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L’année 2016 n’aura pas été de tout repos pour l’école publique au Sénégal. Le bras de fer entre les enseignants et l’Etat a porté un coup au bon déroulement des enseignements. Malgré ces heures perdues, le taux de réussite lors des différents examens a connu une hausse, même si tout reste à faire. Pour atteindre ses résultats, l’Etat a eu recours à des armes peu conventionnelles pour des ponctions de salaires ou des menaces de radiation.

Le cycle est infernal. Chaque année, l’école publique sénégalaise croule sous les effets de la grève des enseignants. Après avoir frôlé l’année blanche en 2016, les élèves ont vécu le stress des perturbations avant les différents examens à savoir le Cfee, le Bfem et le Bac. Avec des mil­liards de francs Cfa investis chaque année, le système éducatif sénégalais bat toujours de l’aile malgré les initiatives prises à l’image des Assises de l’éducation et la formation pour arrêter les perturbations et améliorer la qualité des enseignements. Entre débrayages, grèves totales ou rétention des notes, le quantum horaire a été fortement affecté. Au grand dam des potaches qui vivent impuissamment cette situation désastreuse. Avec Ma­ma­dou Lamine Dianté, en tête du Grand cadre des syndicats d’enseignants, le corps enseignant donne du fil à retordre au gouvernement. Une situation qui préoccupe la classe maraboutique. A plusieurs reprises, Touba et Tivaouane ont convoqué les différents protagonistes à la table des négociations. Le dialogue de sourds se poursuit. La guerre froide entre l’Etat et les enseignants va de plus belle.

Ponctions des salaires et menaces de radiation
Dans les mois de mars et d’avril, le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye ordonne la ponction de salaires des enseignants grévistes. Le minis­tre de la Fonction publique met en œuvre cette décision. Pour avoir porté cette mesure, Serigne Mbaye Thiam est qualifié de «fossoyeur de la paix» dans les cercles enseignants. Acculés, ces derniers tiennent bon et décident  en guise de contre-attaque de ne pas publier les notes du premier semestre. Une situation que dénonce Abdoulaye Fane, président de la Fédération nationale des parents d’élèves lors du Dialogue national du 28 mai dernier. «Les enseignants n’ont pas le droit de retenir les notes des élèves. Ces notes ne leur appartiennent pas. On a des enfants à qui on a demandé des relevés de notes pour s’inscrire dans des universités étrangères. Mais ils ne peuvent pas le faire à cause de l’irresponsabilité des enseignants», vocifère-t-il devant le chef de l’Etat, Macky Sall. Dans le but d’apaiser la tension, le président de la République va ordonner la levée de la mesure sur les ponctions des salaires mais aussi la restitution des montants tirés lors des mois précédents. Cependant cette décision, certes saluée dans le monde enseignant, ne règle pas tout.

Résultats peu glorieux
Alors  l’Etat sort sa dernière cartouche. Il prévoit de radier les enseignants qui refusent de se rendre à l’école. 5.000 d’entre eux sont dans le viseur. On est au mois de juin. Une annonce qui fera reculer les enseignants. Finalement, les examens se tiennent mais les résultats ne sont pas fameux. Mais contrairement aux années précédentes, les mesures de l’Etat dans le but de contraindre les enseignants à diminuer les heures de grève ont semble-t-il, quelque peu, porté leurs fruits. Pour des résultats qui tournaient autour de 37% durant les 3 dernières années, le taux de réussite au Cfee a grimpé en 2016 à 58,4%. Concernant le Bfem, un taux de réussite de 49,62% a été enregistré contre 43,20 en 2015. La même tendance a été observée au Bac avec 35,6% contre 31,3% en 2015.
Cependant, ne nous y trompons pas, ces résultats sont loin d’être glorieux car en chiffres, sur un total de candidats estimé à plus de 153 mille, quelque 54 mille potaches ont pu décrocher le premier diplôme universitaire. Il faut le dire : à force de tourner autour du précipice, on risque d’y tomber. C’est le cas de l’école publique sénégalaise. Seule une mobilisation de tous les acteurs peut lui redonner son lustre d’antan. Une image qu’elle peine à retrouver depuis plus d’une décennie. Cela passera, entre autres mesures, par la préservation de l’excellence qui prévaut au niveau du Collège Yawuz Selim dont le gouvernement a décidé de retirer la gestion à l’actuelle direction au profit d’une fondation du gouvernement turc Maarif.

bgdiop@lequotidien.sn

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