits de cette loi tant controversée mais hautement stratégique, commencent à se faire sentir avec la baisse constante du nombre de chômeurs en France. Comme quoi, sans audace, rien de durable ne peut se construire.
Alors, pourquoi ne pas engager la réflexion dans notre pays pour rendre moins coercitif notre code en ce qui concerne le Cdi ? D’autant plus qu’en la matière, quand bien même la loi aura consacré le Cdi comme étant la règle et le Cdd comme étant l’exception, dans les rapports de conventions entre employeurs et employés, la pratique a démontré que la réalité est toute autre. Tout le monde sait que pratiquement tous les employeurs recourent à des Cdd sans limitation. Tout le monde le sait et personne ne réagit. Pourquoi ? Parce que tout simplement «c’est un mal nécessaire». Il vaut mieux avoir des gens qui travaillent même en Cdd que d’avoir des chômeurs.
Dès lors, n’est-il pas plus judicieux de consacrer cette pratique dans les textes législatifs en reformulant ces articles  du code  de façon à vaincre la frilosité des investisseurs potentiels, devant une telle épée de Damoclès qui leur fait obligation d’accorder hic et nunc un Cdi à leurs employés ayant déjà consommé deux Cdd successifs ?
Il ne s’agira pas de remettre en question les Cdi déjà conclus et signés. Il s’agira simplement de reformuler ces articles de façon à ne plus rendre le Cdi obligatoire et systématique dans les relations de travail. En effet, cela aura l’avantage de clarifier les règles du jeu et de permettre aux futurs investisseurs, d’oser entreprendre en sachant qu’ils ne seront pas enfermés dans le carcan du tout Cdi. Car il n’est pas normal de vouloir imposer à un employeur, la présence d’agents improductifs tout simplement parce qu’ils ont un Cdi. Cela, d’autant plus que les patrons à qui on voudrait exiger des Cdi, sont eux-mêmes sous Cdd avec obligation de résultats. Le Dg de la Sodav, limogé à moins de trois mois d’exercice, ne me démentira pas. Et c’est là où on doit en arriver. Le Cdi doit pouvoir être mérité. C’est-à-dire qu’un employeur doit pouvoir avoir la latitude d’apprécier la nécessité de conclure un Cdi avec son employé au vu des prestations satisfaisantes de ce dernier.
Mon avis est que si on encadre bien la reformulation des articles en question, le Cdi doit devenir un Ctp (Contrat de travail et de performance). Ainsi si le travailleur est performant, il verra son Cdd renouvelé autant de fois que son employeur sera satisfait de lui. Dès lors, c’est à lui travailleur et à lui seul, de faire ses preuves. Aucun employeur responsable ne se sépare d’éléments performants.
Cela permettra aussi, à coup sûr, d’instituer la mystique du travail et du travail bien fait dans nos entreprises, pour mériter son Cdi, plutôt que de vouloir perpétuer une situation de rente indue qu’est le Cdi en toutes circonstances. L’expérience a démontré à foison que les employés, pour la plupart d’entre eux, une fois qu’ils décrochent la signature d’un Cdi, deviennent de véritables «bras cassés» pour l’entreprise. Ce qui n’est pas bon du tout.
Tant que ces révisions sur certains articles du Code du travail ne seront pas faites, il sera très difficile d’intéresser les investisseurs pour créer des emplois.  A moins d’être oxymoron, on ne peut donc pas faire l’économie de la révision du Code du travail dans la politique de création d’emplois. Mais assurément, il faudra de l’audace pour ouvrir les débats.
De l’Audace il en faudra aussi pour oser dénicher les «emplois cachés»  et les destiner aux jeunes. Sur ce chapitre et sans  être exhaustif, il faudra :
-Supprimer systématiquement tout cumul de postes. Fini les doubles et même triples casquettes que l’on voit trop souvent dans notre pays, au détriment des «sans emplois».  Il est aberrant de voir des ministres-maires ou des Dg-maires de communes. Le ministère et l’entreprise sont des entités à temps plein. Les mairies aussi sont des entités de proximité à temps plein. L’ubiquité n’étant pas l’apanage de l’être humain, forcément une structure va pâtir de cette situation. Et c’est toujours la mairie qui en souffre, alors qu’on prétend vouloir «booster» le développement local à la base. Le seul cumul «acceptable» et- encore- peut-être le député-maire. Toute autre forme de cumul est à supprimer.
Quand il n’y a pas beaucoup d’emplois, il faut accepter de partager les positions d’emplois salariés. «Une personne, un emploi ou une fonction (élective ou autre)» et tout le monde s’en portera mieux.
