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Au Sénégal, près de 33% des enfants sont mariées avant 18 ans chaque année. Dans le milieu rural, ce taux atteint même parfois 50%. Dépouillées de leurs droits, de leur dignité et de leur potentialité, les enfants victimes de mariages précoces courent d’énormes risques : leur santé et leur éducation sont menacées et l’Etat n’est pas épargné. «Le phénomène du mariage d’enfants a des conséquences néfastes sur leur santé. Avec les grossesses précoces, il y a un risque élevé de mortalité maternelle et infantile chez ces filles. Ces enfants, mariées très tôt, sont généralement celles-là qui subissent le plus de risque d’abandon et d’échec scolaires. Au sens plus large, le mariage d’enfants a une grande incidence sur l’économie d’un pays. Il enfonce les populations dans la pauvreté structurelle», note Paul Domi­nique Corréa, coordonnateur des Campagnes de plaidoyer à World vision Sénégal.
Pour mettre un terme à la pratique de mariage d’enfants, World vision Sénégal a lancé hier en grande pompe sa campagne «Ensemble pour un Sénégal sa mariage d’enfants», à laquelle plusieurs écoles de Dakar et des autres régions ont pris part. Face aux représentants du ministre de la Femme, de la famille et de la petite enfance et d’autres de ses démembrements, les enfants ont porté leur plaidoyer. Elles ont exigé des adultes le respect de leurs droits et insisté sur les conséquences désastreuses des mariages d’enfants, notamment les violences physiques et morales et la difficile insertion professionnelle. «Quand elles se marient avant 18 ans, les filles ont du mal à intégrer le marché du travail. Il est temps d’arrêter le mariage d’enfants pour plus d’opportunités», a prêché l’une d’elle sur le présidium.
La campagne va se poursuivre durant les 5 prochaines années. Et à terme, World vision espère arriver à un cadre règlementaire pour que non seulement l’âge légal du mariage des filles soit repoussé de 16 à 18 ans et que dans le Code pénal, tous les aspects relatifs à la répression des mariages d’enfants soient revus. «Nous portons aussi un plaidoyer pour l’adoption d’un Code de l’enfant qui va institutionnaliser tous les droits relatifs à l’enfant et le cadre du mariage», a dit M. Corréa.
Dans certaines régions, le mariage d’enfants est conçu comme une forme de protection. Il espère que d’ici 2021, il y aura un changement de comportements au niveau communautaire et que les parents laisseront leurs enfants plus longtemps à l’école. En attendant, le coordonnateur des Campagnes de plaidoyer à World vision Sénégal appelle tous à rallier la cause des enfants pour mettre un terme au fléau qui gangrène le milieu rural. «Nous appelons tous à s’impliquer : partenaires techniques, société civile, les religieux qui ont un rôle fondamental dans ce travail, les leaders communautaires. Si tout le monde s’implique, nous pensons y mettre fin», a-t-il déclaré. Alors, tous ensemble pour un Sénégal sans mariage d’enfants !
aly@lequotidien.sn

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