–  Obliger l’Assemblée nationale à créer et à étoffer son corps d’Assistants parlementaires (Ap).  Sur ce chapitre, on pourrait par exemple  envisager la mise sur pied d’un fonds alimenté par une cotisation mensuelle de 100 000 francs par député et complété éventuellement par une dotation du budget de l’Assemblée (pour les charges fiscales et sociales) pour prendre en charge les émoluments des Ap.  Ce faisant, on  pourrait recruter parmi les gros diplômés chômeurs (niveau maîtrise minimum),  près de cent (100) Ap, à raison d’un Ap pour un panel de 2 à 3 députés, payés environ 300 000 francs le mois. Il faudra instituer le corps des Ap, qui seront d’un haut niveau de formation et apolitiques comme les hauts fonctionnaires, et qui seront recrutés par concours pour assister les Honorables dans la formulation de leurs interventions et la compréhension des textes de lois, des résolutions et autres documents législatifs soumis à leur auguste appréciation.  D’autant que la majorité des élus -du moins jusqu’à présent- sont très faiblement alphabétisés ou tout à fait analphabètes. Là aussi, le débat est ouvert et toutes les formules seront les bienvenues, pourvu que les Ap dont on parle depuis si longtemps puissent être véritablement institutionnalisés et opérationnels. Et sur ce chapitre, les propositions d’économies d’échelle de l’honorable député Cheikh Omar Sy sont très pertinentes et méritent d’être prises en compte. Avec audace.
-De l’audace il en faudra aussi pour supprimer définitivement les contrats spéciaux et de prolongations de service  accordés aux cadres ayant dépassé depuis longtemps l’âge de la retraite. En effet, il est anormal qu’on continue à maintenir en poste des agents partis à la retraite, par des subterfuges divers, alors que des jeunes piaffent d’impatience pour décrocher leur premier emploi. La retraite a été instituée pour laisser la place aux plus jeunes. Et puis elle est (la retraite), très, très bénéfique pour la santé. Ah oui !!! Il faut savoir partir. On ne peut pas passer sa vie, toute sa vie à travailler. Trente ans, quarante ans de service et toujours là. Cheikh Tidiane Mbaye a quitté la Sonatel après 27 ans de règne sans partage avant d’avoir la soixantaine, gagné certainement -entre autres- par la lassitude. Et pourtant, certains qui ont eu à travailler avec Feu son père, sont encore là et toujours aux affaires !!! publiques. Extraordinaire…
Travailler avec ses petits enfants d’âge est une situation stressante au regard des différences de mentalité, de concept et de d’attitude. Les vieillards qui squattent toujours les bureaux et offices de travail donnent du «mon fils», «mon neveu», «ma nièce» à leurs employés et reçoivent en retour, des «doyen», «père», «Tonton», dénaturant complètement les rapports de travail dans l’entreprise.
C’est pourquoi d’ailleurs, le vieux Niasse a d’énormes problèmes de maintien avec les jeunes loups genre Dias et Fatou Thiam, au point de perdre souvent son self-control et verser facilement dans la coprolalie devant  «l’impertinence» des jeunes.
La vieillesse n’est pas une malédiction et il ne faut pas en avoir peur. C’est vrai «mag matt na bayi cim rew». Les vieux ont leur place dans les écoles de formation supérieure pour transmettre leurs savoirs et partager leur vécu. Ils ont leur place dans les conseils d’administration ou de surveillance pour «conseiller» les jeunes Dg avec leur expérience. Ils ont leur place dans les fonctions électives et encore ! Ils ont enfin leur place dans les mosquées, les daaras, les paroisses et les sanctuaires pour se rattraper -pour la plupart d’entre eux- dans le temps perdu à  l’approfondissement de leur foi. Mais pas dans le service  actif  de gestion quotidienne des structures, avec toutes ses contraintes qu’ils ont beaucoup de mal à satisfaire. Ne serait-ce que de venir tous les jours à 7h 30 mn et rester travailler vraiment jusqu’à 18 heures.  Ils ne peuvent pas, ils trichent tous.
Gageons que le Président Macky Sall, une fois réglé le problème du 2ème mandat, saura prendre toutes ses responsabilités et faire preuve d’audace et de réelle volonté politique pour mettre en œuvre le vrai Pse qui est le Plan Spécial pour l’Emploi des jeunes, pour réussir véritablement le Plan Sénégal émergent  (Pse), pierre angulaire de son engagement politique.
Guimba   KONATE
Expert/ Formateur en Grh
guimba.konate@gmail.com

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